En ville

« On bosse ici ! On vit ici ! On reste ici ! »

Pendant trois jours, du 3 au 5 novembre, des hommes et des femmes en situation irrégulière ont tenu un stand où ils ont récolté quelque 1100 signatures de soutien. Certains nous ont confié leurs parcours.

Des actions, la Coordination 93 de lutte pour les sans-papiers en conduit depuis des années sous formes de manifs, rassemblements, occupations, etc. Mais une campagne de pétitions pendant trois jours avec un stand dressé par la Ville sur la place Jean-Jaurès, c’était une première. Organisée du mardi 3 au jeudi 5 novembre, elle prenait appui sur le mouvement national de « solidarité avec les travailleurs-euses sans papiers en grève » orchestré depuis la fin octobre par une dizaine d’organisations (1). Son slogan « On bosse ici ! On vit ici ! On reste ici ! » était repris sur la banderole tendue derrière la table où ont été recueillies jusqu’à 1100 signatures.

« Je suis arrivé ici à l’âge de 13 ans et je suis retourné là-bas en 1985 auprès de mon grand-père »

Parmi les militants sans-papiers qui se relaient dans le froid pour interpeller les passants, Rabah, Algérien de 53 ans. « Je suis arrivé ici à l’âge de 13 ans. Mes frères et sœurs sont français. Mon père a travaillé depuis 1947 à la ville d’Ivry. Moi, je suis retourné là-bas en 1985 auprès de mon grand-père. J’étais chauffeur-commerçant dans la région de Sétif, Bejaia. J’ai vu des choses affreuses. » Pour ne pas se laisser submerger par l’émotion, il n’en dira pas plus sur les visions de massacres et de corps mutilés, dont il s’était confié à Françoise Toire. Cette femme dévouée à la cause des sans-papiers sait quels drames humains se jouent ne serait-ce que dans ce petit groupe formé devant le stand. Elle désigne encore Nacer, le SDF apatride, interdit du territoire pendant dix ans, après une peine de prison. « Je suis né à Saint-Denis en 1958, précise-t-il. Toute ma famille est ici. J’ai été expulsé en Algérie en 2001 et 2005. » Il retrace son retour dissimulé à bord d’un porte-conteneurs jusqu’en Turquie. « Je m’étais trompé de bateau. »

« Tu ne trouves pas d’endroit pour dormir, tu ne peux aller voir ta famille… »

Derrière la table, d’où sa voix tonne pour attirer les signatures, Mamadou, Malien de 28 ans, relate une pérégrination tragique comme en rapportent régulièrement les médias. « On était cinq amis de Bamako. Arrivés à Tanger au Maroc, on a dû payer 650 euros chacun au passeur. On a pris une pirogue pour les Canaries. Quinze personnes sont tombées à la mer, dont trois de mes amis. » C’était il y a six ans. Depuis, « c’est devenu très compliqué de travailler avec une fausse carte, tu ne trouves pas d’endroit pour dormir, tu ne peux aller voir ta famille… »

« On squatte parce qu’on ne peut pas payer de loyer »

« On est parti travailler au noir, à Grenoble, Lyon, Narbonne », racontent quant à eux Fatiha et Abdallah, un couple d’Algériens, dont le marathon pour la survie avait débuté en 2002 par la marche des sans-papiers depuis Marseille. « Depuis, dit-elle, je souffre d’une cheville. Je dois subir une opération. Je fais des ménages et des gardes d’enfants pour 15 euros par jour. On squatte parce qu’on ne peut pas payer de loyer. » Dans les récits, qui s’enchaînent, nulle mention des grèves de sans-papiers qui font l’objet du mot d’ordre national de solidarité. Faire grève suppose un emploi stable dans une équipe à même de s’organiser. Ce qu’ils ont revendiqué, à Saint-Denis, n’était ni plus ni moins que le droit à exister. « Sortir de l’ombre pour vivre libre », auraient dit encore les femmes de la Coordination, constituée en troupe de théâtre, qui en ont tiré le titre de leur première pièce.

Marylène Lenfant

(1) CGT, CFDT, Solidaires, FSU, UNSA, LDH, Cimade, RESF, Femmes égalité, Autremonde et Droits devant !

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