Vélodrome Saint-Denis : refait beauté
Inauguré en juillet 1928 sous les vivats des champions, le vélodrome municipal de Saint-Denis n'a pas fini de surprendre. Situé au 43 avenue de Stalingrad, dans le quartier Allende, cet anneau de 250 mètres en ciment recouvert de résine est l'un des rares équipements cyclistes franciliens encore en activité. Une piste identique à celle de l'ancien Vélodrome d'Hiver parisien construit en 1909. Un héritage lourd à porter, et pourtant bien entretenu.
Un siècle d'histoire sur deux roues à Saint-Denis
Le vélodrome naît à la fin des années 1920 sur un ancien terrain maraîcher appelé le lieu-dit Le Haut du Tartre, en limite de Pierrefitte-sur-Seine. C'est le Club vélocipédique dionysien (CVD), fondé en 1892 et dirigé alors par François Le Bescond, qui porte le projet. Pour l'inauguration, les organisateurs ne font pas dans la demi-mesure. Lucien Michard, champion olympique de vitesse en 1924 et futur champion du monde de 1927 à 1930, foule la piste dionysienne. À ses côtés, Lucien Faucheux, vice-champion du monde en 1924 et 1928, donne au meeting inaugural une dimension internationale immédiate.
Le terrain rectangulaire d'environ 9 000 m² accueille rapidement bien plus qu'une piste. Une pelouse centrale, accessible par un souterrain en béton armé, des tribunes officielles et populaires, 28 cabines en bois pour les coureurs, une habitation de gardien, un café-salle de réunion... Le vélodrome devient un vrai complexe sportif, pas simplement un anneau de course. L'architecte Gaston Martin y ajoute un groupe sanitaire à la fin des années 1950.
Le 1er juillet 1933, la Ville de Saint-Denis municipalise le vélodrome. Un bail de douze ans est signé l'année suivante, et l'équipement devient le siège de l'Office municipal des sports, créé en 1934. Le CVD forme aussi, dans ces années-là, Robert Oubron, cinq fois champion de France de cyclo-cross dans les années 1940. En septembre 1951, près de 3 000 personnes se pressent pour voir Coppi, Bobet et Koblet s'affronter sur cette même piste. Ce genre d'affluence, on ne la reverra plus.
Le vélodrome accueille également des épreuves historiques comme le Prix Émile Friol, la Course de l'Espérance, ou encore la finale du Grand Prix cycliste de L'Humanité, organisé par le quotidien éponyme de 1927 à 1979. Le 13 avril 1988, Hervé Boussard y bat le record de France des 100 kilomètres en 2 h 24 min 4 s. Une performance qui reste gravée dans les livres de records.
Rénovation du vélodrome : ce que les travaux ont changé
Trois grandes vagues de travaux ont maintenu l'anneau debout : en 1984, 1999, puis 2013. C'est la rénovation de 2013 qui retient l'attention, avec un budget dépassant les 200 000 euros. Franchement, pour un équipement de plein air sans couverture, c'est un investissement conséquent qui témoigne de la volonté de la Ville de Saint-Denis de ne pas laisser mourir ce patrimoine cycliste.
Pour comprendre l'ampleur de la remise à niveau, voici les principaux axes de chaque rénovation :
- 1984 : travaux coïncidant avec le lancement du Grand Prix International de Vitesse sur piste, qui débute cette même année.
- 1999 : deuxième phase de réfection, entretien général de la piste et des infrastructures.
- 2013 : rénovation complète, la plus coûteuse, pour plus de 200 000 euros, visant à maintenir le vélodrome en état compétitif.
Le Grand Prix International de Vitesse, qui débute chaque année au début du mois de juin depuis 1984, a accueilli des médaillés olympiques de Londres comme Jason Kenny et Grégory Baugé. Pourtant, les éditions 2011 et 2012 sont annulées faute d'engagés. En 2003, la presse locale notait déjà que le vélodrome n'accueillait plus qu'une quinzaine d'épreuves par an, avec les championnats d'Île-de-France en mai et le Grand Prix en juin. En 2018, l'organisation de la première manche de la Coupe de France Fenioux relance un peu la dynamique.
| Vélodrome | Couvert | Inauguration | Statut |
|---|---|---|---|
| Saint-Denis | Non | 1928 | Municipal, actif |
| Saint-Quentin-en-Yvelines | Oui | 2014 | National, haute performance |
| Roubaix | Oui | N/A | Couvert, référence régionale |
| Bordeaux | Oui | N/A | Couvert, actif |
| Hyères | Oui | N/A | Couvert, actif |
La comparaison est rude. L'anneau dionysien souffre clairement de ne pas être couvert, contrairement à ses homologues de Roubaix, Bordeaux ou Hyères. Le vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines, inauguré en 2014, a concentré l'essentiel des compétitions de haut niveau en Île-de-France depuis lors. Pour autant, Saint-Denis reste l'un des cinq vélodromes franciliens, protégé par le Plan Local d'Urbanisme et administré par la Ville de Saint-Denis.
Vers un nouveau pôle sportif dans le quartier
La rénovation du vélodrome ne se lit pas seule. Elle s'inscrit dans une dynamique territoriale plus large qui concerne toute la Seine-Saint-Denis. Non loin du Centre aquatique olympique, la ZAC Plaine Saulnier prend forme avec un nouveau pôle sportif 360 dans la Métropole du Grand Paris. Ce projet positionne Saint-Denis comme une ville qui pense ses équipements sportifs sur le long terme, pas juste au coup par coup.
Pour le vélodrome, l'enjeu est clair : trouver un second souffle en s'appuyant sur sa singularité patrimoniale et sur une programmation renouvelée. Le CVD, club résident depuis l'origine, reste le premier bénéficiaire de cet outil. Mais l'ouverture aux associations et à leurs membres est une piste sérieuse pour densifier le calendrier d'utilisation. Si l'anneau de Saint-Denis veut rester dans la course, il devra s'appuyer sur ce tissu associatif local autant que sur les grands rendez-vous compétitifs. C'est là que se joue vraiment son avenir.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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