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Incendies
/ « Combien de familles vont finir calcinées ? »

Marche blanche. Des larmes, des émotions mais de la colère aussi, retenue, blanche comme la marche organisée dimanche 12 juin pour rendre hommage aux victimes du 6, rue Paul-Éluard et empêcher que surviennent d’autres drames.
Dimanche 12 juin, marche blanche en hommage aux victimes du 6 rue Paul-Éluard
Dimanche 12 juin, marche blanche en hommage aux victimes du 6 rue Paul-Éluard

« Au nom de ma famille, je voudrais remercier tous les gens, les amis, les voisins, les habitants et tous ceux qui sont là aujourd'hui à nos côtés. J'aimerais pouvoir leur dire combien leur présence nous touche et que leur soutien compte pour nous énormément. » Hakim n'a pas de mots à mettre sur le tragique incendie, dont les causes n’ont pas encore été établies, qui a ravagé le 6 juin l'immeuble du 6, rue Paul-Éluard et emporté avec lui quatre membres de sa famille. Ses cousins Lilia, 12 ans, Naim, 15 ans, et Naissa, 21 ans, ont péri dans les flammes avec leur mère Souhila, 43 ans, et leur amie Mariam, 21 ans. Seul son oncle Ali, mari et père des victimes, a survécu, en se défénestrant du 3e étage. Très sérieusement blessé, il est toujours hospitalisé dans un état grave. S'il n'a pu se joindre à la marche blanche organisée dans l’après-midi du dimanche 12 juin à Saint-Denis, en mémoire de sa femme, de ses enfants et de leur amie, le terrible deuil de cet homme occupe le cœur et les pensées de tous ceux qui ont tenu par leur présence à manifester leur peine et leur solidarité. « Tout Saint-Denis est derrière lui. On se sent tous concernés par ce qui est arrivé. C'est si injuste, si terrible... », glisse un voisin, la voix brisée par les sanglots.

« On ne vous oubliera jamais »

Comme lui, ils sont nombreux à s’être déplacés. Plusieurs centaines, peut-être même un millier, c’est dur à quantifier. Il y a des proches, des voisins, des camarades de classe, des familles, des élus, des anonymes, tous soudés dans la tristesse et l’émotion. La douleur et les larmes sont sur tous les visages, jeunes pour la plupart, de l’âge de ces mômes qui ont grandi à Saint-Denis et qui ne sont plus. « Des anges partis trop tôt », comme le mentionnent les tee-shirts revêtus par plusieurs d’entre eux, qu’ils ont imprimés de photos des disparus, immortalisés dans des scènes de sourires et de joie. D’autres ont confectionné des pancartes, enroulé un brassard autour de leurs bras. Tous se sont munis d’une rose blanche avant de prendre place en silence derrière la banderole déployée en tête de cortège où figurent les prénoms des cinq victimes et cette promesse « On ne vous oubliera jamais ».

Parti du Théâtre Gérard-Philipe, le cortège s’est acheminé par les rues du centre-ville jusqu’au pied de l’immeuble calciné. Au moment de se recueillir sur les lieux du drame, beaucoup s’effondrent et laissent éclater la colère qu’ils avaient réussi à contenir jusque-là. « J’ai la rage, s’emporte une amie de la mère de famille décédée. Encore combien de gens vont devoir mourir, combien de familles vont finir calcinées dans leurs logements avant que les pouvoirs publics réagissent ? Tout le monde savait dans quelles conditions ils vivaient et personne n’a rien fait ! » Il lui est impossible d’accepter que les Zamouri se soit retrouvés pris au piège du petit deux-pièces qu’ils occupaient depuis quinze ans et qu’ils essayaient désespérément de quitter, multipliant les démarches et les dossiers. « Dix ans ! Ça fait dix ans qu’ils demandaient un logement social ! Si on le leur avait accordé, rien de tout cela ne serait arrivé ! »  Et de pointer la responsabilité des autorités qui n’ont pas daigné prendre en compte la situation de cette famille pourtant reconnue prioritaire par la loi Dalo. « Aujourd’hui, on a marché, demain, il faudra manifester si on veut empêcher d’autres drames. On ne redonnera la vie à personne, mais il faut qu’on obtienne justice pour ces victimes. »

 

La série continue

C’est le 4e en moins d’une semaine. Lundi 13 juin au soir, un nouveau feu s’est déclaré au 2e étage d’un immeuble au 20, avenue Paul-Vaillant-Couturier, sans faire de victime, mais ajoutant une nouvelle famille à la liste des 35 ménages sinistrés des incendies de ces derniers jours. Après une prise en charge dans des hôtels, les personnes sans solution d’hébergement devaient être accueillies dès le 14 juin au soir en résidence sociale, a fait savoir la Ville. 

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