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Katsuya Tomita invité d’honneur des JCD
/ « Tourner dans des conditions difficiles est devenu une force »

Le réalisateur japonais Katsuya Tomita était l’invité d’honneur des 19es Journées Cinématographiques Dionysiennes. En seulement quatre films, et en totale indépendance, il a su s’imposer comme une figure montante du cinéma nippon. Maître de la débrouille, Tomita a engrangé déjà plusieurs prix pour son long-métrage Bangkok Nites qui, comme chacun de ses films, porte à l’écran un Japon méconnu. Le JSD l’a rencontré lors de sa venue à Saint-Denis. Entretien.
Katsuya Tomita.
Katsuya Tomita.

 

Le JSD : Tout d’abord, comment vivez-vous le fait de faire l’objet d’une rétrospective ?

Katsuya Tomita : J’en suis très honoré et surtout je suis très surpris. Je n’avais jamais imaginé que mes films seraient autant diffusés.

Le JSD : Vous n’avez pas suivi de cursus en études de cinéma. À vos débuts, vous avez constitué un collectif avec des étudiants. Racontez-nous cette période.

KT : Je me suis lié d’amitié avec des étudiants en cinéma. En fait, j’ai commencé à pratiquer en faisant partie de leur équipe de tournage. J’ai participé à la production, puis j’ai commencé à nouer une relation avec eux. Et c’est comme ça que l’on a fondé notre collectif Kuzoku qui produisait et distribuait mes films. J’ai aussi suivi des cours du soir avec Kiyoshi Kurosawa (Tokyo Sonata, ndlr) qui m’a appris la mise en scène.

Le JSD : La semaine vous travailliez en tant qu’ouvrier mais aussi chauffeur de poids lourds. Filmer après une semaine de travail c’était un exutoire ?

KT : C’est sans doute comme ça que je le vivais à l’époque. Nous avions beaucoup d’ambition. Nous nous disions souvent avec mes amis que l’industrie du cinéma japonais était en déclin. Il y avait de moins en moins de films japonais qui nous semblaient intéressants. Le fait d’être jeunes et de travailler en indépendant nous a permis de faire des films qui nous ressemblaient. C’était ça notre force. Jamais nous n’aurions pu réaliser de tels films avec les grosses productions.
 

« J’ai toujours tourné mes films avec des contraintes »
 

 

Le JSD : Quels sont les avantages de tourner dans ces conditions ? Aujourd’hui vous vous consacrez à plein temps à votre activité de cinéaste ?

KT : J’ai toujours tourné mes films avec des contraintes, j’ai donc trouvé ma propre méthode pour les réaliser. Et cette façon de faire, je l’emploie encore aujourd’hui. Tourner dans des conditions difficiles est devenu une force créatrice pour moi. Avec mon co-scénariste Toranosuke Aizawa, faire ces films c’était comme un parc d’attractions, on s’amusait beaucoup. Aujourd’hui, je me consacre pleinement au cinéma. Enfin presque… Dans la vraie vie l’acteur principal de mon film, Offhighway 20, est ouvrier sur des chantiers et de temps en temps il fait appel à moi pour travailler. Donc ça m’arrive encore de travailler à côté.

Le JSD : Est-ce que vous sentez un changement dans votre vision artistique, la façon de penser et écrire un film maintenant que vous avez plus de temps pour le cinéma ?

KT : J’ai plus de temps pour réfléchir à mon projet mais ma façon de tourner reste toujours la même.

Le JSD : Vos films mettent en scène des personnages marginaux, ancien taulard, ancien membre de gang, rappeur underground (Saudade) ou habitué des bordels thaïlandais (Bangkok Nites). Pourquoi ces profils d’antihéros vous inspirent-ils autant ? 

KT : Tout d’abord, ces gens-là existaient déjà dans la vraie vie, ils étaient à mes côtés. J’ai juste décidé de m’intéresser un peu plus à leur vie. J’avais aussi remarqué que personne ne filmait ces gens-là dans le cinéma japonais. En fait, des films grand public avaient traité certains des sujets que j’aborde mais je trouvais qu’ils déformaient la réalité. C’est pour ça que j’ai voulu m’en emparer.

Le JSD : Vous tenez le rôle principal dans votre film Bangkok Nites. C’était par contrainte budgétaire ou c’est parce que vous vouliez absolument vous mettre en scène dans vos propres films ?

KT : C’était pour ces deux raisons. Je ne me suis pas dit que je devais jouer dans mon film dès le début du projet. Après nos recherches sur le terrain, Toranosuke Aizawa et moi avons voulu nous inspirer de notre propre expérience, de nos propres ressentis. Nous nous sommes rendus compte alors qu’il n’y avait que nous qui pouvions jouer ces personnages. Cela nous paraissait plus légitime de les incarner.

Le JSD : En quoi votre collaboration avec le scénariste Toranosuke Aizawa est-elle fondamentale ?

KT : Ce que j’aime chez lui c’est son regard sur le monde et l’Histoire avec un grand H. C’est essentiel car dans nos films nous traitons avant tout des histoires humaines, mais celles-ci sont toujours liées à la grande histoire.

LE JSD : Quels sont vos prochains projets ?

KT : Actuellement, je suis en train de finaliser un documentaire qui s’appelle Tenzo et qui traite du Soto-Shu, la principale école du bouddhisme Zen au Japon. Il y a aussi la suite de Saudade qui se déroulera dans le même lieu, dans la ville de Kôfu. J’espère qu’il sortira d’ici deux ans.

 

Propos recueillis par Maxime Longuet

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