Cultures

Théâtre Gérard-Philipe
/ Antigone, figure éternelle de La Troupe éphémère

De jeunes comédiens amateurs vont, sous la direction bienveillante de Jean Bellorini, interpréter l’immense texte de Sophocle. L’année dernière, déjà, cette troupe avait été unanimement saluée pour son spectacle salle Roger-Blin.
Jeudi 5 mai, répétition d'Antigone par la Troupe éphémère
Jeudi 5 mai, répétition d'Antigone par la Troupe éphémère

L’an dernier, La Troupe éphémère du TGP avait, comme on dit, fait le buzz. Au bout de plusieurs mois de travail, cette troupe de jeunes comédiens amateurs avaient, conduits par Jean Bellorini, présenté dans la grande salle Roger-Blin comble Moi, je voudrais la mer, extraits d’œuvre de Jean-Pierre Siméon. Avec, en prime, la présence dans l’assistance de la ministre de la Culture de l’époque, Fleur Pellerin. Saluée unanimement, la prestation de ces jeunes comédiens avait soulevé l’enthousiasme. Il était donc évident que l’aventure se poursuive cette saison. « D’autant que ce travail est au cœur du projet du théâtre, déclare Jean Bellorini, le directeur du CDN. Ces soirs-là, dans la salle, sont mélangés amateurs de théâtre dionysiens et d’ailleurs, mais aussi familles, amis, curieux, des gens qui ne viennent pas ou peu aux spectacles programmés dans la saison. Il y a là un vrai mélange de populations, un équilibre rêvé dans une salle de théâtre. »

Ils seront, cette fois-ci, vingt et un à se produire sur cette immense scène jeudi 12 et vendredi 13 mai à 20 h. Et ils ne présenteront pas n’importe quelle pièce. Il s’agit tout simplement d’un texte fondateur du théâtre mondial, l’Antigone de Sophocle. « C’est un des plus grands textes du monde, confirme Jean Bellorini. Je n’ai encore jamais monté de tragédie. C’est quelque chose qui me fascine mais je ne sais pas comment ça se joue avec des comédiens, disons confirmés. Eux, avec leur innocence, permettent cette audace. Cela tient sur la grâce et sur l’immédiateté. C’est cela, la Troupe éphémère. »

En ce jeudi de l’Ascension, pas un ne manque à l’appel. C’est l’une des première répétition in situ, sur ce vaste plateau envahi d’un miroir d’eau, qui reflète lumières et silhouettes, qui projette et amplifie la tragédie. Secondé par la comédienne Gaëlle Hermant et Delphine Bradier, responsable de l’action artistique au TGP, Jean Bellorini conseille, corrige, encourage, avec autant de bienveillance que d’exigence. « C’est bien, il faut bien expliquer chaque mot, prendre le temps. Demande-toi ce que ça fait d’entendre ça ! » On entend alors le souffle de la jeunesse donner ces phrases écrites il y a près de vingt-cinq siècles. « Au théâtre, il n’y a pas de monologue. Ce sont toujours des dialogues, avec toi ou avec nous, spectateurs ! », lance Jean Bellorini à Lino qui porte les mots du chœur avant la confrontation entre Créon et Antigone.

La répétition se poursuit, les lumières se règlent, on cherche, on invente, on trouve. Il y a les hésitations et les fulgurances, qu’il faudra garder. « Bien sûr, Sophocle n’est pas actuel, mais on le joue comme si on parlait aujourd’hui », confie Sophie à l’issue de la répétition. À 17 ans, passionnée de théâtre, elle était de la première Troupe éphémère. Elle est l’un des deux Ismène (certains rôles ont été dédoublés) et ne cache pas son enthousiasme. « Je me souviens que c’était un moment fort l’an dernier. On travaille comme des comédiens professionnels et c’est une expérience qui me grandit. Ça me donne envie de continuer car le théâtre fait partie de ma vie… »

Plus jeune, Jeanne, l’autre Ismène, connaît la chanson : ses deux parents sont comédiens et elle est passée par l’éveil musical d’Histoires de sons et plusieurs atelier de théâtre à Saint-Denis. « Ici, c’est une autre étape : j’ai un vrai rôle à défendre. Et Jean nous aide sans être directif. Il nous donne une intention et c’est à nous de créer le rôle. Il nous fait réfléchir. » Sara aussi trouve que cette expérience enrichit sa vision du théâtre. « On essaie plein de choses, on confronte les points de vue, c’est passionnant. » L’une des deux Antigone, Cindy, aime particulièrement son rôle. « C’est quelqu’un qui dit non et ça me convient ! » Elle aussi était là en 2015. « Jouer ici m’a donné un sentiment nouveau : je me suis sentie vivante. Et j’ai vraiment envie de retrouver cette sensation. » Ces quatre Dionysiennes et leurs camarades travaillent d’arrache-pied une fois par semaine depuis le mois d’octobre, et de plus en plus intensément à l’approche de l’échéance. Avec un sérieux et un enthousiasme qui promettent. Et qu’on a diablement envie d’entendre.

Benoît Lagarrigue

Antigone de Sophocle, jeudi 12 et vendredi 13 mai à 20 h au TGP (59, boulevard Jules-Guesde, salle Roger-Blin). Tarifs : 7 et 5 €. Réservations : 01 48 13 70 00 ; www.theatregerardphilipe.com

Mardi 10 mai 2016 - 10:00

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