Tribunes

Courrier des lecteurs (édition du 1er juillet 2009)

Après cinquante ans d’un jumelage institutionnel qui s’était peu à peu délité, les échanges entre Saint-Denis et Sesto San Giovanni, ville italienne de la banlieue de Milan, ont repris vie en 2008 grâce à deux professeurs du collège André-Lurçat, Sandra Millot et Oswald Sarrio. Étayés par des recherches sur la mémoire ouvrière de chacune de ces deux villes, les liens se sont encore approfondis cette année entre les élèves du collège Forlanini et les jeunes Dionysiens de la classe européenne de 4e « spécialité italien ». Sur ces rapprochements concrétisés en mai dernier par deux séjours, l’un à Sesto, l’autre à Saint-Denis, M. Sarrio nous a adressé, parmi les plus touchants, ces témoignages de collégiennes de Lurçat.

L’amitié

Même si on ne comprend pas forcément leurs mots, on comprend finalement leurs pensées. Tout a commencé lors de notre arrivée. Nous avions le trac de découvrir de nouveaux visages. Mais au final, des liens d’amitié se sont formés dans des moments inoubliables. Les nouveaux visages étaient devenus nos amis. Les rencontres se multipliaient, on apprenait à les connaître, leurs loisirs, ce qu’ils aiment. On vivait comme eux. Avec leur famille, pour la plupart ça s’est bien passé. Les mères s’attachaient à nous, là aussi des liens se sont formés. Mais tous les matins, quand on se retrouvait entre nous, il y avait quand même un petit soulagement… Le premier départ fut assez dur, quelques larmes ont coulé. Pour certains ce n’était plus la bise du départ mais des câlins, les choses commençaient à changer… On avait une semaine de libre avant leur arrivée. Chacun de son côté préparait l’arrivée de son correspondant comme il pouvait.
Lundi, enfin l’heure de leur arrivée tant attendue ! Ils étaient en permanence à nous attendre et quelques-uns étaient en retard ! Les dernières sont arrivées et tout le monde était là : les professeurs, les Italiens, les Français. De bonnes retrouvailles pour moi, en tout cas dès qu’on s’est aperçu, de grands sourires s’affichaient sur nos visages. Au final, je pense que tout le monde était content. Les liens d’amitié se resserraient, mais il y avait des petits liens qui se formaient, des préférences entre les personnes.
Les journées se succédaient, nous, nous allions en cours et nos Italiens étaient en route pour découvrir Paris. Mais tous réunis, Français, Italiens, il n’y avait aucune différence. On était là, on riait de tout et de rien, de n’importe quoi ! Le jour du départ s’approchait à grand pas.
Pour certains, la tristesse était manifeste. On redoutait le jour J ! Au départ, les Italiens dirent au revoir aux parents, aux maisons, à nos habitudes. Entre nous, les numéros s’échangèrent, les adresses de toutes sortes, des cadeaux, des souvenirs…
Arrivés au collège, le car était déjà là à attendre, les au revoir furent durs, ce jour-là beaucoup de larmes ont coulé, plutôt des cascades (même moi, l’une des pires d’ailleurs). On disait : « Bois des larmes », pour essayer de camoufler notre peine, on se faisait des câlins, on ne voulait pas les laisser partir loin. Ces câlins qui étaient au départ des bises, là encore les choses ont bien changé.
Shana

Un voyage particulier…

Un simple voyage est très différent d’un jumelage. Dans un jumelage, on rencontre des personnes étrangères à notre entourage. On s’investit plus dans la pratique de la langue pour mieux se comprendre. On les connaissait tellement depuis la correspondance du début d’année, on n’avait pas peur de se mélanger à eux. Évidemment on s’attache, beaucoup de souvenirs naissent, on se voyait tous les jours donc on avait du mal à se dire que du jour au lendemain on ne se reverrait peut-être plus… On s’est même rapproché de plusieurs personnes françaises à qui on ne parlait presque pas car on n’en avait pas l’occasion.
Après de nombreux moments passés ensemble, c’est difficile d’oublier tout cela, on ira même jusqu’à dire que c’est inoubliable ! Tandis qu’un voyage ordinaire, on était tous entre Français, on ne parlait pas du tout en italien (si ce n’est pour demander un renseignement), on était tous en groupe, enfin, plutôt chacun dans son coin et le reste suivait. Bien sûr, on s’entendait bien, mais on ne cherchait pas à se connaître les uns des autres. On ne connaissait personne d’autre, cela ne nous faisait aucun mal de partir. Cependant, dans le jumelage, on a quasiment tous pleuré, par-dessus tout on ne voulait pas se quitter. Certains diront sans doute qu’une semaine, ce n’est rien… Mais pour nous, c’est beaucoup. Si ce n’était qu’une correspondance écrite sans pour autant se voir, cela ne nous ferait rien. Les familles nous ont accueillis comme leurs propres enfants.
Nous pensons que c’était aussi une grande aventure pour les parents, du fait qu’ils accueillent des personnes qu’ils n’ont pas connu auparavant. On les a vus pendant deux semaines, ils ont pris une grande place dans notre vie, ils ont beaucoup plus d’importance après cette aventure.
Molyka

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Ho Ho est mort

Ho Ho est mort dans l’indifférence et la solitude sans doute, Ho Ho est mort. Je pense que comme moi, beaucoup de gens le connaissaient, avec ses béquilles ses chevilles énormes (cette maladie sans doute qui l’a tué), ses yeux bleus hâbleurs et rieurs et ses cris du fond de la gorge, Ho Ho, qu’il poussait sans cesse entre les murs de la place du caquet comme dans la rue de la République. Bien sûr, cet ancien légionnaire buvait sans doute trop et trop souvent, bien sûr comme les autres, j’ai découvert sa disparition par hasard, quand l’OPH est venu nettoyer son appartement trois mois après son décès. Mais c’était mon voisin, un petit bout de Saint-Denis, pas le plus prestigieux mais un homme qui faisait rire les enfants et tentait de vivre jusqu’au bout. Alors salut Ho Ho, et bonne route dans les nuages.
Thierry G.

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