En ville

116 Roms à Pleyel

Chassés par un incendie, expulsés par la police, ces Roumains ont fini par échouer à Saint-Denis. Médecins du Monde a déclenché une mesure d’aide d’urgence mais s’accorde avec la Ville pour ne pas que la situation se pérennise.

Devant l’une des six grandes tentes dressées par Médecins du Monde (MdM), Aurica explique qu’elle a tout perdu et a besoin de vêtements. Assise à côté d’elle, sur un lit de camp, Mariana serre contre elle son bébé d’un mois, son sixième enfant. Elle, son principal souci, c’est sa cicatrice de césarienne, qui s’est infectée. Sur ce terrain vague en bordure du quai de Saint-Ouen dans le quartier Pleyel, ils sont en tout 116, dont 41 enfants, 6 nourrissons et 5 femmes enceintes, selon le décompte de MdM, qui les a installés là dans la nuit du mardi 26 au mercredi 27 mai. Ces familles étaient au nombre des 492 Roms de Roumanie recensés à Bobigny dans un entrepôt qui depuis est parti en fumée. L’incendie, survenu le 23 mai, a coûté la vie à un enfant de 7 ans. Pour la suite, « il est important qu’on explique bien ce qui s’est passé », insiste Olivier Bernard, président de MdM, inquiet des polémiques.
Hébergées pendant deux nuits dans un gymnase par la ville de Bobigny, « les familles se sont scindées ensuite en trois groupes, raconte-t-il. Une dizaine d’entre elles, qui avait accepté l’aide au retour de l’Anaem (Agence nationale de l’accueil des étrangers et des migrations), a eu une nuit d’hôtel. Une autre partie est allée dans d’autres camps dans le cadre de la solidarité familiale. Le troisième groupe a investi un hangar désaffecté à Gennevilliers, d’où ils ont été sitôt expulsés. Ils sont allés après sur un autre terrain. Vers 22?h, nos équipes ont été informées par la police qu’elle allait à nouveau les expulser. Je me suis rendu sur place. Finalement, ce sont les Roms eux-mêmes qui ont eu l’idée de ce terrain à Saint-Denis. Ils avaient trois voitures et ont fait plusieurs allers-retours pour acheminer tout le monde. »
Ce soir-là, mesure exceptionnelle, la mission France de MdM sollicitait pour eux le « desk urgence » de l’ONG afin que soit mis à disposition un matériel, tentes, lits de camp, etc., entreposé dans la zone aéroportuaire de Roissy pour les missions d’urgence internationales. « On a posé aussi des WC chimiques de chantier. Pour l’eau, on a des jerricanes. Et pour la nourriture, on travaille avec le Secours catholique et les Restos du cœur, poursuit le Dr Bernard. Mais on ne veut pas mettre trop d’infrastructures pour ne pas pérenniser le campement. Aujourd’hui, il s’agit pour nous d’ouvrir une fenêtre médiatique pour demander la tenue d’une table ronde régionale. »

Une table ronde régionale réclamée d’urgence

Une rencontre en urgence autour du préfet de région est ainsi réclamée, dans un communiqué commun diffusé le jeudi 28 mai, par Médecins du Monde et par la Ville. Laquelle, pourtant, n’a guère apprécié l’initiative dont elle était informée, après-coup, le mercredi matin. « La ville de Saint-Denis, qui a accueilli ces dernières années plusieurs centaines de familles roms sur son territoire, s’insurge contre la politique qui consiste à les reléguer dans les communes qui contribuent […] à l’effort de solidarité », souligne-t-elle encore dans ce texte à coup sûr incomplet aux yeux des riverains, puisqu’il ne mentionne pas le bidonville d’environ 150 personnes, évacué du même terrain voici tout juste un an. Objet d’une pétition du voisinage, le campement installé par Médecins du Monde est aussi visé par une procédure en référé engagé par la Dirif (Direction interdépartementale des routes de l’Île-de-France), propriétaire du terrain.
Marylène Lenfant

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