En ville

« À problème hors normes, moyens hors normes »

Les habitants avaient à cœur d’interpeller les élus présents à la réunion sur la situation de leur quartier, en dégradation constante selon eux. Aux demandes pressantes de solutions, le maire adjoint Stéphane Peu fonde de sérieux espoirs sur la nouvelle police métropolitaine.

Le mardi 8 septembre, ils étaient près d’une centaine à affluer dans le hall de la maternelle Brise-Échalas. Pour les habitants du secteur République-Gare, c’était en effet LA réunion de démarche-quartier à ne pas rater. L’été, saison la plus tendue sur le front de l’insécurité dans le quartier, avait été fertile en événements. Rencontres avec le préfet, opération policière d’envergure (lire le JSD n°798)… Pour quels résultats, et quelles perspectives un tant soit peu palpables?? Impatients d’interpeller la Ville sur ces questions pressantes, les habitants espéraient aussi profiter du relais médiatique offert ce soir-là avec la caméra d’une équipe de France 2 (1). D’autant qu’ils constatent une aggravation continue.

« Les dealers font leur commerce dès 8?h »

« Maintenant, les dealers font leur commerce dès 8?h du matin quand on emmène nos enfants à l’école?! » Quant aux toxicomanes, « ils rentrent partout, jusque dans la rue Moreau, la rue des Ursulines ». « On se barricade la nuit parce qu’il y a des zombies?! » « Il n’est pas normal que des gamins fassent un détour d’un kilomètre pour rentrer chez eux », ajoute-t-on à propos d’un ado agressé. Tapages nocturnes, bagarres, prostitution… « On a eu un échange constructif avec le préfet, reconnaît une jeune femme, qui était de la délégation d’habitants reçue avec des élus en juillet. Mais ils sont toujours là?! Ce quartier ne nous appartient plus. »
Parmi les avancées relevées par les élus délégués sur le quartier, les caméras de surveillance projetées par la SNCF sur le parvis de la gare. Stéphane Peu souhaite en accélérer la mise en place. Il signale l’étude en cours à l’initiative du préfet et du directeur départemental de la police pour étendre le dispositif aux rues voisines. « Dès qu’elle sera finie, on reviendra vers vous. » Étonnements sarcastiques dans l’auditoire. Ces caméras, « j’avais répondu voici un an que j’y étais favorable, tant la situation est exceptionnelle dans sa gravité », rappelle l’élu. Ex-adjointe au maire, sans étiquette, Catherine Bachelez n’en insiste pas moins sur le « blocage idéologique » de la municipalité vis-à-vis de la vidéosurveillance, d’ailleurs rejetée en 2008 par un vote du conseil, PS et droite exceptés. Quoi qu’il en soit, les caméras, d’après « le bilan de la police, c’est 10 % de dissuasion pour 90 % d’aide à l’enquête, reprend M. Peu. Ce n’est pas rien. Mais ça ne saurait être la réponse à la question des effectifs de police ». Les habitants sont bien d’accord?: « On n’en demande pas partout, mais là où sont les points noirs. »

« La réouverture jour et nuit du commissariat »

Dans l’assemblée ce soir-là, Mathieu Hanotin, conseiller général socialiste, réclame surtout « la réouverture, jour et nuit » du poste de police de la gare. Il suggère même une mobilisation pour y voir créé un « commissariat de plein exercice ». « L’État n’a pas respecté sa convention envers la région » qui en avait financé l’aménagement, estime en outre un autre élu présent ce soir-là, le conseiller régional communiste Jean Brafman. « J’habitais le quartier Stalingrad quand il a été confronté aux problèmes de toxicomanie », poursuit-il. Et là, l’intervention a eu lieu sur « décision de l’État, pas de la ville de Paris ». Il salue donc la nouvelle police métropolitaine, sur laquelle Stéphane Peu vient de dire ses espoirs d’un règlement rapide. « À problème hors normes, moyens hors normes. Il faut rencontrer le préfet de police de Paris de la même manière qu’on a rencontré le préfet », précise le maire adjoint, qui prévoit de le solliciter dès le 14 septembre, date de mise en œuvre de ce dispositif policier sur Paris et sa petite couronne.

« Une misère sociale, économique, affective »

Autre échéance, début octobre où devraient être connues les villes bénéficiaires des subventions du Programme national de requalification des quartiers anciens et dégradés, lancé en mars dernier. Vingt villes pour quelque deux cents candidatures. Mais le quartier de la Gare est dans un tel état qu’il devrait être retenu, pronostique l’élu. « Un quartier abandonné depuis des lustres. » Les habitants s’en plaignent souvent. Mais ce soir-là, c’est d’une « France abandonnée des politiques » dont parle Arnaud Schneider, directeur de Jules-Vallès, l’école élémentaire du quartier. « Ceux qui habitent-là sont des oubliés de la République. » Des familles entassées dans des taudis, des enfants qui traînent dans la rue, un territoire sans service public de proximité… L’enseignant déplore une « misère sociale, économique, affective » dont résulte « la déroute scolaire ». « Dans cette école, on en crève. Pour se faire entendre, la population doit se mobiliser, occuper l’espace médiatique », lancera-t-il à la suite d’une habitante qui préconise elle aussi « une action forte ».

Marylène Lenfant

(1) Pour l’émission Complément d’enquête du 28 septembre. Également présent le quotidien Le Parisien.

La police est intervenue en août

Quatre commerces sur la sellette

Face au scepticisme des habitants sur les retombées de la visite du préfet à la fin juillet, les élus en charge de la démarche-quartier ont rappelé le bilan de l’intervention policière réalisée le 19 août sur réquisition du tribunal de Bobigny. Les contrôles portant sur plus de 190 personnes et 7 commerces, se sont soldés par 11 gardes à vue et la demande de 4 fermetures administratives, qui doivent être ratifiées par le préfet. Sont ainsi visés pour différents délits, liés aux stupéfiants, au recel et à la détention de faux documents, La Calebasse dans la rue Brise-Échalas, l’Étoile d’Or, rue Ernest-Renan, le Kilimandjaro et Tim Café dans la rue Dezobry. « D’autres sont dans le collimateur », a précisé le maire adjoint Stéphane Peu en désignant, rue Renan, une épicerie « qui ne respecte aucune réglementation », en particulier l’arrêté renouvelé par le maire d’interdire la vente d’alcool après 22?h. Également pointé par les habitants, le cas de l’immeuble de logements du 29, rue Auguste-Delaune, dont le hall ouvert à tous vents est devenu un point de fixation pour le trafic de stupéfiants. La seule solution entrevue par les élus est de réunir les copropriétaires pour les inciter à agir.

M.L.

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