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Référendum contre la privatisation d’Aéroports de Paris
/ « Pareil que les autoroutes, mais en pire ! »

La réunion publique contre la privatisation d'ADP a eu lieu à la bourse du travail le mercredi 19 juin © Yann Lalande
La réunion publique contre la privatisation d'ADP a eu lieu à la bourse du travail le mercredi 19 juin © Yann Lalande

Au nom de la libre concurrence et du désendettement de l’État, voilà une trentaine d’années que se succèdent les vagues de privatisations, décidées par les gouvernements de droite, comme de gauche. Ces cessions partielles ou totales auraient rapporté depuis 1986 quelque 134 milliards d’euros. Aujourd’hui, ce sont 10 milliards que le gouvernement entend tirer de privatisations que le candidat Macron n’avait pas mentionnées dans sa campagne. Inscrites au projet de loi Pacte, Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises, elles visent l’une La Française des Jeux, et l’autre le groupe ADP, Aéroports de Paris. Vendre ADP, groupe international présent dans 13 pays, avec 25 aéroports, dont Roissy, Orly et Le Bourget, principales portes d’entrée sur le territoire national avec 107 millions de passagers par an : la perspective a suscité chez les parlementaires un front du refus d’une « configuration assez inhabituelle motivé par l’intérêt supérieur de la Nation », comme le dit le député PCF Stéphane Peu.

LR, PS, LFI, PCF, etc., 248 sénateurs et députés ont obtenu le 9 mai l’accord du Conseil constitutionnel pour l’organisation d’un référendum d’initiative partagé (RIP), afin que l’État reste actionnaire majoritaire d’ADP (avec 50,6% du capital). Cette procédure inédite, applicable depuis 2015, a donné lieu le mercredi 19 juin à la bourse du travail à une réunion publique à l’initiative de Stéphane Peu, et en présence du maire Laurent Russier. C’était la première de cette campagne dont le terme est fixé au 11 mars 2020, pour recueillir par Internet le soutien d’un dixième du corps électoral. Soit plus de 4,7 millions de Français pour une cause a priori sans grand impact populaire.

Lire aussi : Privatisation d'ADP, la parole aux référendaires

Pour la quinzaine de parlementaires de tous bords (LREM et RN exceptés) présents ce soir-là, un épisode, un seul, suffirait à emporter la conviction : la privatisation des sociétés d’autoroutes par le gouvernement Villepin en 2005. Une affaire juteuse pour les trois groupes qui s’en partagent la concession. « Nous avons été trahis. En seulement dix ans, ont été distribués des dividendes qui représentent la totalité de la mise initiale de 15 milliards d’euros », s’indigne le député LR Gilles Carrez qui rappelle s’être « opposé à cette privatisation ». « Je m’étais laissé convaincre, confesse quant à lui Philippe Dallier, sénateur LR. Je l’ai amèrement regretté. » Avec ADP, dont la durée de concession de soixante-dix ans excède largement celle des autoroutes, comprise entre vingt-cinq et trente ans, « on a la même chose. Mais en pire ! » ajoute M. Carrez.

Le député PCF Fabien Roussel revient sur un autre précédent, la privatisation de l’aéroport de Toulouse dont cherche aujourd’hui à se défaire le consortium chinois qui l’avait acquis en 2015. Motivé par la seule rentabilité immédiate, ce consortium est composé à 49% d’un fonds d’investissement hongkongais, domicilié dans un paradis fiscal, les Îles Vierges. « La sécurité de notre Nation on ne la vend pas à un fonds de pension », ajoute le député communiste. La quasi totalité des aéroports aux États-Unis sont des équipements publics, relèvent les parlementaires. Et en Europe, les plus importants restent eux aussi sous contrôle de la puissance publique, à l’exception d’Heathrow à Londres. « ADP a le monopole sur les grandes liaisons internationales », rappelle le politologue Patrick Weil. C’est aussi le plus gros propriétaire foncier d’Île-de-France, avec 6 700 hectares, dont un quart sans construction. Sa privatisation représente donc un enjeu dans l’aménagement et la desserte de ce territoire, financée à grands frais par les fonds publics avec le Grand Paris Express.

Enfin, et des syndicalistes CGT étaient là pour le rappeler, ADP est un gros employeur. Pour ses 6 400 salariés, « l’enjeu du débat est celui du service public, insiste le syndicaliste Daniel Bertone. Depuis la privatisation (partielle) de 2006, une partie des emplois est partie vers la sous-traitance avec des conditions de travail qui se sont dégradées ». « Les syndicats seront essentiels dans la bataille », estime Laurent Russier (PCF), qui n’en prévoit pas moins de mobiliser les moyens de la Ville pour contribuer au succès du RIP, avec des accès libres à Internet et « pour les plus éloignés du numérique, la mise à disposition d’agents municipaux ». 

Marylène Lenfant

Pour soutenir la tenue du référendum : signons.fr Site officiel : www.referendum.interieur.gouv.fr

Réactions

J'y étais. Franchement ce meeting à la bourse du travail était intellectuellement de haute qualité lié à une union politique d'une gauche et d'une droite qui exigeait des interlocuteurs très persuasifs par le pragmatisme de leurs arguments lié à une expérience de la vie politique de terrain. A la bourse du travail, pour une fois on n'avait pas à faire à des discours dits d''intellos (souvent issus d'une gauche hors sol),c'est à dire d'individus baignant dans des œillères idéologiques à la suite d'avoir appris la vie dans les livres (type bac + 4 en sciences humaines) et non sur le terrain. De plus ce meeting me donnait la nostalgie de l'union d'une gauche populaire non populiste et d'une droite populaire non populiste de l'après guerre sous l'égide du général DE GAULLE, une union sacrée qui a créé un édifice sociaux-culturel stable de la FRANCE lors des 30 glorieuses, un édifice qui est entrain d'être détruit lentement par l'oppression socio-culturelle d'une mondialisation mal négociée au départ par le socialisme dogmatique mitterrandien des années 80. Suite à ce meeting, il y aurait nécessité de créer un fascicule en PDF de lutte citoyenne non idéologique qui serait un outil de persuasion sur internet d'aller participer à ce RIP.
Plutôt pessimiste pour ce RIP. Il n'y a pas de compteur officiel mais que des compteurs privés. Le plus optimiste annonce après 10 jours 400.000 pétitionnaires. Cela peut paraître beaucoup mais quand ce RIP va entrer en rythme de croisière, la moyenne journalière va énormément baisser faute de médiatisation. Il faudrait atteindre au moins le million dans le premier mois.
Je vous livre un lien pour un "comptage privé" assez bien conçu : www.adprip.fr

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