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Dans les laboratoires d'analyses médicales
/ « Les gens se battaient pour se faire tester »

© Yann Mambert
© Yann Mambert

Mardi 22 septembre, rue des Moulins-Gémeaux, il est 10 h devant le Centre cardiologique du Nord (CCN). Une quarantaine de personnes au moins attendent sur le trottoir pour accéder au laboratoire d’analyse médicale. La majorité d’entre elles sont venues faire le test de dépistage de la Covid-19.

À l’entrée, un homme en blouse blanche, accompagné d’un vigile, opère le tri des patients. Il fait entrer en priorité ceux munis d’une ordonnance ou d’un document officiel : les personnes symptomatiques, les cas contacts, les bilans préopératoires et les professionnels de santé. Les autres sont invités à attendre leur tour.

« Jusqu’à 1000 tests par jour »

Arrivée à 8h du matin, Michbelle attend depuis deux bonnes heures. Elle a le ticket n°76, mais doit encore s’armer de patience : le n° 42 vient à peine d’être appelé. L’un de ses collègues a été testé positif à la Covid depuis une bonne semaine. La jeune femme ne présente pas de symptômes mais devrait être considérée comme prioritaire, sauf que la Sécurité sociale ne l’a pas encore répertoriée comme cas contact. À Épinay-sur-Seine, où elle habite, il lui est impossible de se faire tester sans justificatif alors que les laboratoires ne sont pas débordés, affirme-t-elle. Elle s’est donc rabattue sur le CCN qui prend sans rendez-vous.

Depuis la semaine dernière, la France procède à 1,2 million de tests PCR hebdomadaires. La politique massive de dépistage du gouvernement, sans ordonnance, a créé un embouteillage dans les laboratoires d’analyses, à l’image de la situation à Saint-Denis.

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« On est monté progressivement en puissance. Jusqu’au milieu de la semaine dernière, on a fait jusqu’à 1 000 tests par jour. C’était l’enfer. Ce n’était plus possible d’absorber toute cette activité. Les gens se battaient pour se faire tester. On a dû recruter des vigiles. On a commencé à réduire la cadence, à refuser des patients. Aujourd’hui, on fait 500 tests par jour. Cela se passe beaucoup mieux », explique Arnaud Chenebit, médecin biologiste et l’un des responsables des trois laboratoires d’analyses du CCN – rue des Moulins-Gémeaux, à Porte de Paris et au Centre biologique République. Ce laboratoire de la rue des Chaumettes a vu sa file d’attente s’étirer jusqu’à la rue de la République. Jeudi dernier, il a été décidé d’arrêter temporairement le test PCR pour freiner cet afflux. Aujourd’hui, le centre biologique privilégie les cas prioritaires munis d’un justificatif.

« On veut limiter le nombre de tests de la Covid à maximum 150 par jour », indique Laurence Paper, l’une des responsables, rappelant qu’il y a toujours des analyses « normales » à faire pour les patients non-Covid, soit en moyenne 150 à 200 par jour. « C’était open bar. Cela nous a compliqué la tâche », explique Dr Chenebit. Il regrette que les hôpitaux publics ne fassent pas « leur part du travail ».

À Delafontaine, les tests se font uniquement sur rendez-vous. Et les capacités d’analyses – environ 1 500 tests par semaine – ne sont pas saturées. Pour renforcer l’offre de tests, l’Agence régionale de santé devrait installer fin septembre au plus tôt un Centre de dépistage et de diagnostic Covid (CDDC), dont le lieu reste à déterminer, d’une capacité de 500 tests par jour.

« Les CDDC sont réservés de 8h à 14h aux publics prioritaires, âgés de plus de 6 ans, sans rendez-vous », précise l’ARS. « Exclusivement sur présentation d’un justificatif », dans un premier temps, indique-t-elle.

Un coupe-file payant ?

Pour rappel, le test PCR est gratuit pour toute personne munie d’une carte Vitale. Suite à un reportage de BFM, le CCN a été mis en cause pour avoir instauré un coupe-file prioritaire à 100€. « Ce sont des rumeurs », dément catégoriquement Dr Chenebit. Le CCN, explique le responsable, a facturé des tests unitaires, plus rapides et plus chers, à des entreprises privées du secteur pétrolier ou de l’aviation, pour faire tester des salariés en transit à Roissy par exemple. Mais en aucun cas cela ne concerne un patient lambda qui se présente dans les labos du CCN, dit-il.

« Jeudi [17 septembre], on a même eu une visite de la Brigade de la répression des fraudes qui n’a rien eu à redire », rit jaune le médecin biologiste. Si un test PCR est gratuit pour l’assuré, il coûte tout de même 73,59€ à la Sécurité sociale que cette dernière verse aux laboratoires. À ce prix, « on n’a pas besoin de racketter les gens », dit Arnaud Chenebit. La facture, elle, doit commencé à chiffrer pour l’État.

Aziz Oguz

Réactions

Bravo au CCN de réaliser 500 tests pcr par jour. Bravo au centre biologique du CCN de privilégier les cas prioritaires (cas contacts, personnes ayant des symptômes, etc.). Quel business quand-même. Les patients reçoivent le résultat de leur test pcr cinq jours après avoir passé celui-ci donc trop tard. Pendant ces cinq jours d'incertitude les patients peuvent contaminer d'autres personnes. La Sécurité Sociale dépense des milliards d'euros pour des résultats de tests pcr arrivant trop tard pour empêcher la propagation de la maladie covid-19. Les laboratoires doivent importer les réactifs auprès des fabricants américains et chinois. Ces fabricants étrangers de réactifs sont les grands gagnants du business.

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