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Finances locales
/ Budget en équilibre

Le budget 2018 a été adopté par le conseil municipal, jeudi 29 mars. Si l’an dernier certains prédisaient déjà le pire pour 2018, les nuages menaçants sont désormais annoncés pour 2019. En attendant les impôts n’augmentent pas et la Ville continue d’investir et d’agir.
L'Etat ne desserre pas l'étau sur les finances locales. Boucler un budget relève de plus en plus du numéro d'équilibriste
L'Etat ne desserre pas l'étau sur les finances locales. Boucler un budget relève de plus en plus du numéro d'équilibriste

Les sept points capitaux du budget 2018 adopté jeudi 29 mars en conseil municipal.

 

Recettes : la stagnation

Pour 2018 les recettes réelles sont évaluées à 197,4 millions en très légère progression de + 0,5 %. Une atonie qui s’explique par la volonté de la Ville de ne plus augmenter les impôts depuis 2016 et au gel des concours de l’État, dont les dotations, après avoir considérablement baissé depuis 2010 (moins 12 millions en cumulé), devraient se stabiliser autour de 9 millions. Problème : les dépenses augmentent plus vite que les recettes. La Ville doit donc faire face à un effet ciseaux.

Dépenses : l’ambition

Les dépenses réelles de fonctionnement atteindront 180,7 millions en 2018, en progression de + 1,4 %. 45 % de ces dépenses sont consacrées à l’éducation, la jeunesse et la vie des quartiers (81 millions, +3 %). Le cadre de vie, la tranquillité publique et l’animation des quartiers, dont une grande partie est prise en charge par Plaine Commune, voit son enveloppe progresser de +8 % (800 000 €). Parmi les projets de dépense les plus notables en 2018, on peut retenir : la création de 7 postes supplémentaires de policiers municipaux (54 au total) pour un montant de 280 000 €, la création de 4 postes pour accentuer la lutte contre l’habitat insalubre pour un montant de 125 000 €, ou le recrutement de personnels pour améliorer l’encadrement en petite enfance pour un montant de 150 000 €.

Économies : la modération

Afin de rester dans le nouveau cadre fixé par la loi de programmation des finances publiques 2018-2022 du gouvernement, qui impose une contractualisation aux plus grandes collectivités sous peine de sanction financière, la Ville a dû dégager des marges dans ces dépenses de fonctionnement et les contraindre à augmenter seulement de + 1,4 % contre 2,5 à 3,5 % ces dernières années en rythme naturel. Parmi ces mesures d’économie on peut noter la renégociation du marché d’exploitation de la piscine La Baleine pour une économie de 177 000 €, l’optimisation des prestations d’entretien des locaux administratifs pour un gain de 60 000 € ou l’optimisation des consommations téléphoniques pour un montant de 42 000 €.

Masse salariale : l’équation

La masse salariale représente 66 % des dépenses de fonctionnement (119 millions). Un chiffre beaucoup plus élevé que la moyenne des villes de la même taille que Saint-Denis (57 % en moyenne), qui s’explique en partie par le choix fait d’un service public local fort qui va bien au-delà des seules compétences obligatoires. Mais pas seulement, la chambre régionale des comptes dans son dernier rapport avait insisté sur le poids de l’absentéisme sur la masse salariale : estimé à 11 millions/an. En 2018 la masse salariale augmentera encore de + 3 %.

Épargne : l’altération

Rarement au centre des préoccupations, l’épargne dégagée par la Ville n’en est pas moins importante. Son niveau garantit la capacité d’emprunter et donc d’investir de la collectivité. Or, l’épargne pique sérieusement du nez, passant de 23,1 millions en 2014 à 16,7 millions en 2018. Le taux d’épargne de la Ville (8,5 %) se rapproche dangereusement du seuil fatidique des 6 %, qui ne permettrait plus de couvrir les charges de la dette. Un nouvel effort sur les dépenses de fonctionnement semble donc inévitable à l’avenir pour rétablir un meilleur taux d’épargne.

Investissement : la projection

40 millions d’investissement sont programmés sur la ville en 2018. Sur cette somme, seulement 3,7 millions sont apportés par des partenaires (collectivité, État, etc.), qui se désengagent toujours un peu plus. La Ville est donc de plus en plus seule à supporter l’investissement alors même que sa capacité à investir est réduite. D’où une contraction de 10 millions du Plan pluriannuel d’investissement 2018-2024. Malgré tout, les 226 millions d’investissements programmés sur la période doivent permettre d’accompagner le développement de la ville. Parmi les principales opérations en 2018, on note la dotation d’une enveloppe de 3,5 millions à la foncière commerce, l’acquisition des terrains du futur collège Confluence (2,5 millions), les travaux dans les cantines (2,6 millions) ou l’amélioration des conditions de travail des personnels municipaux (700 000 €).

Dette : l’addition

La dette communale s’élève à 128,7 millions d’€. Soit 1 152 € par habitant, ce qui est un peu mieux que la moyenne des villes de même taille que Saint-Denis. Sa capacité de désendettement, si elle reste bonne, se détériore puisqu’elle est passée de 3,8 ans à 7,7 ans. La dette coûte environ 4 millions/an à la Ville en charges financières. Surtout si rien n’était fait dans les prochaines années, la dette pourrait s’envoler, mettant en péril la capacité de désendettement de la Ville. Il faudra donc remettre le métier sur l’ouvrage pour le budget 2019.

Yann Lalande

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