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Rassemblement pour Leïla
/ « Combien vaut la vie d’une femme ? »

Lundi 8 juillet, une centaine de personnes se sont réunies devant l’hôtel de ville pour rendre un hommage émouvant à Leïla, enceinte de trois mois, décédée cinq jours plus tôt à l’hôpital Delafontaine, et dénoncer les violences conjugales.
Une centaine de personnes se sont rassemblées sur la place Victor-Hugo pour rendre un hommage à Leïla, décédée à 20 ans. © Aziz Oguz
Une centaine de personnes se sont rassemblées sur la place Victor-Hugo pour rendre un hommage à Leïla, décédée à 20 ans. © Aziz Oguz

C’est un rassemblement pour « montrer qu’elle n’est pas morte dans l’indifférence », a affirmé le maire (PCF) Laurent Russier. Selon l’autopsie de la jeune femme, âgée de 20 ans, une grossesse extra-utérine pourrait être à l’origine du décès. Néanmoins, la veille de sa mort, la victime avait déposé une main courante contre son compagnon qui l’avait frappée.

Le conjoint, 22 ans, a été placé sous le statut de témoin assisté, intermédiaire entre simple témoin et mis en examen, dans l’enquête ouverte pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Il a été mis en examen pour des faits de violences conjugales passées envers la victime et placé sous contrôle judiciaire. Même si la jeune femme n’est pas morte directement des coups de son concubin, c’est« un meurtre conjugale » et « un féminicide » qui« nous concerne tous », a dénoncé Laurent Russier. « Leïla est morte dans la souffrance, une souffrance que son compagnon n’a pas voulu voir », a-t-il dit.

Un sentiment partagé parmi les personnes rassemblées. « Au final, elle était victime de violences. Elle était dans une situation vulnérable. Elle était enceinte. Elle n’avait que 20 ans. Et elle est décédée », estime Katy Bontinck, bénévole à la Maison des femmes. Pour la Dionysienne, alors qu’il y a déjà eu plus de 70 victimes de féminicide en 2019, il faudrait mettre plus de moyens dans la prise en charge des victimes de violences conjugales, par exemple dans l’hébergement d’urgence.

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« Combien vaut la vie d’une femme ? », a interpellé Ernestine Ronai, responsable de l’observatoire départemental des violences envers les femmes, demandant un effort financier des pouvoirs publics. « Les associations demandent un milliard d’euros » pour lutter contre ce problème de société, a-t-elle insisté. « Cela mérite de mettre de l’argent » afin d’empêcher que des femmes soient tuées, a-t-elle continué. 

Quant à Marie-Christine Mourgues, présidente de SOS Femmes 93, elle a critiqué l’insuffisance des moyens déployés par la force publique face à des violences « inacceptables ».  « L’Etat doit protéger les femmes et punir » les agresseurs, a-t-elle exhorté.

Des proches de la victime se sont également déplacés au rassemblement. Originaire de Guadeloupe, où vivent ses parents, Leïla était arrivée à Saint-Denis à la rentrée scolaire 2018 pour suivre des études de sociologie à l’université Paris 8. Elle habitait à proximité de l’établissement dans une résidence étudiante dans le quartier Sémard. Elle avait de la famille en région parisienne, mais elle était seule à Saint-Denis, détaillent ses deux cousines Malika et Julia. « Elle avait trouvé une formation pour devenir assistante sociale », précisent-elles. « Elle était toujours joyeuse, toujours le sourire aux lèvres ».

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Une étudiante brillante 

« C’était une étudiante brillante, très dévouée. Elle était enjouée, espiègle, vivante, énergique », rend hommage Emmanuel Enault, habitant de Saint-Denis. Leïla travaillait dans une entreprise d’aide pour personnes dépendantes. Depuis début 2019, l’étudiante suivait la jeune fille du Dionysien, handicapée et en fauteuil électrique. « C’est vraiment affreux ce qui lui est arrivé. On ne comprend pas comment [son compagnon] a-t-il pu s’en prendre à elle… », confie le père de famille, dépitée. Il raconte que la soirée du vendredi 28 juin, quelques jours avant sa mort, Leïla devait venir travailler chez eux. Mais elle n’était pas venue. Elle n’avait pas donné de nouvelles, ni à la famille, ni à son employeur.

Surpris, Emmanuel Enault ne s’en était pas pour autant alarmé. L’inquiétude a grandi quand il a entendu parler de la mort d’une jeune Leïla vivant à Saint-Denis. Il a eu la confirmation du décès en allant au domicile de la victime qui était sous scellé policier.

Ses proches veulent comprendre « pourquoi et comment » Leïla est morte, confie sa cousine Malika. « C’est dur pour la famille. On se pose beaucoup de questions », dit-elle, que ce soit  l’origine du décès de sa cousine ou le fait que l’auteur des violences conjugales ait été placé sous le statut de témoin assisté.« C’est rare de mourir à cause d’une grossesse extra-utérine. Il [son compagnon] l’avait frappée. Il a dû quand même voir qu’elle était mal et il ne l’a pas aidé », continue-t-elle. Comme d’autres proches, elle s’en veut de n’avoir rien pu faire. « Pourquoi n’est-elle pas venu nous voir ? Si seulement, elle avait parlé à une personne de confiance… »

Il se pose aussi la question de la prise en charge des femmes victimes de violences conjugales, étant donné que Leïla avait déposé une main courante la veille de son décès au commissariat de Saint-Denis. « Je trouve incompréhensible que des policiers aient laissé partir cette femme, venus pour des violences et visiblement dans un état fragile, sans procéder à une mise à l’abris, en faisant un signalement auprès du procureur ou d’une association », pointe Madjid Messaoudene, élu à l’égalité femme/homme.

Ce jeudi 11 juillet, à 18h30, le syndicat Sud-Solidaires appelle à se retrouver sur le parvis de l’hôtel de ville pour aller manifester devant le commissariat de Saint-Denis.

Aziz Oguz

Réactions

On doit faire un travail aussi bien avec les victimes que les auteurs. Pour les auteurs, des groupes de parole sous injonction judiciaire ont été mis en place en Belgique notamment avec des bons résultats. En France les groupes sont financés un an ou 2 puis plus rien. Les violences conjugales sont un sujet qui n'est pas pris en compte quels que soient le gouvernement.

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