En ville

«Nous avons besoin de médiateurs et de policiers»

Pour la première adjointe du maire Didier Paillard, en charge de la tranquillité publique, si la présence policière renforcée à la gare est une bonne chose, les enquêteurs doivent agir maintenant pour démanteler les filières du trafic de stupéfiants.

Le JSD : Depuis cet été, les interventions policières se multiplient dans le secteur de la gare principale, et la venue du ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux, mardi 15 septembre, a accéléré les choses. Du point de vue de la ville de Saint-Denis, est-ce satisfaisant ?
Florence Haye : Depuis la venue du ministre, la présence policière s’est nettement renforcée et on ne peut que s’en féliciter. Il a annoncé pour le 1er octobre l’ouverture sept jours sur sept du poste de police de la place de la gare, avec cinquante fonctionnaires supplémentaires, c’est une bonne décision. Reste à savoir si cela sera à la hauteur des besoins dans ce secteur où depuis plus d’un an habitants et usagers des transports subissent une situation absolument insupportable. Au-delà de la présence policière visible, les moyens mis à la disposition des enquêteurs pour s’en prendre au gros trafic, pour démanteler les réseaux, sont-ils suffisants ? L’annonce gouvernementale de la suppression de 4000 postes de fonctionnaires de police n’est pas rassurante. Et dans ce contexte, la nouvelle police métropolitaine, dépendant de la préfecture de Paris, pourra-t-elle répondre aux attentes si ce n’est qu’une police d’intervention ponctuelle ? À propos de la venue de Brice Hortefeux, je regrette aussi qu’il n’ait pas souhaité s’entretenir sur le fond avec le maire ni avec les habitants, ce que pourtant nous avions proposé.

Le JSD : Comment expliquer que Saint-Denis soit devenu ce lieu de trafic à ciel ouvert ?
F.H. : Lorsque les trafiquants ont été chassés des sites parisiens de trafic qu’étaient Stalingrad ou la Porte de la Chapelle, sans que soit mené un travail d’enquête ni de démantèlement assez efficace, sans que des actions sanitaires ne soient non plus développées, ils se sont repliés sur la banlieue nord. Le grand squat de la rue Charles-Michels a été un moment une de leurs bases. Aujourd’hui, l’essentiel du deal se passe en plein air, et les phénomènes de violence sont de plus en plus fréquents. Ce qui nécessite une prise en charge renforcée, tout en étant vigilants sur les déplacements possibles du trafic.

Le JSD : Comment la ville intervient-elle dans cette situation ? Il lui est même reproché parfois de ne rien faire …
F.H. : Il faut établir clairement les responsabilités. Les enquêtes sur les trafics comme la sécurité publique sont directement du rôle de l’État. Ce qui ne nous empêche pas d’être exigeants envers ceux qui selon les lois de la République ont des compétences dans ces domaines, la justice, la préfecture, le commissariat, l’action sanitaire et sociale, etc. La Ville et la communauté d’agglomération font un effort en matière de propreté de l’espace public, de la dissuasion des ventes à la sauvette, et beaucoup plus largement du réaménagement de tout le quartier.

Le JSD : La SNCF a demandé l’installation de caméras de vidéosurveillance sur le parvis public de la gare. Votre position a-t-elle changé ?
F.H. : C’est très simple. Le maire a donné son accord pour que la SNCF complète son parc de caméras, à ses frais. Nous avons été consultés parce que ces caméras seront en partie orientées sur les extérieurs du bâtiment. Des études indépendantes indiquent que si la vidéosurveillance peut avoir un impact dans des lieux fermés, elle ne sert pas à grand-chose sur la voie publique. Et je veux rappeler que nous avons été élus sur un programme qui met en avant la présence humaine pour résoudre les difficultés. C’est notamment pour cela que nous réclamons depuis longtemps la création d’une Uteq (police de proximité) dans le quartier Gare. Si elle avait été mise en place, peut-être bien que nous n’en serions pas là.

Le JSD : Plus généralement sur la ville, quel regard portez vous aujourd’hui sur la sécurité et quelles solutions préconisez-vous ?
F.H. : Il y a des problèmes d’insécurité, et il ne faut pas les nier. Nous vivons dans une société dure, violente à tous les points de vue, tant sur le plan économique, social… Et cela a des répercussions au quotidien. Dans ce contexte, nous avons décidé la mise en place à titre expérimental, et dès le printemps prochain, de médiateurs de nuit dans les quartiers du centre et de la gare. Dix professionnels de la médiation interviendront pour une meilleure tranquillité publique, dans les problèmes de tapage nocturne par exemple, mais aussi auprès des personnes jeunes et moins jeunes qui peuvent avoir besoin d’une assistance. Dans diverses villes où de tels groupes ont été mis en place, les résultats sont très encourageants. Parallèlement, les gardes de l’environnement, les agents du stationnement et la police municipale poursuivront leurs missions. Dans un dialogue constant avec les citoyens, pour le respect des règles du vivre ensemble. Il est plus que jamais évident que nous avons besoin d’éducateurs spécialisés, de médiateurs, et des différents services de l’État, comme l’Éducation nationale, la protection judiciaire de la jeunesse, chacun dans son rôle et dans un travail mené en commun.

Recueilli par Gérald Rossi

Jeudi 17 septembre

Nouveaux policiers en mairie

C’est maintenant une tradition bien établie. Lors de la nomination de nouveaux policiers au commissariat de Saint-Denis, la municipalité les invite pour une demi-journée de découverte de la ville. Jeudi 17 septembre, une vingtaine de fonctionnaires, pour la plupart fraîchement sortis de l’école de police, des stagiaires, des adjoints de sécurité, mais aussi quelques gradés, ont ainsi été accueillis par le maire Didier Paillard, qui a rappelé « l’importance de la présence de la police sur le terrain ». Puis Florence Haye a pris le relais en présentant la ville et ses institutions. « J’ai souhaité renforcer cet accueil, car il est important que les policiers connaissent la ville et la population qui l’habite. C’est mieux pour tout le monde et cela permet d’effacer quelques idées préconçues de part et d’autre », a expliqué la première adjointe chargée de la tranquillité publique.

G.R.

Lire aussi: le point dans le quartier de la gare

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