À la une En ville

La question de la semaine
/ « Faut-il intégrer la ZFE ? »

Le JSD a posé la question à différentes têtes de liste aux élections municipales des 15 et 22 mars.
© Yann Mambert
© Yann Mambert

Pour réduire la pollution de l’air, la Métropole du Grand Paris (MGP) a mis en place le 1er juillet 2019 une Zone à faibles émissions. Une ZFE comme il en existe déjà 227 en Europe. Ce dispositif pour restreindre, voire interdire, la circulation des véhicules les plus polluants s’applique à un périmètre délimité autour de Paris par l’A86.

Il s’accompagne pour sa mise en œuvre d’une classification en cinq catégories, dites Crit’air, déjà appliquée depuis 2016 dans la capitale. Sont aujourd’hui visés dans la ZFE métropolitaine les véhicules identifiés par la vignette Crit’air 5. C’est-à-dire les plus anciens, qui roulent avec un moteur diesel antérieur à 2001 ou essence d’avant 1997. Deux-roues, véhicules légers ou utilitaires, ils sont interdits de circulation de 8h à 20h du lundi au vendredi. Pour les poids lourds et autocars, l’interdiction en journée s’étend sept jours sur sept. Tel en est du moins le principe. Car la vidéo verbalisation pour sanctionner les contrevenants (avec une amende de 68€, et de 135€ pour les cars et poids lourds) ne devrait fonctionner qu’à partir de janvier 2021.

LIRE AUSSI : La ZFE lancée sans Saint-Denis  

Il est aussi prévu qu’à cette date la Métropole s’aligne sur la réglementation parisienne pour cibler les véhicules à vignette Crit’air 4, roulant avec un moteur diesel antérieur à 2006. Deux étapes encore sont fixées à l’agenda, l’une en juillet 2022, l’autre en janvier2024. L’objectif en 2030 étant de parvenir à un parc de véhicules 100% « propres », avec moteur électrique ou hydrogène.

« Chaque étape doit faire l’objet d’études, d’une consultation dédiée et d’un nouvel arrêté pris par les maires », précisait-on à la Métropole lors du lancement de la ZFE. Mais voilà. Sur les 79 communes comprises en totalité ou en partie dans le périmètre, seuls 45 maires ont pris l’arrêté municipal portant sur ces restrictions de circulation. La proportion est plus forte parmi les villes limitrophes de Paris. Elles ne sont 4 hors de la ZFE. Dont Saint-Denis. « Je suis un partisan inconditionnel de la ZFE », déclare pourtant le maire sortant Laurent Russier (PCF) tout en critiquant ce qui n’est pour lui qu’un « gadget », sans effet sur la circulation des véhicules les plus polluants.

 

 « Les classes populaires ne peuvent pas passer à l’électrique »

Pour lui, la bonne échéance est celle de 2021, où seront ciblés Crit’air 5 et 4. Ce délai doit être mis à profit pour « une mise en place concertée », à la fois entre villes et avec les entreprises, « pour qu’il y ait un vrai contrôle, un vrai effet », détaille Laurent Russier. Y compris en portant le périmètre « aux frontières de la métropole ». Mais en dépit des aides de la Région et de l’État (6 000 et 5 000 € maximum), « les familles des classes populaires ne peuvent pas passer à l’électrique ». S’il est une piste à retenir, ajoute-t-il, « c’est celle de Valérie Pécresse (présidente LR de région) quand elle propose des parkings relais gratuits à côté des gares de grande couronne pour les gens qui ont un passe Navigo ».

C’est pour Saint-Denis « un an de perdu où on aurait pu travailler sur l’accompagnement des plus fragiles, déplore de son côté Mathieu Hanotin (PS). Maintenant il y a un problème de lisibilité sur les différentes aides existantes ». Il préconise donc un guichet unique. « C’est un mouvement qu’on accompagnera avec la volonté de faire gagner du terrain aux mobilités douces. » Bally Bagayoko (LFI) se déclare lui aussi favorable à la ZFE, mais opposé aux conditions de sa mise en œuvre.

LIRE AUSSI : Des habitants vont déposer un recours contre l'échangeur 

« L’écologie punitive qui frappe en premier lieu les classes populaires n’est pas acceptable, assume-t-il en se référant aux Gilets jaunes. Je me bats pour des mesures d’accompagnement suffisantes, et pour une réponse globale qui intègre la question des emplois relocalisés, des projets urbains, des transports en commun et des mobilités douces. » L’adjoint au maire n’en promet pas moins que « la municipalité prendra ses responsabilités pour aider, avec ses moyens, les Dionysiens et Dionysiennes qui n’ont d’autre alternative pour travailler ».

Intégrer la ZFE, c’est selon Georges Sali (PSG), « un engagement indispensable en termes de santé publique ». Mais avec « un vrai risque de pénaliser les ménages modestes », que les pouvoirs publics doivent accompagner « à deux niveaux : renforcer les primes à l’achat de véhicules moins polluants, et mettre le paquet sur le développement des transports urbains ».

Pour Alexandre Aïdara (LREM), « il n’est pas possible que Saint-Denis reste à l’écart de la ZFE en pénalisant la santé des habitants. Dans notre projet de transition écologique, promet-il, on aidera financièrement les personnes aux revenus modestes à changer de voiture pour respecter la future norme ».

Parmi les candidats qui ont donné suite à nos sollicitations, un seul se déclare contre la ZFE. C’est Philippe Julien (LO), pour qui « les véritables bénéficiaires seront les entreprises automobiles, qui espèrent un renouvellement forcé du marché auto pour des voitures surfacturées. L’aide financière pour l’achat d’un véhicule neuf est une subvention déguisée, donnée aux constructeurs automobiles ». Pour lui, il faut plutôt « mettre en place un véritable service de transports en commun » qui soit gratuit. Et priorité doit être donnée à « un contrôle par les travailleurs des entreprises polluantes ».

Marylène Lenfant

(1) Zone à faibles émissions de la Métropole du Grand Paris.

Réactions

Russier a entièrement raison, telle qu'elle est la ZFE ne marchera pas !
L'écologie n'intéresse pas le maire donc il reste cohérent dans le fait de ne pas vouloir entrer dans la ZFE.
Ce premier palier d'application avait une valeur pédagogique en l'absence d'un dispositif de contrôle rôdé. En se tenant à l'écart de la ZFE, l'équipe municipale sortante (Russier/Bakayoko/Sali) est d'une hypocrisie à toute épreuve puisqu'ils s'y disent tous favorables mais ne l'ont pas décidée. Ils nous privent de ce temps de pédagogie et rendra la marche suivante bien plus dure à appréhender pour les automobilistes. Mais cela, c'est après les élections... Alors, ils s'en moquent.
Bonjour le JSD, bonjour les lecteurs... La ZFE illustre ce qu'on appelle "l'écologie punitive". Elle consiste à interdire la circulation, les jours de semaine de 8 h à 20 h, des véhicules des particuliers décrétés "pas aux normes" et accusés de polluer. Dans les faits, elle constitue une spoliation du véhicule pour tous ceux qui en possèdent un (et qui en ont besoin) et qui n'est plus un véhicule récent. Les plus aisés, ceux qui se déplacent le plus et qui polluent le plus, auront les moyens de les remplacer par un véhicule aux normes, donc neuf ou très récent : entre le dernier SUV de 2T, les hybrides, la voiture électrique, l'acquisition d'un VAE (plus cher en neuf qu'une bagnole d'occase de + 10 ans), les riches ont l'embarras du choix... Les plus fragiles économiquement n'ont que le choix des embarras ! L'application de la ZFE se fera par vidéo-verbalisation, par lecture des plaques d'immat' et par l'envoi par courrier de l'amende, en mode "contrôle-sanction-automatisé", comme le système radar de vitesse. Tout est déjà prêt, la loi et les systèmes numériques sont déjà en place. Pendant ce temps-là, l’État supprime les services publics, les lignes SNCF de proximité, les réformes travail et retraites augmentent la flexibilité des salariés en leur imposant des déplacements toujours plus loin, plus longs, plus pénibles..."en même temps", la grande distribution et les achats "en ligne" (comme Amazon) détruisent l'emploi local et poussent des millions de camions et de fourgons de livraison sur les routes et dans les villes, l'ubérisation des salariés précaires et les appli téléphoniques poussent des propriétaires à spéculer sur le logement (ce qui provoque de l’étalement urbain et donc + de déplacements motorisés) et fabriquent des livreurs à vélo qui prennent tous les risques pour livrer des pizzas à des bo-bo trop occupés pour se préparer à manger eux-mêmes avec des produits simples et sains. Pour finir, comme le dit Philippe Julien, les ZFE profitent surtout à l'industrie automobile qui trouve de quoi pousser au remplacement des bagnoles... Enfin, il est totalement aberrant que les ZFE, en France, concernent aussi les motos dont aucune ne fonctionne au diesel, qui produisent peu de particules fines et qui sont des véhicules légers et bien moins encombrant qu'une voiture moyenne. Plutôt que de décréter des ZFE, il faudrait réduire le temps de travail, consommer local, interdire les supermarchés et les fast-food, taxer le kérosène des avions, foutre dehors les compagnies aériennes low-cost, faire durer les véhicules existants plutôt que de les remplacer par des neufs, rendre gratuit les transports en commun de proximité (comme à Aubagne, Colomier, Dunkerque, bar-le-Duc...). Les solutions ne manquent pas, c'est une question de volonté politique. Les ZFE ne régleront pas le problème de la pollution... mais ça va encore augmenter les difficultés des moins aisés. Les politiciens ne semblent décidément n'avoir rien compris à la crise des Gilets-jaunes ! Les candidats Russier, Bagayoko ou Hanotin ne sont pas clairs sur la question de la ZFE... par affichage, ils veulent complaire à l'écologie la plus simpliste, mais ils ont peur de fâcher leur probables électeurs en se prononçant pour l'interdiction des véhicules de + de 5 ans. Je me demande même si, tout simplement, ils connaissent leur sujet ! Pffff ! Bonne soirée... post-scriptum : avant de me faire insulter par les intégristes de la vertu écologique, je précise que pour aller bosser, je parcours 35 km/jour à vélo, entre Saint-Denis et Montreuil... et quand je ne prend pas le vélo parce que j'ai des déplacements plus longs en IDF, bin je reprends ma moto... de 1992, donc déjà interdite en IDF. Merde à la ZFE ! Marco

Réagissez à l'article

(ex. : votre.nom@fournisseur-internet.com) Cette adresse ne sera pas publiée sur le site.
Merci de prendre connaissance de la charte des commentaires ci-dessous.

Principes de modération

Les commentaires postés sur lejsd.com sont modérés avant publication par l’équipe éditoriale.
Les commentaires sont ouverts les quatre semaines suivant la mise en ligne des contenus.
Les messages sont publiés dans leur intégralité ou supprimés s’ils sont jugés non conformes à la charte.
L’internaute est responsable des commentaires qu’il poste. L’équipe du JSD se réserve le droit de retirer tout commentaire si elle l’estime nécessaire pour la bonne tenue des échanges.
La modération dans l’immédiat a lieu du lundi au vendredi, en horaires de jour.
Lorsqu’un internaute poste plusieurs fois le même commentaire, l’équipe du JSD n’en publie qu’une version.

Pseudonymes

Il n'est pas autorisé de choisir comme pseudonyme le nom d'une autre personne physique ou morale (entreprise, institution, etc.) ou d'utiliser un nom similaire à celui d'un autre internaute dans le but de créer une confusion.
Les noms contenant des allusions racistes, sexistes ou xénophobes sont proscrits.
Si un internaute utilise plusieurs pseudonymes pour commenter, le JSD se réserve le droit de supprimer ces comptes, sans préavis.

Contenus illicites et prohibés

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Le JSD supprimera tout commentaire contrevenant à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois ou grossier.
Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, sexistes, homophobes, discriminatoires, diffamatoires ou injurieux, incitant à la violence (y compris les appels à la restauration de la peine de mort) ou à la haine raciale, niant les crimes contre l’humanité et les génocides reconnus, faisant l’apologie des crimes de guerre et du terrorisme ; justifiant des actes violents et des attentats.
Sont également proscrits : les propos de nature pornographiques, pédophile ou délibérément choquants ; les atteintes à la présomption d’innocence, l’usurpation d’identité, l’incitation à la commission de crimes ou de délits, l’appel au meurtre et l’incitation au suicide et la promotion d’une organisation reconnue comme sectaire…
Il est également interdit de divulguer des informations sur la vie privée d'une personne, de reproduire des échanges privés et d’utiliser des œuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).
Actuellement la publicité est interdite sur lejsd.com Les liens promotionnels sont proscrits mais la publication d’un lien vers un site commercial en lien direct avec le sujet dont il est question dans le programme ou le fil de commentaires peut être tolérée, si elle apporte un complément d’information utile à l’internaute.
Le JSD se réserve le droit de supprimer tout commentaire contenant des propos agressifs visant des personnes, notamment les autres commentateurs.
La suppression d’un commentaire entraîne celle des réponses qui lui ont été faites.
Pour contester une modération, merci d’écrire à info@lejsd.com.

CAPTCHA
Ce champ nous permet de vérifier que vous n'êtes pas un robot spammeur