En ville

« Mon combat pour dire aux adolescents qu’ils sont bien les enfants de la République »

Sophie Audoubert a recensé, pour cette seule rentrée, « une trentaine de livres de profs, et qui travaillent tous en banlieue parisienne ou en collège ZEP ». Pour cette jeune agrégée, professeur de lettres classiques au collège Elsa-Triolet, une telle abondance est révélatrice d’un souci commun à beaucoup de ses collèges, partager une expérience à laquelle rien ne les avait préparés. « Je découvre un monde nouveau. Et j’en suis tout simplement sonnée », écrit-elle dans les toutes premières pages de Don Quichotte en banlieue, un ouvrage d’une sensibilité rare dans la production éditoriale inspirée par « ces élèves-là ».
Servi par des qualités d’écriture qui signe une vraie œuvre d’écrivain, c’est d’abord le récit d’une initiation à la réalité brutale qui plombe bon nombre de jeunes nés de parents étrangers, cantonnés dans leurs quartiers. Mais c’est aussi le témoignage de « combats » permanents pour convaincre ces adolescents « qu’ils sont bien les enfants de la République ». Au collège de Saint-Denis, où elle prend son premier poste voici huit ans, la jeune Parisienne devra, comme tout autre prof de ZEP, trouver sa place dans des classes où écoute et discipline ne vont pas de soi. Une entreprise de longue haleine, observée avec acuité, et qui force le respect à l’égard de toute une profession.
Au travers de portraits esquissés, d’anecdotes, Sophie Audoubert analyse avec une profonde humanité les comportements souvent déconcertants qui résultent « d’une estime de soi fragile à l’extrême, au bord de la blessure ». Le terme de « nouveaux barbares », volontiers brandis à leur encontre, voire le philosophe Alain Finkielkrault, la révolte. « Ce qui me choque le plus, c’est qu’on oublie souvent que ce sont des adolescents. Rien de plus. Et des problèmes pour se construire, eux, en ont beaucoup plus, nous explique-t-elle. On les montre beaucoup, mais on ne les regarde pas. Il est temps d’arrêter de se voiler la face. Ils se vivent comme mis au ban de la société. » Leur chahut, leurs provocations, au sein de la classe, « n’expriment pas un rejet du prof, mais de l’école », ajoute Sophie Audoubert.
Des problèmes avec l’autorité, « oui, ils en ont. Quant à la question du respect, c’est autre chose. Je ne peux pas dire qu’ils ne me respectent pas, au contraire. Mais la société, les respecte-t-elle ? » Selon elle, « un rééquilibrage » doit être opéré, avec des moyens accrus dans l’Éducation nationale. « On n’est pas assez ambitieux pour eux. D’après beaucoup d’études, seule une réduction drastique des effectifs, à 10 ou 15 élèves, peut avoir des effets sur l’échec scolaire. » Si sa mission n’est pas de tout repos, Sophie Audoubert n’entend pas aller l’exercer ailleurs pour y gagner en confort, comme elle pourrait y prétendre en tant qu’agrégée. « Je reste à Elsa-Triolet parce qu’il y a une équipe très dynamique, qui a le souci de travailler ensemble, et un regard respectueux sur les élèves. Et moi, je veux prouver à ces ados qu’ils ont leur place. Mais il est essentiel d’avoir une ancre à côté. » Pour elle, c’est l’écriture. Elle a notamment cosigné le scénario de L’étrangère, film réalisé en 2007 par Florence Colombani.
Marylène Lenfant

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