En ville

« Tous les soirs il y a une baston grave »

L’été a été chaud du côté des rues Brise-Échalas et du Port. La Ville a donné son accord à l’installation prochaine par la SNCF d’un système de vidéosurveillance et elle attend beaucoup de la nouvelle police de l’agglomération parisienne.

Des élus reçus en urgence par le préfet fin juillet, une cellule de crise hebdomadaire en août… Après les tensions de l’été, avec l’expansion du commerce du crack, le quartier de la Gare a vécu encore une inquiétante poussée de fièvre. Et ce en dépit des chantiers qui ont commencé à en bouleverser le paysage. C’est ainsi que du 17 au 24 juillet, les agents de la propreté de Plaine commune ont cessé d’intervenir dans le quartier en exerçant leur droit de retrait pour cause d’insécurité. Alors qu’ils alertaient depuis des mois leur hiérarchie sur les risques qu’ils encouraient, « le 16 juillet, dans l’après-midi, dans la rue Brise-Échalas, un agent a été agressé verbalement puis molesté par plusieurs personnes qui lui ont dérobé son portefeuille, raconte Alain Garel, le directeur de l’unité territoriale propreté cadre de vie. Cela a été l’élément déclencheur ».

Une cellule de crise, puis de veille

Le 22 juillet, les élus de Saint-Denis et de la communauté d’agglomération étaient reçus avec une délégation d’habitants par Nacer Meddah, le préfet, qui allait par deux fois se rendre à Saint-Denis, et formuler plusieurs engagements. Parmi ceux-là, l’organisation d’une cellule de crise a fonctionné à partir du 6 août sur les problématiques affectant le quartier, avec des représentants de la Ville, de l’unité propreté cadre de vie, de la SNCF, de la Ddass 93 et d’Aides 93 pour le suivi sanitaire et social des toxicomanes, de la sous-préfecture et du commissaire Bernard Bobrowska. Le 3 septembre, la cellule de crise s’est transformée en cellule de veille, comme celle qui avait déjà fonctionné en 2008. Pour les agents de la propreté, ce malheureux épisode s’est sitôt soldé par de nouvelles règles de sécurité dans le secteur, où ils travaillent désormais par deux, jamais seuls.
Quant aux habitants, ils ont appris au soir d’une réunion de quartier convoquée le 27 juillet le projet sur la place de la Gare d’un système de vidéosurveillance que la plupart d’entre eux appelaient de leurs vœux depuis des années. « Cette implantation, sur le mur extérieur de la gare, viendra compléter notre dispositif de vidéo protection à Saint-Denis, explique Régis Vircondelet, directeur de la sûreté de la région Paris Nord, à la SNCF. Ces caméras font partie d’un programme d’extension. Comme elles seront orientées vers la voie publique, nous devions demander l’autorisation du maire. Il vient de nous l’accorder. Mais nous n’avons pas encore de calendrier. » D’après M. Vircondelet, aucun événement n’est venu précipiter ce projet. D’ailleurs, ajoute-t-il, « on n’a pas observé depuis l’an dernier une hausse du nombre d’incidents. Ils seraient plutôt en régression, car la présence de policiers en tenue s’est renforcée. On ne fait pas de cette gare un cas particulier?! »

« Un gars a montré son pistolet à la ceinture?! »

Parmi les usagers, Françoise est loin de partager ce satisfecit. « J’ai souvent l’occasion de traverser la banlieue. Et je n’y ai pas vu d’autre gare comme celle-là?! » Quant aux abords, « ils n’ont pas cessé de se dégrader », fulmine cette habitante depuis quatorze ans de la rue Charles-Michels. Pour elle, la fermeture des commerces de la rue du Port n’a rien changé au tapage provoqué au bas de son immeuble par « des groupes de gens qui picolent et fument des joints. Pour espérer un peu de tranquillité, on en arrive à se dire pourvu qu’il pleuve?! ». Dernier émoi en date, un gamin de 14 ans, fils d’une voisine, molesté sur le chemin de la rentrée des classes. Dans la rue Auguste-Delaune, où elle vit depuis sept ans, Laurence, ex Parisienne, a fini par mettre son appartement en vente. « Toutes les nuits pendant plus de deux mois, j’ai dû virer des mecs qui venaient fumer du crack dans le couloir. Tous les soirs, il y a une baston grave dans la rue. C’est dur. J’ai une fille de 21 ans qui ne veut plus venir ici. On savait bien qu’il fallait du temps pour faire bouger les choses. Mais rien ne bouge. Cela pourrait être une ville extra. C’est vraiment dommage. »
Même incompréhension de la part d’Ahmed. Responsable syndical CGT à Plaine commune, il vient de quitter Paris pour emménager dans la rue Brise-Échalas, d’où il peut observer le spectacle de la rue. Dont en juillet l’agression de son collègue de la propreté. « Je l’ai amené à la maison. Il était en sang. » Ahmed raconte la bagarre dont il a été témoin le 31 août pendant plusieurs heures, « devant tout le monde. Il y a un gars qui a levé son maillot pour montrer le pistolet qu’il avait à la ceinture?! ». Il s’étonne aussi de ce marché du crack au vu et au su de tous. « Il est tellement simple à comprendre qui est vendeur, qui est consommateur?! Je ne sais pas ce qu’on attend. »
Pour Stéphane Peu, maire adjoint délégué sur le quartier, « les moyens à mettre en œuvre pour la sécurisation dans le quartier de la gare ne peuvent pas seulement être locaux. Ils doivent être à l’échelle de cette problématique du crack, qui existe depuis vingt ans », et dont Saint-Denis, après Stalingrad ou la Porte de la Chapelle, a hérité depuis quelques années (1). Ces moyens, l’élu les escompte de la nouvelle police de l’agglomération parisienne, instaurée par décret le 24 juillet dernier, pour Paris et les trois départements de la petite couronne. « Dès qu’elle sera effective, le 14 septembre prochain, nous allons demander une audience au préfet de police. » Voilà pour l’urgence. Quant à la vidéosurveillance, projetée par la SNCF, « nous allons demander à ce qu’un calendrier soit fixé rapidement. D’autre part, le préfet a commandé une étude sur l’extension de la vidéosurveillance dans le quartier ».

« Ne pas laisser le quartier aux mains des trafiquants »

Objectifs de « court et moyen terme », la résorption de l’insalubrité déjà engagée et pour laquelle la Ville espère les subventions du programme national de lutte contre l’habitat indigne, lancé voici quelques mois. « Nous avons demandé au préfet et au ministre de soutenir notre dossier de candidature. Nous l’avons déposé le 31 juillet. Nous aurons la réponse début octobre. » M. Peu souligne enfin la nécessité d’« un plan d’accompagnement pour l’aide sanitaire aux toxicomanes et leur prise en charge par des structures de soin ». Si ce type de dispositif peine à voir le jour, la priorité reste « la chasse aux dealers, insiste l’élu. Il ne faut pas laisser sanctuariser dans le quartier un trafic qui génère des situations insupportables ».

Marylène Lenfant

(1) Le 28 septembre, Complément d’enquête, sur France 2, sera consacrée aux drogues, notamment dans le quartier Gare.

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Rue Brise-Échalas, rue du Port

Haro sur l’insalubrité

Dans sa politique de préemption pour résorber l’habitat insalubre, Plaine commune a franchi une nouvelle étape dans la rue Brise-Échalas. Après l’immeuble du 14 et 14 bis, dont les occupants sans titre avaient été délogés en août 2008, la pelleteuse grignoteuse est partie début juin à l’assaut d’une autre bâtisse, aux 2 et 4. Le 26 août, il n’en restait plus rien. Il avait été aussi évacué, c’était le 27 mai, d’occupants sans titre dont plusieurs, sans relogement, continuent à camper devant le siège de Plaine commune.
Également condamné, l’immeuble voisin, au 18, rue Auguste-Delaune, ne doit son sursis qu’au contentieux opposant la communauté d’agglomération au gérant du café en rez-de-chaussée, toujours en activité. « La procédure se termine. Une solution est en vue pour la fin de l’année », fait-on savoir à Plaine commune, où l’on entrevoit là de revoir toute la configuration du carrefour, avec le croisement du T1 et de la future ligne de tramway, et le débouché d’une nouvelle voie dans le prolongement de l’impasse Saint-Clément. « On va reculer le front bâti, et faire de plus petites opérations. »

À l’automne, la grignoteuse s’attaquera, au 16 rue Brise-Échalas

À l’automne, la grignoteuse s’attaquera, rue Brise-Échalas, à un autre bâtiment, au n° 16, dont l’intérieur, pour prévenir tout squat, est déjà démoli. Quant au sort du 20 et 22, il n’est pas encore scellé, mais cet immeuble se situe en partie sur le passage du futur tramway.
La rue Brise-Échalas a accueilli aussi cet été de nouveaux habitants, aux n° 6 et 8, où Plaine commune habitat a livré une cinquantaine de logements sociaux, en accession et locatifs.
Quant à la RATP, c’est de l’autre côté de la gare, dans la rue du Port, qu’elle a lancé fin juillet un vaste chantier de démolition en vue du prolongement de la ligne T1 du tramway. Il devrait prendre fin en octobre avec la disparition des huit immeubles de l’alignement. Mais pour l’heure, deux seulement ont été abattus, aux n° 20 et 30. Un reste à acquérir. Principal frein à ce chantier, les relogements. Sur les 65 foyers qui voisinaient dans ces bâtisses insalubres, une douzaine subsiste sur place. Démolitions, constructions, aménagements… L’ensemble des projets sera présenté lors des assises du quartier Gare, organisé par la Ville, avant la fête du quartier, le samedi 26 septembre.

M.L.

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Stupéfiants, alcool, troubles divers…

La police en force en plein mois d’août

Depuis plusieurs semaines, des rencontres se déroulent entre les élus, la population, la police (lire ci-contre)… Le préfet de Seine-Saint-Denis, Nacer Meddah, s’est aussi rendu sur place. Au début du mois d’août, la police nationale fait état d’une vingtaine de gardes à vue la semaine précédente. La municipalité renouvelle son arrêté d’interdiction de vente et de consommation d’alcool sur l’espace public. À la mi-août, dans une réunion publique, le commissaire de police souligne que plusieurs actes se cumulent dans le secteur de la gare?: le trafic de stupéfiants, la forte consommation d’alcool en plein air et les dérives qui en découlent.

Plus de 190 personnes contrôlées

Le 19, une grande opération de police se déroule dans tout le secteur, avec la participation de policiers parisiens, et sur réquisition du Parquet du tribunal de Bobigny. Plusieurs rues et lieux font l’objet de « visites » policières?: le 29 Delaune, Suger et Brise-Échalas. Plus de 190 personnes sont contrôlées à cette occasion, ainsi que sept établissements, avec le concours de plusieurs services de l’État, comme l’Inspection du travail. Lors de cette opération de grande envergure, 11 personnes sont placées en garde à vue. Divers documents falsifiés sont saisis. Quatre établissements du secteur sont désormais en attente d’une fermeture administrative par ordre de justice.
Le 14 septembre prochain entrera en vigueur le nouveau découpage des responsabilités policières en Île-de-France, les départements de la petite couronne étant désormais placés directement sous l’autorité de la préfecture de police (PP) de Paris. Dans cette perspective, le maire a d’ores et déjà interpellé le préfet de police. Quant au commissaire de Saint-Denis, il n’a pu être joint à l’heure où ces lignes sont écrites. On sait seulement que procédures et enquêtes se poursuivent.
G.R.

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