En ville

Concertation sur le prolongement de la ligne 14 du métro : Ils ont (encore) tiré le signal d’alarme sur la 13

Mercredi 3 février, la réunion publique sur le prolongement de la ligne automatique de métro jusqu’à Mairie de Saint-Ouen pour désengorger la 13 a surtout permis aux 150 participants de dire leur ras-le-bol d’une dégradation constante de leurs conditions de transport.

Le syndicat des transports d’Île-de-France (Stif), la RATP et la Commission nationale du débat public, avaient bien fait les choses, mercredi 3 février, en mairie de Saint-Denis. Écran géant, sono aux petits oignons, lumières oranges pour l’ambiance… Les 150 personnes présentes dans la salle pouvaient prendre la parole, poser des questions sur des petits papiers. Le thème de la soirée : « désaturation de la ligne 13 par le prolongement de la ligne 14 ». Mais beaucoup des intervenants n’ont guère apprécié le menu.

Comme Pierre, venu de Stains, pour qui « cette soirée, c’est du bourrage de crâne. Vous voulez nous convaincre que cette solution est la seule ». RATP, Stif, direction régionale de l’Équipement répondent par la voix de leurs représentants assis à la tribune qu’il n’en est rien, que plusieurs solutions ont été étudiées.

Les Stanois réclament le prolongement de la 13 « depuis 40 ans », explique le maire Michel Beaumale, pour qui une ligne 13 rejoignant « la tangentielle nord pourrait contribuer au désengorgement ». Didier Paillard, le maire de Saint-Denis est lui aussi très remonté. « Avec le développement économique et l’augmentation de la population dans le secteur, la situation de la ligne 13 est devenue catastrophique, et cela va s’aggraver avec la poursuite de ce développement, notamment dans le quartier Pleyel, un peu plus loin avec l’arrivée (au terminus Université) des Archives nationales ».

14 prolongée et 13 dédoublée

En conséquence, Michel Beaumale dit son soutien entier aux demandes « des usagers, de leurs associations, des syndicats, pour un dédoublement de la ligne 13. Ce qui n’est pas en opposition avec le prolongement de la 14, qui à elle seule ne réglera pas la question ». Un peu plus tard, le député Patrick Braouezec dénonce lui aussi « le retard pris sur un territoire qui s’est considérablement développé sans que suivent les projets de transports » dépendant de l’État et de la Région. Le conseiller général Mathieu Hanotin pointe aussi les retards d’investissement, faisant valoir que c’est seulement « depuis trois ans » que le Stif est présidé par la gauche.

Puis Patrick Braouezec reprend la parole et formule une proposition nouvelle : « Pourquoi ne pas prolonger la ligne 14 jusqu’à Pleyel, voire jusqu’à la gare centrale de Saint-Denis, offrant alors une correspondance avec les lignes de tram T1 et T8 ? Ce qui n’enlève rien à la nécessité du prolongement de la 13 vers Stains. » Un ange passe. Ou un métro. Mais la tribune est là, bien qu’elle s’en défende avec force, pour faire briller « la désaturation de la 13 par la 14 ».

Donc, « votre idée n’est pas mauvaise, monsieur le député », répondent Stif et RATP, pour après, plus tard, un jour peut-être… On évoque à peine le projet de la gare TGV secteur Pleyel dans le cadre du Grand Paris du secrétaire d’État Christian Blanc. Lequel prévoit pourtant un prolongement de la ligne 14 jusqu’à Pleyel, puis vers les aéroports du Bourget et de Roissy…

« Va-t-on attendre 10 ans ? »

Quoi qu’il en soit, les usagers de la branche Saint-Denis de la ligne 13 « ont le sentiment d’être pris en otages, avec un service médiocre, des fréquences de 10 à 12 minutes en milieu de journée », lance Olivier, un usager. « Va-t-on attendre dix ans pour bénéficier d’une amélioration ? », demande son voisin. « Il faut des solutions temporaires », réclame Claude du centre-ville de Saint-Denis.

Plusieurs fois, le « débranchement ou dédoublement » revient sur la table. Il s’agirait, à partir de Saint-Lazare ou de La Fourche, de couper une des branches de la 13 pour faire deux lignes indépendantes (Saint-Lazare/Gennevilliers et Châtillon/Saint-Denis puis Stains). Au chapitre des inconvénients, est indiquée la complexité du sous-sol dans le secteur, une correspondance obligatoire pour continuer après Saint-Lazare vers Asnières, des travaux très longs (plus de deux ans), avec des répercussions très importante en surface.

« Excellence ou relégation ? »

Il s’agirait en fait d’une correspondance entre deux lignes. Banal en somme. Quant aux travaux certes très gênants en surface, seraient-ils pires que ceux générés par le tram T5 actuellement sur la RN1 (rue Gabriel-Péri vers Delaune) ou par le tram T3 sur les Maréchaux à Paris, avec des répercussions fortes, notamment Porte de la Chapelle, pour plus de deux ans ? L’argument plus solide invoqué par la tribune est celui de la rupture temporaire de la ligne 13 pour travaux.

Le prolongement de la 14 à Mairie de Saint-Ouen est promis pour 2017. D’ici-là, la zone audonienne des Docks accueillera activités et habitations. Saint-Denis se sera développé… La 14 même avec « des rames plus longues » et la 13 maintenue à l’identique seront saturées. Ce qui fait dire à une des participantes en colère : « Sommes-nous dans un pôle d’excellence, ou dans un territoire de relégation ? »

Gérald Rossi

On peut consulter l’ensemble du projet et participer à la concertation sur le site http://www.desaturationdelaligne13.com