En ville

À la casse après 40 ans de fermeture

Le vieux bâtiment, idéalement placé en centre-ville, a été racheté par la Ville. Des projets devraient naître prochainement en lieu et place de cet ex rendez-vous des cinéphiles.

La destruction de l’ancien cinéma-salle de bal de la rue de la République est intervenue plus tôt que prévue : « Nous ne pouvions pas laisser la salle en l’état, explique Stéphane Peu, maire adjoint et président de Plaine commune habitat. Des morceaux tombaient, des plaques sur le toit se désolidarisaient et devenaient donc dangereuses pour les bâtiments voisins dont la crèche. Et la salle était amiantée. » Pas d’autres choix donc que la destruction de ce lieu fermé depuis le début des années 70, qui avait notamment accueilli les représentations d’artistes, dont Jacques Brel. Mais le lieu, géré en multipropriété, est tombé peu à peu à l’abandon. « Cela fait déjà quelques années que nous avons tenté d’acheter cette friche, mais sans succès », précise Stéphane Peu. Les propriétaires dispersés ne réussissaient pas à s’entendre pour vendre ; ils sont finalement tombés d’accord il y a deux ans et l’acte d’achat fut signé avec la mairie il y a tout juste un an. Le bâtiment, idéalement situé en plein centre-ville, jouxte notamment d’autres édifices appartenant à la commune (une crèche, une PMI…). « En mettant tout cela bout à bout, on peut imaginer un projet intéressant », explique Stéphane Peu.
Un projet qui pour l’instant a encore besoin d’être mûri et discuté. Une étude urbaine sera présentée aux habitants et aux diverses associations d’ici le mois de décembre. Plusieurs idées retiennent déjà l’attention. La situation géographique du site permet un passage entre la rue de la République et la rue Émile-Connoy : « Un cheminement qui pourrait être un espace paysagé public, un parc », explique Stéphane Peu. Un programme de construction de logements devrait aussi être incorporé au projet. « Nous voulons nous donner le temps de réaliser un projet de qualité, il est donc possible que son élaboration prenne un peu de temps », prévient l’élu avant de conclure : « Cette opération va également permettre de réhabiliter un certain nombre de logements, notamment ceux de la rue de la République, et risque ainsi de modifier quelque peu le visage du centre-ville. »
Etienne Labrunie

C’ÉTAIT HIER
L’époque des cinés dionysiens
Un chantier rue de la Rép’, où se tenait l’ancien cinéma La Kermesse, et ce sont les souvenirs d’Abel Tissot, Dionysien de 82 ans, qui sont mis au jour. Il nous les livre.

Je viens d’apprendre que les travaux de démolition et de reconstruction sont prévus au n° 59-61 de la rue de la République, à l’emplacement de l’ancien cinéma dionysien La Kermesse. Aussitôt, mon esprit, vagabondant, s’est retrouvé près de soixante-dix ans en arrière. Hier, en me baladant rue de la République je remarquais encore, bien que presque illisible, sur le mur surplombant l’entrée de l’ancienne salle de spectacle, cette inscription : « Saint-Denis - La Kermesse Théâtre et cinéma ». Combien de fois je m’y suis rendu pour assister à la projection des films !
Rappelons que depuis 1929, Saint-Denis possédait 8 salles de cinéma, dont 5 dans le centre et 3 rue de la République : La Kermesse, le Casino (au n° 71 de la rue de la République, où l’on voit toujours sur les deux côtés du auvent surplombant la porte d’entrée l’inscription « Cinéma ») et le Pathé (dans lequel s’est installé le magasin Marionnaud, rue Catulienne). Les deux autres étaient le Chabrol près de la mairie et le Bijou à la Porte-de-Paris. Les trois salles hors centre se trouvaient à Pleyel, à la Mutualité et à la Plaine.
Habitant la Plaine, je me rendais, étant môme, avec mes copains, au « ciné » de notre quartier, avenue Wilson, appelé L’Arlequin, avant 1939, nom qui fut transformé ensuite en Plaine-Cinéma jusqu’à sa fermeture en 1962.
Dans les années 30, il n’y avait pas de spectacle permanent, mais simplement une séance le jeudi après-midi pour les mômes qui n’avaient pas école, le dimanche après-midi et les vendredis, samedis et dimanches soirs. Les habitués hebdomadaires du vendredi soir se retrouvaient toujours à la même place. Les films étaient à épisode et il n’était pas question de louper la suite. La fin de l’épisode à « suspense » mettait le spectateur dans l’attente angoissante de la suite.
Ensuite, nous avons décidé de quitter le ciné de la Plaine pour La Kermesse, car les films projetés étaient plus récents. Parfois, nous allions au Casino, ou au Pathé, jamais dans les autres salles dionysiennes.
A La Kermesse, la salle allumée nous faisait découvrir, à la place de l’écran, un immense tableau publicitaire. Les noms et adresses des principaux commerces de notre ville étaient mentionnés, du Chat botté, au Gagne petit en passant par Genevrier et Finoky, et d’autres. Pour passer le temps, nous jouions aux devinettes : avec la première et la dernière lettre il fallait trouver le mot. Souvent, certains voisins de fauteuil, inconnus de nous, mais très intéressés, participaient au jeu.
Avec ces ciné dionysiens, il y eut les salles parisiennes, dont L’Ordener, au métro Marx-Dormoy, et Le Capitole, au métro La Chapelle. Nous y allions à pied, car un ticket pour une seule station de métro, cela faisait cher. Pour les films en exclusivité, nous allions quelquefois au Gaumont Palace, près de la place Clichy. En plus des actualités, nous avions droit à des numéros de variétés sur scène et un morceau de musique exécuté aux grandes orgues par le talentueux Richard Blareau.
Pour revenir à La Kermesse, la première fois que je m’y suis rendu, ce fut avec mes parents et mes deux sœurs, pour voir le film Les Croix de bois. C’était en 1932, j’avais 6 ans. Les deux acteurs principaux étaient Charles Vanel et Pierre Blanchard. Mon père désirait que ses enfants voient les horreurs de cette tuerie qu’il avait vécue pendant quatre ans et que jamais pareils événements ne se reproduisent. Hélas, sept ans plus tard, un autre carnage se pointait à l’horizon…
Abel Tissot (correspondant)

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