Portrait

Marie-France Santoni-Borne
/ Amicalement vôtre

L’ancienne principale de collège qui a effectué presque toute sa carrière en Seine-Saint-Denis s’est lancée dans un nouveau combat : le soutien des prostituées à l’Amicale du Nid 93 (1).

On l’avait découvert principale de collège battante dans le documentaire Madame la principale, réalisé par Thierry de Lestrade en 2002. Depuis, Marie-France Santoni-Borne n’a pratiquement pas changé : mêmes yeux pétillants, même sourire optimiste. Seule l’apparition d’une canne rouge et fleurie semble trahir le passage des années. La passion, elle, reste intacte. Elle a beau avoir été nommée principale du collège Pierre De Geyter à Saint-Denis il y a presque vingt ans, Marie-France Santoni-Borne en parle comme si c’était hier. L’établissement était alors tristement célèbre, symbole du dysfonctionnement de l’éducation nationale dans les quartiers sensibles. « A mon arrivée, le taux de réussite au brevet est de 36 % », résume-t-elle avec le ton professoral de celle qui a été enseignante pendant 20 ans. « Trois ans plus tard en 2002, le taux était remonté à 75 % ». Une progression exceptionnelle qui lui vaudra la Légion d’Honneur, remise par Jacques Chirac en 2004. « Je suis arrivée à la fin de la rénovation, il n’y avait plus qu’à reconstruire », s’excuse-t-elle presque. « Et puis, j’ai eu la chance de tomber sur des profs extrêmement motivés. ».

Elle se souvient du sentiment « d’injustice qu’[elle] ressentai[t] en voyant arriver au collège des élèves qui ont dormi par terre, qui n’ont pas d’habitation stables… La vie normale, ils ne connaissent pas ». Alors que faire ? « Donner de l’énergie ». Et avoir du culot. Quand le collège De Geyter est invité à accueillir au Stade de France les parlementaires juniors du Parlement mondial des enfants en 1999, la principale décide qu’il n’y a pas de raison que ses élèves se contentent de faire les guides : « Si jamais on participe à cet événement, on participe à tout », répond-elle à l’invitation. Au bluff. Et ça marche. Une classe de 3e est invitée à tous les événements : à l’Assemblée Nationale, à Versailles et même à la soirée de clôture, dans les chics salons de l’hôtel de Lassay. « Un de mes élèves est venu avec un costume, et une cravate même s’il ne savait pas la faire... Ce sont des moments précieux ».

A 150% sur le terrain

Pour cette femme « à 150 % sur le terrain », comme elle aime à se décrire, la retraite aurait pu être un coup d’arrêt violent. Il n’en est rien. « J’étais prête. En 2009, j’avais tout de même 65 ans. Et puis, psychologiquement, je n’avais pas de regrets ». Pas question pour autant de ne plus s’investir, ce ne serait pas son tempérament. Marie-France Santoni-Borne trouve sa place presque naturellement à l’Amicale du Nid du 93 en tant que bénévole pour le comité territorial. « J’étais étudiante à Nanterre en 68, et de tous les combats féministes des années 1970... Aller à l’Amicale était logique car mon investissement est féministe ». Elle y découvre « une réalité sociale hors du commun, des femmes en errance. L’Amicale du Nid m’a apporté la conviction totale et profonde que chaque personne qui vend son corps est une victime, qu’elle le sache ou non. » En 2017, 4 336 personnes ont été accueillies sur le 93, le record de France pour l’Amicale. On sent chez elle la même passion pour le combat de l’Amicale que lorsqu’elle était principale à De Geyter. Et même si elle a connu d’autres établissements, à Stains de 2002 à 2006, puis à Montreuil de 2006 à 2009, De Geyter occupe une place spéciale. Dans son bureau à la maison, elle garde encadrée sur le mur une photo des élèves et des professeurs du collège dionysien, prise depuis le toit de l’établissement. Il y a des passions qui ne s’éteignent jamais.

Arnaud Aubry

(1)  Amical du nid, accueil de jour, 10 rue Fontaine à Saint-Denis. Tel : 01 55 87 02 11

Réactions

Bonjour. A Arnaud AUBRY Elle n'était pas prof d'espagnol à la Courtille???