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Leïla Shahid au PCMMO
/ « Je suis tombée amoureuse de ce festival »

Ex-ambassadrice de la Palestine, Leïla Shahid est la marraine de la 14e édition du Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient (PCMMO) qui se tiendra jusqu’au 20 avril entre la Seine-Saint-Denis et Paris. À l’occasion de sa venue à Saint-Denis, Leïla Shahid revient sur ses combats, qu’ils soient politiques ou culturels. Entretien fleuve avec une icône de la cause palestinienne.
Leïla Shahid est la marraine de la 14e édition du Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient (PCMMO).
Leïla Shahid est la marraine de la 14e édition du Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient (PCMMO).

 

Le JSD : Vous avez pris votre retraite de votre poste d’ambassadrice chef de mission de Palestine depuis 2015. Aujourd’hui, quelle forme prend votre engagement pour la cause palestinienne ?

Leïla Shahid : C’est avant tout un engagement citoyen. Je suis redevenue une citoyenne palestinienne, intéressée par le destin de son peuple. J’ai passé 25 ans à essayer de faire de la diplomatie. Malheureusement, je me suis rendu compte qu’il n’y a pas de volonté de faire avancer la diplomatie ni même de trouver des solutions diplomatiques à ce conflit. Je n’ai pas envie de mentir à mon peuple, leur dire que les Européens vont voter des résolutions et les mettre en œuvre, leur dire que dans le gouvernement israélien il y a des interlocuteurs… Ça ne veut pas dire que je ne m’intéresse plus à la question. J’ai des activités régulières avec des ONG comme l’Institut des études palestiniennes à Beyrouth, je suis membre du conseil d’administration de l’université de Birzeit, la plus grande en Palestine. Mais je m’implique aussi au niveau de la culture. Je préside la société des amis de l’Institut du Monde Arabe et la Chaire Mahmoud Darwich (célèbre poète palestinien, ndlr) à Bruxelles, la première et la seule au monde. Je suis très honorée de faire connaître la poésie de Darwich mais aussi la poésie arabe moderne par le biais de la danse, du cirque ou même du théâtre. La Chaire Darwich, ce n’est pas seulement de l’enseignement universitaire, elle s’ouvre au grand public, nous allons par exemple beaucoup dans les quartiers.

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Le JSD : Vous êtes la marraine du PCMMO qui présentera en ouverture le film Tel Aviv on Fire de Sameh Zoabi. Dans cette comédie, le personnage principal est pris entre deux feux. Il pose la question : n’y a-t-il rien entre les bombes et la soumission ? Qu’en pensez-vous ?

LS : C’est une très bonne phrase. D’abord, j’ai une admiration sans borne pour les Palestiniens israéliens. Je ne les appelle pas Arabes israéliens d’ailleurs, c’est trop réducteur. Ce sont des citoyens israéliens même si sur leurs papiers, sous le mot nationalité, il y a écrit « indéterminée ». Ils connaissent très bien l’hébreux, ils votent, mais ils subissent un racisme quotidien. Malgré tout ils ont beaucoup d’humour. Pour survivre à cette situation, ils ont développé un genre d’humour noir, extraordinaire, qu’on retrouve dans la littérature et dans le cinéma.

Les Palestiniens israéliens ont le sentiment qu’ils ont fait un énorme pas vers Israël. Ce sont les Palestiniens qui ont proposé deux États, et que l’État palestinien ne s’étende que sur 22% de ce qu’était son territoire. On a déjà reconnu Israël en 1988, dans les frontières de 1967. Nous avons déclaré que notre État serait entre la Cisjordanie, dans la bande Gaza, et à Jérusalem Est. C’est une magnanimité qui ne peut venir que d’une grande confiance en soi, personne ne nous a obligés à faire ça. Depuis 70 ans, il y a une société israélienne, il y a un peuple qui habite là, on ne va pas les renvoyer et, nous, on ne va pas continuer à être des réfugiés.

Arafat a convaincu le Conseil national palestinien, le parlement en exil, d’accepter cette solution à deux États. Les gouvernements israéliens qui ont suivi Yitzhak Rabin ont détruit cette solution, car ils ont créé tellement de colonies qu’il n’y a pas d’espace pour un État palestinien. Le risque c’est de créer un État d’apartheid, c’est ce qui est en train de se passer. Ben Gourion doit se retourner dans sa tombe.

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Le JSD : Quel lien vous unit avec le département, et avec Saint-Denis ?

LS : J’ai été ambassadrice pendant treize ans. J’ai connu une période de solidarité réelle avec la Palestine. À l’époque, la coopération décentralisée a permis des jumelages de villes de banlieues avec des camps de réfugiés et des villes palestiniennes, grâce au militant communiste Fernand Tuil notamment. La Seine-Saint-Denis a été un des départements les plus actifs. J’ai aussi été faite citoyenne d’honneur de Saint-Denis, la seule ville qui m’ait honorée ainsi, avec mon ami Michel Warshavsky, militant israélien antisioniste. L’un de mes plus beaux souvenirs ici est d’avoir accompagné des jeunes Palestiniens au Stade de France pour voir la finale de la Coupe du monde de foot 1998.

Le JSD : Vous qui êtes férue de cinéma, quel rôle occupe le festival PCMMO selon vous ?

LS : Je suis tombée amoureuse de ce festival. J’ai trouvé en lui quelque chose que je n’ai trouvé dans aucun autre festival. Il est avant tout un lieu de rencontres citoyennes entre le public, les producteurs, les réalisateurs, les critiques, les diffuseurs, les enseignants… J’ai eu envie de revenir en tant que spectatrice. Emma Raguin (présidente de l’association PCMMO) et Kamal El Mahouti (fondateur du PCMMO), les bénévoles et les partenaires ont beaucoup de mérite parce qu’ils ont su donner cette coloration si particulière. 
 

Propos recueillis par Maxime Longuet

Réactions

Cet entretien est excellent !
Nous l'avons aussi entendue dans L'heure bleue de France-Inter. Elle confirme son amertume face aux problématiques palestiniennes. Ces derniers n'ont pas atteint leurs objectifs. HAMAS est l'idiot utile qui permet à NETYANAHOU de continuer sa colonisation de la Cisjordanie ! Beaucoup d'honnêteté chez cette militante qui m'a ému.

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