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5 rue de la Poterie
/ « Un squat, c’est une nécessité »

Dans les locaux commerciaux de la zone d’activités de la Poterie, désaffectés depuis le départ de la coopérative Andines, une vingtaine de personnes vivent là, dans ce lieu proclamé « centre social autogéré » par l’Attiéké, l’un des collectifs qui soutient les squatteurs.
Une vingtaine de personnes habitent dans ce squat où les bureaux ont été transformés en chambres.
Une vingtaine de personnes habitent dans ce squat où les bureaux ont été transformés en chambres.

Depuis fin 2018, ils vivent au 5, rue de la Poterie, dans les locaux commerciaux d’une zone d’activités sans charme aux confins nord-ouest de la ville, coincée entre les chemins de fer et la ligne de tramway du T8.

Une vingtaine de personnes habitent dans ce squat où les bureaux ont été transformés en chambres. C’est un « centre social autogéré et habité », est-il écrit sur le panneau accroché au portail d’entrée où il est aussi demandé des « papiers et logements pour tou-te-s ». Le mot est signé par le collectif Attiéké, bien connu à Saint-Denis pour avoir donné son nom au squat dans l’ancienne Sécurité sociale au 31, boulevard Marcel-Sembat, de 2013 à 2017. Des anciens et des nouveaux membres accompagnent aujourd’hui les occupants de la Poterie, avec l’aide d’autres groupes comme le Collectif d’aide et de soutien aux personnes étrangères et réfugiées (Casper).

La plupart de ceux qui vivent dans les lieux sont des migrants maliens, ivoiriens ou nigérians. Parmi eux, de nombreux hommes célibataires et quelques couples, qui y habitent de manière fixe et durable. Par ailleurs, « il y a en plus trois chambres d’hébergement d’urgence », explique la bénévole Maria (le prénom a été modifié) de l’Attiéké. « Ces places sont par exemple pour les personnes à la rue en attendant une prise en charge du 115 [qui gère l’hébergement d’urgence en Île-de-France pour les sans-abri] », précise-t-elle. Des familles avec des enfants, des femmes, parfois enceintes, se sont succédé dans ces chambres temporaires.

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L’Attiéké s’est mis en lien avec l’association de l’Amicale du Nid, un centre d’accueil de jour du centre-ville qui vient en aide aux femmes précaires. Sans solution, certaines d’entre elles ont trouvé refuge au 5, rue de la Poterie. En cette fin avril, la jeune Nigériane Devina a quitté les lieux pour accoucher à l’hôpital Delafontaine. Une femme enceinte l’a rapidement remplacée. Les deux autres chambres sont occupées d’une part par deux femmes, de l’autre par un couple avec trois enfants. Il n’y a déjà plus de place. « Si Devina revient, cela va être chaud, anticipe Maria. Le 115 est débordé. Il y a des personnes à la rue qui ne sont pas prises en charge. Il y a un besoin, soutient-elle. Les conditions de vie ne sont pas extraordinaires ici. Il y a deux toilettes, une douche pour tout le monde. Mais un squat, c’est une nécessité pour eux. Un toit, c’est la base pour construire sa vie, trouver un emploi, s’insérer. » 
 


 

Un lieu de lutte et de solidarité

Maria défend aussi les différentes activités proposées qui sont ouvertes aux gens extérieurs au lieu. Chaque mercredi, une permanence est organisée afin d’accompagner les personnes dans leurs démarches administratives et juridiques. Des cours de français sont donnés deux fois par semaine. Le dimanche, le lieu se transforme « en centre de loisirs » avec différents ateliers. Un espace de jeux est réservé aux enfants à l’intérieur du grand hangar. Des soirées, débats et événements culturels ont également été organisés. « On a essayé de créer un lieu de lutte et de solidarité », explique Maria. Pour encore combien de temps ?

Le jugement du procès opposant les occupants et le propriétaire des locaux commerciaux, la société Jsoons Poterie, devrait être prononcé le 14 mai prochain. Cette entreprise a acquis début 2018 la surface de 900 m2 qui était occupée depuis 2010 par la coopérative Andines. À cause de loyers impayés, cette dernière avait quitté les lieux le 1er octobre 2018 suite à une procédure d’expulsion enclenchée par Jsoons Poterie. Installés illégalement dans les locaux, les membres de l’Attiéké savent qu’ils ne pourront pas éviter l’évacuation, mais ils espèrent obtenir un délai. « Pour l’instant, on attend le résultat du jugement, confie Sédou, Malien de 32 ans. On ne sait pas où on ira après. Mais l’essentiel, c’est de trouver un endroit où dormir. »

Aziz Oguz

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Voilà un intéressant article de Presse .

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