En ville

Au conseil municipal, Corentin Duprey élu surprise à la Métropole

Jeudi 17 décembre, l’attention était focalisée sur les indemnités des élus. Mais c’est du vote sur les représentations électives au sein du Grand Paris qu’est venu l’inattendu. Récit.
Corentin Duprey au moment du vote
Corentin Duprey au moment du vote


Les élus le savent avant même d’entrer dans la salle du conseil. La soirée, avec seulement deux points à l’ordre du jour, promet d’être tendue quand il s’agira d’aborder la « fixation des indemnités du maire et des adjoints ». « L’organisation et la gouvernance de la Métropole du Grand Paris » et l’élection des trois conseillers dionysiens devant y siéger ne présente a priori aucune difficulté pour la majorité municipale. C’est pourtant de ce côté que vient une surprise qui se nomme Corentin Duprey.


Saint-Denis, de par sa taille, est l’une des rares villes de la Métropole à devoir élire trois représentants. Fruit de négociations au sein des différentes composantes de la municipalité, Didier Paillard, Patrick Braouezec et Fabienne Soulas composent le trio soumis aux suffrages des conseillers. Face à eux, le PS présente Corentin Duprey, Maud Lelièvre et Adrien Delacroix. Sur le papier, le match est joué d’avance. Si la discipline de vote est respectée, 43 voix sur 55 suffrages exprimés doivent se porter sur la liste Front de gauche et 12 voix sont promises à l’opposition. Sauf que, le dépouillement donne 41 bulletins contre 14. Dans le cadre d’un scrutin proportionnel paritaire à la plus forte moyenne, Corentin Duprey est élu à la Métropole du Grand Paris dont l’installation effective se fera le 22 janvier 2016 (1). Saint-Denis aura donc trois hommes et zéro femme pour la représenter dans cette instance : Didier Paillard, Patrick Braouezec et Corentin Duprey.


Pendant que les élus se demandent d’où peut venir l’entorse ayant permis l’envoi de cet assemblage inattendu dans les sphères métropolitaines, Didier Paillard procède à l’autre vote en urne de la soirée. Il s’agit cette fois de désigner les conseillers territoriaux pour l’établissement public territorial Plaine Commune, communément appelé « territoire ». La loi détermine le nombre total de conseillers (22 pour notre ville au lieu de 16 précédemment) et accorde donc six nouveaux conseillers à Saint-Denis : Essaïd Zemouri (EELV), Adeline Assogba (PSG), Laurent Russier (FdG), Béatrice Geyres (EELV), Hakim Rebiha (FdG), Marion Oderda (PS).


Les indemnités des élus, bis repetita

Reste LE sujet qui surchauffe depuis la veille les réseaux sociaux. Les indemnités des élus reviennent pour la seconde fois sur le tapis après cette folle nuit de l’été 2015 où la séance avait dû s’interrompre à 4 heures du matin. Le 25 juin, les travaux s’étaient en effet conclus sans vote faute de quorum. Six mois plus tard, ce 17 décembre, les élus jouent bis repetita sur la même partition, mais cette fois ils votent à la fin pour actualiser leurs indemnités. Le maximum légal autorisé pour le maire, les adjoints et les conseillers est fixé pour Saint-Denis à 82 145,80 euros mensuels bruts. La proposition présentée par Didier Paillard et finalement approuvée (33 votes pour, 21 votes contre) s’élève à 81 192,99 euros.


Dans son entrée en matière, le maire défend ce choix en rappelant que « les indemnités sont un gage de démocratie qui garantissent l’accès du plus grand nombre aux fonctions électives, l’impartialité des élus en prévenant les risques de corruption, la possibilité de disposer du temps nécessaire à l’exercice des mandats ». Il insiste ensuite sur la volonté « d’être totalement transparent » en publiant nominativement les émoluments (2) quand de « nombreuses municipalités se bornent à présenter l’enveloppe globale utilisée ». Appelant à la « mesure, au discernement et à la sobriété dans le débat pour ne pas alimenter les dérives populistes ou poujadistes, les discours du tous pourris », il évoque les indemnités de Florence Haye et Bally Bagayoko : « En avril 2014, alors conseillers départementaux, ils ont accepté de voir leurs indemnités écrêtées alors qu’ils n’étaient pas concernés par les dispositions législatives relatives au cumul des indemnités ». En clair, explique M. Paillard, M. Bagayoko et Mme Haye ont fait le choix de revenus communaux plus bas en 2014 (respectivement 1 527 euros et 1 957 euros) parce que le Département leur versait aussi des émoluments. Battus aux dernières élections, la proposition présentée par le maire est qu’ils reviennent à des revenus plus hauts (respectivement 3 183 euros et 4 477 euros) en tant qu’adjoint au maire.


Dans le débat, plusieurs conseillers contestent l’approche générale. Pour le PSG, groupe de la majorité, Bertrand Godefroy explique les raisons du vote contre : « Nous n’acceptons pas l’augmentation de l’enveloppe des indemnités. Nous devons nous en tenir à l’engagement de modération et nous resterons pour notre part à une décote de 11% par rapport au maximum autorisé. » Autre membre de la majorité, Philippe Caro qui s’était abstenu en juin vote également contre cette fois-ci . Le conseiller municipal PCF, délégué au logement, estime que « la portée symbolique de notre décision est infiniment supérieure aux sommes engagées » et propose de travailler « rapidement à l’adoption d’une charte des élus, code d’éthique et de bonne conduite ».


Corentin Duprey, qui avait orchestré le coup de théâtre de juin, s’en donne à cœur joie sur « l’indécence » de la proposition : « À la défiance qui s’exprime à l’égard des responsables politiques, vous répondez par une augmentation mensuelle des indemnités des élus de votre majorité de plus de 5 000 euros par mois. » Comme il y a six mois, il cite Montreuil en exemple : « La municipalité rouge-verte-rose a fait le choix de n’utiliser que 83% de son enveloppe maximale quand vous nous proposez d’en utiliser 98%. »


Le groupe EELV vote le rapport. Essaïd Zemouri fait valoir que, si le mandat électif ne doit pas servir à s’enrichir, « les élus ne doivent pas non plus se saigner ». Il fait remarquer que la fonction pénalise le retour à l’emploi : « Nous ne retrouverons jamais le même poste de travail », dit-il avant de conclure sur l’attachement de sa sensibilité au non cumul des mandats. Bally Bagayoko, visé dans le débat, lit une longue déclaration qu’il n’avait pas, dit-il, prévue de prononcer. Philippe Caro est autant ciblé que Corentin Duprey. L’adjoint au maire explique qu’il n’est « pas candidat à se laisser insulter » et qu’il « n’a pas de leçon à recevoir ». « L’immoral aurait été de toucher l’intégralité du cumul conseil général et conseil municipal », ce qu’il n’a à aucun moment fait, précise-t-il. Choqué par sa mise en pâture sur les réseaux sociaux en juin dernier, il regrette que le PS n’ait jamais condamné des commentaires racistes à son égard (de son côté, le PS explique ne pas en avoir eu connaissance).


Corentin Duprey ayant mis en parallèle le salaire médian des Dionysiens et le montant des indemnités, Vincent Huet et Laurent Russier ont eu beau jeu de le titiller sur le bilan du gouvernement socialiste : « Il faut de la décence quand on évoque la misère qu’on provoque », lui explique le premier. Quant au second, s’agissant de l’indécence et de l’immoralité dont le PS affuble son groupe, il ne manque pas de rappeler : « Nous n’avons pas eu dans nos rangs Jérôme Cahuzac et Thomas Thévenoud. »

Dans le public, quelques citoyens engagés dans la vie locale comptent les points. Sur Internet, ils doivent être plus nombreux à suivre une empoignade qui ne réconcilie pas avec la politique… La majorité municipale, après les désaccords constatés sur les questions de sécurité avec l’arrivée prochaine de la vidéosurveillance, a de nouveau montré ses divisions.


Dominique Sanchez


(1) Après les fêtes, nous reviendrons sur les compétences et le fonctionnement de la MGP, ainsi que sur le débat entre élus lors de cette séance.

(2) Nous publions la liste en PDF ci-dessous.


Fichiers à télécharger: 

Réactions

Réagissez à l'article

(ex. : votre.nom@fournisseur-internet.com) Cette adresse ne sera pas publiée sur le site.
Merci de prendre connaissance de la charte des commentaires ci-dessous.

Principes de modération

Les commentaires postés sur lejsd.com sont modérés avant publication par l’équipe éditoriale.
Les commentaires sont ouverts les quatre semaines suivant la mise en ligne des contenus.
Les messages sont publiés dans leur intégralité ou supprimés s’ils sont jugés non conformes à la charte.
L’internaute est responsable des commentaires qu’il poste. L’équipe du JSD se réserve le droit de retirer tout commentaire si elle l’estime nécessaire pour la bonne tenue des échanges.
La modération dans l’immédiat a lieu du lundi au vendredi, en horaires de jour.
Lorsqu’un internaute poste plusieurs fois le même commentaire, l’équipe du JSD n’en publie qu’une version.

Pseudonymes

Il n'est pas autorisé de choisir comme pseudonyme le nom d'une autre personne physique ou morale (entreprise, institution, etc.) ou d'utiliser un nom similaire à celui d'un autre internaute dans le but de créer une confusion.
Les noms contenant des allusions racistes, sexistes ou xénophobes sont proscrits.
Si un internaute utilise plusieurs pseudonymes pour commenter, le JSD se réserve le droit de supprimer ces comptes, sans préavis.

Contenus illicites et prohibés

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Le JSD supprimera tout commentaire contrevenant à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois ou grossier.
Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, sexistes, homophobes, discriminatoires, diffamatoires ou injurieux, incitant à la violence (y compris les appels à la restauration de la peine de mort) ou à la haine raciale, niant les crimes contre l’humanité et les génocides reconnus, faisant l’apologie des crimes de guerre et du terrorisme ; justifiant des actes violents et des attentats.
Sont également proscrits : les propos de nature pornographiques, pédophile ou délibérément choquants ; les atteintes à la présomption d’innocence, l’usurpation d’identité, l’incitation à la commission de crimes ou de délits, l’appel au meurtre et l’incitation au suicide et la promotion d’une organisation reconnue comme sectaire…
Il est également interdit de divulguer des informations sur la vie privée d'une personne, de reproduire des échanges privés et d’utiliser des œuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).
Actuellement la publicité est interdite sur lejsd.com Les liens promotionnels sont proscrits mais la publication d’un lien vers un site commercial en lien direct avec le sujet dont il est question dans le programme ou le fil de commentaires peut être tolérée, si elle apporte un complément d’information utile à l’internaute.
Le JSD se réserve le droit de supprimer tout commentaire contenant des propos agressifs visant des personnes, notamment les autres commentateurs.
La suppression d’un commentaire entraîne celle des réponses qui lui ont été faites.
Pour contester une modération, merci d’écrire à info@lejsd.com.

CAPTCHA
Ce champ nous permet de vérifier que vous n'êtes pas un robot spammeur