En ville

«J’ai vécu à Gaza pendant les 22 jours du conflit»

Khalil Hamra, photographe de presse et membre de l\'association dionysienne Yallah, récompensé pour son reportage sur les derniers gros bombardements en Palestine

« Ça a commencé comme une journée ordinaire. J’étais au bureau, et je me souviens que nous disions avec un collègue que c’était une belle journée, lorsque, vers 11 h, les bombardements ont commencé. Il y avait des explosions partout, les bombes tombaient, plus d’électricité, les ascenseurs en panne... », raconte Khalil Hamra. « Cela a vraiment changé notre perception de cette matinée », ajoute-t-il dans un sourire triste. Le quotidien de Khalil Hamra, c’est celui de tous les habitants de la Bande de Gaza, cette étroite langue de terre coincée entre Israël et la mer Méditerranée. Khalil Hamra est photographe pour AP, l’agence de presse américaine, depuis 2002. Et membre de l’association dionysienne Yallah. Ses militants l’avaient rencontré en 2003, lors d’une visite au camp palestinien de Rafah, dans la Bande de Gaza, avec lequel la Ville entretient une coopération décentralisée.

Basé dans la ville de Gaza, Khalil Hamra y a vécu toute la durée du conflit, du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009, avec quelques autres journalistes, tandis que la majorité de la presse internationale était tenue à l’écart des hostilités par l’armée israélienne.
« Mon premier réflexe a été d’aller vérifier que ma femme allait bien. Mais les rues étaient bloquées. Il y avait des débris de verre, de béton, des blessés, beaucoup de gens, je ne pouvais pas passer. J’ai utilisé ce temps pour prendre des photos », raconte-t-il.

« Nous avons cru au début que ce n’était qu’une journée comme tant d’autres. Quelques bombes, et puis cela allait s’arrêter. Peu après, nous avons appris que c’était le début d’une guerre. J’ai emménagé dans mon bureau car ma maison était endommagée. J’y ai vécu pendant les 22 jours du conflit, continue-t-il. Tous les jours, nous nous levions – quand nous avions réussi à dormir – et nous allions arpenter les rues pour prendre des photos de ce qui s’était passé. Dès que nous entendions une bombe tomber, nous nous rendions sur place, puis à l’hôpital, puis aux enterrements... »

« La seule chose que nous pouvions faire pour ceux qui sont morts »

« Prendre de photos, c’est mon métier. Mais lorsque c’est une guerre sanglante, contre votre propre peuple, vous êtes déchirés entre votre rôle de journaliste et d’être humain, qui aimerait aider, mais qui ne peut rien faire. » Si ce n’est prendre des images pour témoigner de ce qui se passe là-bas, de la réalité de Gaza. « C’est la seule chose que nous pouvions faire pour ceux qui sont morts, affirme Khalil Hamra. J’ai essayé de le faire du mieux que j’ai pu. »

Une série de quinze photos prises par Khalil Hamra vient d’être récompensée par le prix de l’APME, qui honore chaque année le travail de l’un des photographes de l’agence de presse, qui en compte près de 500. Il est venu en France pour assister à la remise du prix des correspondants de guerre à Bayeux, et en a profité pour passer par Saint-Denis pour saluer ses amis de Yallah, qui l’avaient invité en 2006 et organisé une exposition de ses clichés à la Maison des associations. Avant de partir pour New York le lendemain, il ajoute : « Ces paroles que j’ai dites, ce sont celles de tous les photographes qui travaillent là-bas. Moi, j’ai pu recevoir ce prix et venir parler de ce qui se passe. D’autres n’ont pas eu cette chance... »

Sébastien Banse

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