Portrait

Helena Riva
/ Dame russe

Arts et bénévolat. C’est une comédienne et réalisatrice née à Kazan, en ex-URSS. Depuis trente ans immigrée à Saint-Denis, elle a monté une association qui, notamment, apprend le français à ses compatriotes.
Helena Riva © Yann Mambert
Helena Riva © Yann Mambert

« Quand mes élèves me disent qu’ils ont juste besoin d’apprendre trois mots de français parce que dans deux ans ils seront repartis en Ukraine… » Helena Riva ne termine pas sa phrase. Ses beaux yeux clairs s’étirent un peu plus. Elle rit de bon cœur. « Nous aussi, on pensait rester en France trois ans… »

La présidente de Contact, association dionysienne qui œuvre depuis quinze ans pour la culture russe et donne des cours de français, est arrivée à Saint-Denis en 1989 avec son mari chilien épousé à Moscou et leur fille de 7 ans. « C’était la Perestroïka. Lui ne pouvait ni rester en URSS, ni retourner au Chili à cause de Pinochet. On a choisi d’immigrer en Espagne, mais nous n’avons pas eu le droit d’acheter un billet Moscou-Madrid. Moscou-Paris, oui… » À l’époque, Helena est une « petite étoile » du cinéma russe. « Pas une grande star quoi », dit-elle modestement.

Goût de la culture 

Formée à l’Institut du théâtre de Moscou, elle tourne dans quelques films. Son époux, issu de l’Institut du cinéma de Moscou, est réalisateur. Quand ils débarquent en terre des rois de France, « car nous avions un ami chilien à Saint-Denis », lui, fait la plonge dans des restaurants, elle, des ménages et du baby-sitting. « Je n’avais ni argent, ni famille, ni appartement, rien. Vous pouvez imaginer ça ? Mais j’avais mon grand amour », dit-elle de son ex-mari sans s’apitoyer, souriante au souvenir de cette période que l’on imagine bohème et passionnée. « Je suis venue avec une seule valise. Grâce à ça, je comprends la situation des migrants. » Le couple « d’immigrés politiques » vit une situation « très très difficile. Mais je dis quand même merci à la France qui nous a donné la chance de pouvoir recommencer à zéro. »

Si à peine arrivés dans l’Hexagone, les amoureux espèrent rejoindre le Chili au plus tôt, la jeune femme n’en prend pas moins ses marques dans le pays de Molière. « J’ai tout de suite commencé à étudier la langue française. » Car Helena a le goût de la culture et des études. « Bac +7 », la comédienne – et réalisatrice – a notamment étudié l’histoire des arts à Oufa, en Sibérie. « Je suis née à Kazan [en République du Tatarstan, à l’est de Moscou]. Mon père était professeur de mathématiques, ma mère était économiste. » Elle rit de nouveau. « Mon père était un personnage très artistique. Il jouait de la guitare, chantait, faisait de la photo, appréciait la poésie. C’est grâce à lui si j’aime les arts. »

Helena admire ce paternel dont elle n’a pas profité longtemps. Il meurt alors qu’elle n’a que 17 ans. « C’était un très très bon professeur. J’ai toujours des amis qui ont été ses élèves. Vous pouvez imaginer ça ? »
 

« Mais quand même des rôles »

Au début des années 1990, Helena trouve enfin du travail dans son domaine. Elle joue dans des films français, tchèques, américains. « Pas des grands rôles, mais quand même des rôles ! » Elle tourne dans des pubs japonaises. Son beau visage slave, sa blondeur et ses yeux de chat séduisent les Nippons. Au bout de six ans, sa carrière naissante est stoppée : Helena tombe enceinte de son second enfant. « J’ai pris 44 kg. Mais j’ai accouché d’un magnifique garçon ! » La maman admire ce fiston « très intelligent », diplômé d’architecture « à 22 ans » et fort d’un doctorat en restauration des bâtiments du patrimoine obtenu à Oxford (Royaume-Uni). Sa fille aussi est brillante : psychologue, diététicienne et polyglotte. « Elle parle sept langues. » « Ils ont fait leur scolarité à Saint-Denis. Ils ont appris le piano, la guitare ou la danse classique au conservatoire, mon fils le dessin à l’école municipale. Il est allé à la piscine et a fait de la gym à Saint-Denis. »

C’est ainsi qu’Helena a rencontré beaucoup de Dionysiens. « Des gens super, qui donnent une bonne éducation à leurs enfants. Je me suis fait beaucoup d’amis. » Bénévole dans l’âme, Helena, à son arrivée en France, monte Les Acteurs russes à Paris, association forte de soixante membres pour qui elle s’efforce de trouver du travail au cinéma et au théâtre. Elle participe ainsi au casting du film d’Éric Rohmer Triple Agent (2004), pour lequel elle trouve plusieurs dizaines de comédiens russes parlant français sachant danser et chanter. Mais les cachets sont rares. « J’ai arrêté l’association, car je ne voulais pas leur donner de faux espoirs. » Helena, elle, n’a reçu, en quinze ans à Pôle Emploi, qu’une proposition de job pour le téléphone rose. « Vous pouvez imaginer ça ? » Alors l’artiste a monté son propre spectacle, Les Siècles d’argent russes, « sur des textes de grands poètes russes, avec de superbes musiques de Chopin, Mozart… Une perle ! »

Mais là aussi, difficile de trouver des salles pour le jouer. Aujourd’hui, si elle ne désespère pas de se produire, Helena est très active dans son association Contact qui accueille Russes, Ukrainiens et « de plus en plus de Moldaves depuis cinq ans. Ils peuvent maintenant venir en France sans visa et il n’y a pas de travail dans leur pays ». Chaque mardi, elle organise des visites de la basilique pour ses compatriotes. Et ce qui la rend « très très heureuse » est de leur « donner une chance pour une deuxième vie ».

Elle donne pour exemple cette économiste, devenue femme de ménage en France. Grâce aux cours de français que dispense l’association, elle a pu passer son diplôme de FLE (français langue étrangère) et l’enseigner à son tour. « Vous pouvez imaginer ça ? »
 

Patricia Da Silva Castro

Association Contact : 0617844488.