TGP théâtre : initiatives culturelles en ville
Fondé en 1902 comme salle des fêtes municipale, le Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis a traversé plus d'un siècle de transformations pour devenir l'une des scènes les plus actives d'Île-de-France. Baptisé en hommage à l'acteur Gérard Philipe, disparu en 1959, le lieu accueille aujourd'hui plus de 45 000 spectateurs par an. Sa structure métallique, conçue par les ateliers Eiffel, témoigne d'une histoire architecturale aussi riche que son parcours artistique.
Une maison culturelle ancrée dans la ville depuis plus d'un siècle
La mutation du TGP en théâtre date de 1960, sous l'impulsion de Jacques Roussillon, qui cherchait dès l'origine à attirer un public ouvrier grâce à des prix abordables, des navettes et des horaires adaptés. Cette ambition populaire irrigue encore aujourd'hui l'identité du lieu. Le bâtiment lui-même raconte cette histoire : agrandissement de la scène en 1965, transformation de la salle en 1968, reconversion de l'ancien gymnase des pompiers en salle de spectacle en 1972, puis de l'ancien cinéma voisin en 2002. En 2005, l'architecte Patrick Bouchain a contribué à moderniser l'ensemble.
Le statut de Centre Dramatique National, obtenu en 1983 sous la direction de René Gonzalez, a consolidé la place du TGP dans le paysage théâtral français. Gonzalez avait déjà marqué les esprits en présentant au public francilien Alfredo Arias et sa troupe argentine, ou en faisant jouer Dell'Inferno le long de la voie ferrée Gare du Nord - La Plaine, soit du théâtre hors les murs dans toute son audace.
La liste des directeurs successifs illustre la richesse de cette trajectoire collective :
- Jacques Roussillon (1960)
- José Valverde (1965)
- René Gonzalez (1976-1986)
- Daniel Mesguich (1986-1989)
- Jean-Claude Fall (1989-1998)
- Stanislas Nordey (1998-2002)
- Alain Ollivier (2002-2007)
- Christophe Rauck (2008-2013)
- Jean Bellorini (2014-2020)
- Julie Deliquet (depuis le 2 mars 2020)
Chacun a laissé une empreinte. Stanislas Nordey a instauré un prix unique de 50 francs, ouvert le théâtre toute l'année et créé des "dimanches au théâtre" avec répétitions ouvertes, dans l'esprit convivial que Jean Vilar défendait à Suresnes. Jean Bellorini, lui, a construit des ponts entre musique et théâtre, s'associant notamment à Jean-Yves Ruf, Isabelle Lafon et Guillaume Barbot, avant de prendre la direction du Théâtre National Populaire de Villeurbanne le 1er janvier 2020.
Les initiatives du TGP pour les jeunes et la vie de quartier
Difficile de parler d'initiatives culturelles en ville sans mentionner le programme « Et moi alors ? ». Cette sélection jeune public, coproduite avec la Direction de la culture de la Ville, propose théâtre, marionnettes, danse et chant aux enfants de 3 à 15 ans tout au long de l'année. L'ambition est claire : placer l'enfant comme interlocuteur premier, pas comme simple spectateur passif.
Le festival Enfantillages complète ce dispositif. Le partenariat annuel avec le festival Africolor apporte plusieurs concerts de musique africaine, quand Jean-Claude Fall avait déjà ouvert la voie avec un cycle dédié à la musique mandingue et océanique. Le Saint-Denis Jazz Club rythme quant à lui les lundis du mois avec des concerts de musiciens de renom, fidèles à ce rendez-vous mensuel.
Pour la saison 2026-2027, le TGP accompagne deux spectacles en production et six en coproductions. La billetterie ouvre le 12 juin. Une isolation thermique performante du bâtiment contribue aussi au confort des spectateurs dans les trois salles : Mehmet Ulusoy, Delphine Seyrig et Jean-Marie Serreau, toutes accessibles aux personnes à mobilité réduite.
| Service | Détail pratique |
|---|---|
| Navette gratuite (Saint-Denis) | Jeudis et samedis soirs, réservation au 01 48 13 70 00 |
| Navette payante (Paris) | Départ vingt minutes après la représentation, arrêts Gare du Nord, République, Châtelet... |
| Librairie Folie d'encres | Ouverte 1 heure avant les représentations |
| Restaurant du théâtre | Ouvert tous les midis et soirs de spectacles |
Julie Deliquet : un projet artistique et territorial ancré dans Saint-Denis
Depuis le 2 mars 2020, Julie Deliquet dirige le TGP avec une vision très personnelle. Formée au Conservatoire de Montpellier, au Studio Théâtre d'Asnières et à l'École Internationale Jacques Lecoq, elle a fondé le collectif In Vitro en 2009 et entretient un lien fort avec Saint-Denis depuis son association au TGP en 2014. Pour moi, ce parcours pluriel est précisément ce qui rend son approche si cohérente : elle ne découvre pas le territoire, elle l'habite.
Avec Leïla Anis et Lorraine de Sagazan, elle construit une permanence artistique axée sur la transmission et le repérage de nouveaux talents. Elle suit spécialement une promotion de l'école de la Comédie de Saint-Étienne sur trois ans. Son engagement dépasse Saint-Denis : La Rochelle, Lorient, Vanves, des combats éducatifs concrets sur plusieurs territoires.
La question de l'égalité femme-homme structure aussi son action. Un jeu de l'oie sur les femmes et le théâtre est en cours de réalisation pour la journée de la femme à Saint-Denis. Elle envisage de rebaptiser une salle du TGP pour mieux représenter les femmes dans l'espace public, et travaille sur l'harmonisation des salaires au sein de la structure. Franchement, c'est une démarche rare à ce niveau de responsabilité institutionnelle.
Le livre « Théâtre Saint-Denis », vendu 30 euros à l'Office de Tourisme de Plaine-Commune Grand-Paris, retrace un demi-siècle de décentralisation théâtrale. Il réunit les contributions de Sarah Oppenheim, Sonia Pignot, Patrick Braouezec, Bernard Vasseur, Jean Bellorini et Philippe Torreton : autant de voix pour penser l'avenir d'un théâtre qui, depuis 1902, n'a jamais cessé d'interroger ce que signifie faire de la culture au service de tous.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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