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Violences inter-quartiers
/ Ça tambouille contre les embrouilles

Une conférence au lycée Paul-Éluard et un repas à l’école Jean-Vilar ont réuni des centaines de personnes investies pour trouver des solutions aux violences entre bandes de jeunes.
Le samedi 20 janvier, à l'école Jean-Vilar, avec les mères de la marche contre les violences
Le samedi 20 janvier, à l'école Jean-Vilar, avec les mères de la marche contre les violences

« On était des mamans perdues, désemparées. Maintenant on ne va plus se taire !», dit l’une. « On ira jusqu’au bout », renchérit une autre. Habitantes de Floréal-Saussaie-Courtille, elles étaient le 4 novembre à l’initiative d’une marche contre les violences commises en bandes par des adolescents qui s’affrontent depuis des mois entre quartiers. FSC contre Allende. Hier isolées dans leurs cités, ces femmes se disent aujourd’hui d’autant plus déterminées qu’elles ont fait de leur combat une cause commune. Et qui mobilise. Ils étaient ainsi plus de 250, jeudi 18 janvier au lycée Paul-Eluard, pour une conférence sur les « Embrouilles de quartier ». Et ils étaient plus d’une centaine de toutes générations, dont le maire et une douzaine d’élus, samedi 20 à l’école Jean-Vilar autour d’un « repas solidaire inter-quartiers contre les violences ».  Dûment organisées d’une table à l’autre, les prises de paroles y ont été consignées comme autant de contributions aux solutions à mettre en œuvre.

Une police de proximité pour Allende et FSC

Premier constat, et « en dépit des idées reçues, les parents ne sont du tout démissionnaires ». « Il faut arrêter de stigmatiser les familles ». L’accent est mis sur l’incompréhension et sur le « manque de liens constructifs » entre des adultes peu disponibles à l’écoute et des jeunes en échec scolaire, qui sont « frustrés face au monde marchand ». On pointe aussi « une montée de l’agressivité entre les jeunes et entre les gens, à cause du niveau de vie qui se dégrade ». « Il faudrait créer des espaces de rencontres inter-générationnelles et interculturelles avec les associations», préconise-t-on. Entre deux prises de parole, un intervenant inattendu, le commissaire Laurent Mercier s’est voulu rassurant. Il annonçait grâce au renfort de 32 policiers la création du « groupe de sécurité de proximité » qui manquait aux quartiers nord (dont FSC). Et il promettait « en cas de problème » un accueil attentif au commissariat. « Il ne faut pas tout attendre des institutions », a-t-on soulevé néanmoins au fil du tour de tables, tout en réclamant des surveillants aux abords des établissements. Et « davantage de médiateurs et d’éducateurs de rue » parce qu’on a « besoin de gens qui soient capables de comprendre ces jeunes, savoir ce qu’ils veulent ».

Des gardiens de l'honneur du quartier

Comprendre, c’est précisément ce qui avait motivé l’affluence à la conférence de Marwan Mohammed organisée par le Département, la Ville et le lycée Paul-Eluard.  Chargé de recherches au CNRS, ce sociologue est un spécialiste de la formation des bandes de jeunes, un phénomène « très ancien », et qui « se répète dans le temps avec plus ou moins d’intensité ». Il les qualifiera ici d’embrouilles de cité. « Ancrées depuis longtemps dans les classes populaires, elles obéissent à une logique d’engrenage. Frapper, recevoir, rendre. » Et sont le fait de garçons « en souffrance scolaire », souvent « issus de grandes fratries », note-t-il encore. A ces leaders qui se posent « en gardien de l’honneur du quartier », se joignent « ceux qui se solidarisent, par loyauté » amicale ou familiale. Pourquoi se battent-ils ?  « Pour une raison souvent futile. L’important, insiste M. Mohammed, est d’être disposé à l’affrontement » en ayant pour système de normes « la question de l’honneur, la valorisation de la force physique et des conduites viriles, ainsi qu’un attachement fort au quartier et à son histoire ». Qui est plus si le quartier est stigmatisé.

L'échec scolaire comme vivier

Pour sortir de cet engrenage délétère pour les quartiers, et angoissant pour les familles, M. Mohammed recommande une médiation comme « une perche tendue pour sortir par le haut. Beaucoup s’en saisissent parce que se battre est très usant, explique-t-il. Les leaders sont des cibles de choix qui s’emprisonnent eux mêmes, parce qu’il y a beaucoup de lieux où ils ne peuvent pas aller ». Reste à trouver le médiateur qui pourrait être « un délinquant plus âgé », puis à stabiliser la paix retrouvée. Mais pour en «déconstruire » les causes, c’est tout le « vivier de l’échec scolaire » auquel il faudrait remédier. 

Marylène Lenfant

Réactions

belle initiative
Bonjour. Ce qui est intéressant, c'est l'absence totale de responsabilités municipale dans ce discours moralisateur. En gros, c'est limite la faute à pas de chance.... Floréal Saussaie Courtille est un quartier de 10 000 habitants totalement abandonné par les élus depuis 20 ans. Pendant très longtemps, il n'y a eu qu'une ligne de bus. Une poste ouverte quand elle était motivée. Un commerce locale moribond (sauf le cannabis bien sur). Le pire Collège de Saint Denis était la Courtille. Et les policiers me disait que c'était le pire quartier de Saint Denis... Les Francs Moisins ont repris ce triste titre. On demande aux habitants pauvres, de se prendre en main, sans moyen, sans service publique, sans aide.... vive la pensée magique. Comme si les 30 policiers vont changer la donne d'un coup de baguette magique. On a entassé les pauvres dans ce quartier, notamment issues, des destructions des barres de la Courneuve, des nouveaux arrivants des pays pauvres. Et les élus et les responsables de l'état, on pensé que tout se passerait bien. C'est terrible pour les familles mais on leur donne aucun espoir de vie meilleur. Sans mixité, sans sortir du quartier, sans avenir. Un jour dans le quartier, j'ai lu un tag sur un immeuble. "SFC, prison à ciel ouvert". Il fut vite effacé mais les autres tags ou autres déchets sont encore présents. On se demande bien pourquoi. Ps: Encore une fois, les éléments de langage de sociologue en manque de reconnaissance, c'est usant comme ceux de la municipalité. C'est pénible à force. Pourquoi ne pas parler le langage de Saint Denis, celui de la rue, notamment à ces familles qui maîtrisent mal le français. De la comprendre les concept fumeux...
Quant à moi, je n'en peux plus de ces sociologues/gourous et autres anthropologues (que je côtoie professionnellement à longueur d'année) et qui, au-delà des éléments de langage incompréhensibles comme l'écrit justement @Azzedine, vous explique sur le ton de la conversation que tout est dû à la frustration du monde marchand ... comme si ce monde marchand a vu son émergence hier ...
Je cite "Reste à trouver le médiateur qui pourrait être « un délinquant plus âgé », puis à stabiliser la paix retrouvée. " Proposer de mettre en position de modèles les "délinquants plus âgés", c'est la politique du "grand frère" qui nous a mené tout droit à la situation actuelle : la catastrophe. Arrêtons de glorifier les délinquants, ne les recrutons à aucun poste d'influence (animateurs, etc) et valorisons les enfants de ces quartiers qui ont su garder le droit chemin, qui travaillent et sont les véritables moteurs des quartiers. Ecartons les leaders "emprisonnés", "cibles privilégiées" de la ville pour qu'ils perdent leur pouvoir d'influence et n'imposent plus à tout le quartier leur schéma qui ne sert qu'à les valoriser auprès de leurs bandes. Un séjour à l'autre bout de la France, dans un autre milieu, pourrait être leur chance de changer leur avenir.

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