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Harcèlement en milieu scolaire
/ Briser la loi du silence

Contre le harcèlement en milieu scolaire, le programme « Sentinelles et référents » est dispensé par des intervenants spécialisés dans les établissements d’enseignement secondaire. Dont le collège De Geyter de Saint-Denis.
Le collège De Geyter est le seul de Saint-Denis à participer au dispositif "Sentinelles et référents"
Le collège De Geyter est le seul de Saint-Denis à participer au dispositif "Sentinelles et référents"

Affublés de surnoms humiliants, insultés, frappés, tenus à l’écart, 10% des enfants et adolescents seraient victimes de harcèlement en milieu scolaire. « Cela commence dès l’école primaire. Et 70% de ces victimes de harcèlement sont en collège, rapporte Emilie Saïssay. Mais le chiffre le plus important, poursuit-elle, ce sont ces 80% de témoins passifs qui engendrent le phénomène. »  « Ce sont ceux qui regardent, mais ne font rien. Notre vraie lutte, c’est de les réveiller et qu’ils disent stop », expliquait-elle le vendredi 4 mai au collège De Geyter devant l’assemblée des délégués de classe, chargés de faire passer le message. A son côté, ce jour là, neuf élèves de 5e et 4e, et deux adultes, se sont employés eux aussi, en jouant notamment des scénettes, à expliquer les tenants et aboutissants du programme "Sentinelles et Référents", dont ils sont à présent les acteurs volontaires.

« Le fait d’en parler, ce n’est pas balancer, c’est aider »

Echelonnée sur plusieurs semaines, leur formation d’élèves sentinelles et d’adultes référents a été de « quatre jours, qui ont été intenses au niveau émotionnel, nous raconte Emilie Saïssy. Ils ont travaillé dans des groupes égalitaires  avec des jeux de rôle, des jeux tout court. A la fin, les élèves pour qui se moquer n’était pas grave, se sont rendus compte que non. » Leur mission de sentinelle, épaulée par les référents, « est d’aller vers la victime, ne pas la laisser seule, et de l’accompagner vers les adultes compétents, infirmière, assistante sociale ou principal, expliquera-t-elle encore aux collégiens. Les sentinelles ont aussi besoin de vous, les témoins, si un élève se fait insulter. Si vous n’êtes pas à l’aise pour dire stop, ils sont là pour ça. » D’autant que la victime peut avoir «  perdu toute estime de soi. Il faut alors établir avec elle un lien de confiance. C’est délicat ». « Le fait d’en parler, ce n’est pas balancer, c’est aider », insistait aussi Kader, assistant de vie scolaire et référent. Quant au harceleur, « vous ne vous en occupez pas. D’ailleurs ça peut être dangereux. Ce sont les référents qui s’en occuperont ». Au fil des questions toutes pertinentes soulevées par les délégués, c’est pour Emilie Saïssy une évidence : « Les jeunes ont une conscience incroyable des choses, c’est leur quotidien, ils le voient. » « Ce sont des problèmes que l’on traite déjà, souligne Stéphane Mercy, le principal du collège. Et plus ils seront pris à la base, moins ils seront graves et moins le traitement en sera sévère. » S’il n’est pas sans doute pas le seul chef d’établissement de Saint-Denis à s’en préoccuper, aucun autre ne s’est encore inscrit dans cette démarche, que propose depuis une dizaine d’années le Pôle discrimination violence santé du SEDAP (1), avec son équipe de six intervenants. Dont Emilie Saïssay. Elaboré par le psychologue Eric Verdier, le programme Sentinelles et Référents est appliqué en France par quelque 130 établissements d’enseignement secondaire, avec le soutien des Agences régionales de santé. Reste à le compléter à De Geyter par la formation de six jours organisée à l’échelle régionale à l’intention des adultes référents. A ces derniers reviendra la tâche de « former de nouvelles équipes » afin de lutter, comme le dit Emilie Saïssy, contre « la normopathie ambiante ». Cette maladie de la norme, qui fait le lit du harcèlement, notamment sur les réseaux sociaux où la persécution, souligne-t-elle encore, entraine ses victimes « dans une descente aux enfers beaucoup plus rapide ».

Marylène Lenfant

(1) Société d’entraide et d’action psychologique.