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Aide aux migrants
/ Appel aux structures artistiques amies

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C.L

« C'est bien, ce que vous faites. »

C'est la serveuse blonde, au regard doux, qui l'a dit la première.

« C'est bien, ce que vous faites ». La militante à l'esprit leste, qui revenait de Notre-Dame-des-Landes l'a dit aussi.

« C'est bien, d'avoir eu ce réflexe », assure le bénévole coordinateur de l'association d'aide aux réfugiés, pour réconforter.

Et tu réponds que ce n'était rien du tout, qu'Utopia 56 est venue avec 12 matelas gonflables, que très spontanément, des artistes ont apporté des couettes, des couvertures, des vêtements chauds, acheté du bois pour chauffer la salle, du pain, du sucre du thé noir.

(Beaucoup des gars prennent au petit-déjeuner du tchaï, noir, au lait, très sucré).

Tu expliques qu'on a monté ça en 2 jours, qu'il n'en fallait pas plus, parce qu'il faisait si froid, sous le givre candide, que l'accord des artistes-membres s'est trouvé, que recevoir cinquante personnes, sur cinq nuits, quand il en reste plus de deux mille dehors, c'est une contribution minime, minimale.

Mineure.

A ce mot, tu peines à déglutir parce qu'Abdou a laissé en partant deux feuilles A4 de la préfecture, lui signifiant qu'il n'était pas reconnu mineur, et que tu sais qu'en recevant cette même lettre, en 2016, Denko Sissoko, arrivé du Mali, s'était défenestré du 8ème étage. Et tu as vu leurs bouilles, Abdou et Abder, aux yeux ensommeillés, joufflus, ils ressemblaient tellement aux collégiens qui piaillent sur les trottoirs, dans les bus et les cours de récré.

Cela ne devrait même pas être mentionné, tant c'est simple, tant cela relève de l'évidence, cette chose que nous avons faite l'année dernière, accueillir dans nos locaux le soir, cinquante personnes par groupes de dix, quelques nuitées de très grand froid. Mais l'hiver s'installe de nouveau et il faut en parler pour que les associations amies le sachent, sachent la simplicité et l'évidence qu'il y a à ouvrir nos espaces.

Dans notre association d'artistes, on ne se mêle pas de politique – entendue comme le ferment de dissensions incompréhensibles entre individus. On ne considère pas les individus dans ce qui les tient, des intérêts sociaux irrémédiablement antagonistes- parce que le rapport à l’œuvre produit ça, un état d'émotion qui suspend provisoirement le sens d'appartenir. On suppose l'art susceptible d'atteindre un lieu toujours tendre, où il s'imprime, réveille, relève un élan intact.

Cela n'est pas formulé ainsi, ça ne se parle pas, ça se fait comme ça. Sans doute d'autres structures reconnaîtront ces mêmes présupposés.

Puisqu'on ne se mêle pas de politique, alors, il faut laisser de la place à l'évidence dans les fibres qu'on ne laisse pas crever à côté de soi plus pauvre que soi, sous peine de se mentir et d'abîmer la liberté dans laquelle on prétend agir. Chez nous, il a fallu contrevenir à la convention qui nous lie à notre bailleur, et qui nous interdit d'user de nos locaux d'exposition pour un usage d'habitation. Nous tenons qu'il est des devoirs plus impératifs que celui de caresser sa convention de bail, soupir aux lèvres et larme d'impuissance à la paupière.

C'est pourquoi nous appelons les associations, collectifs, regroupements d'artistes disposant de locaux à se mettre en relation avec avec toutes les structures d'accompagnement des exilés à proximité de leur lieu d'exercice (Paris : le collectif La Chapelle debout, l'association Utopia 56, le BAAM…) et à ouvrir simplement leurs portes pour un accueil minimal.

A revendiquer cette action, au nom de la dignité, de la solidarité, ou au nom de l'entretien de cette exigence enfantine qui quand elle ne nous portera plus, signera la décrépitude irrémédiable de toute prétention à sentir et à mettre en forme ce qu'on sent.

Nous appelons nos amis artistes à s'associer à ces pratiques d'accueil, à les expérimenter.

Sans trompeter sur l'héroïsme de la compassion, juste parce que oui, il faut pouvoir affirmer, qu'en effet, ce n'est pas trop mal, ce qu'on fait.

Aide aux migrants

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