Samedi 13 juin 2026

Famille

Solutions de relogement pour les familles

H
Par Harry
5 min de lecture
Solutions de relogement pour les familles

Le 16 mars, un incendie aux Minguettes à Vénissieux frappe environ 40 ménages d'un coup. Parmi eux, Halima, mère seule avec 5 enfants dont deux mineurs de 8 et 12 ans, vivait en collocation dans un T4 depuis 5 ans, payant régulièrement son loyer à Alliade Habitat. Ce cas concret illustre ce que traversent chaque année des milliers de familles en France : la brutalité d'une rupture de logement, sans filet visible. Les solutions existent pourtant, à condition de savoir où les chercher.

Quelles solutions de relogement pour les familles en situation d'urgence ?

Face à un sinistre ou une expulsion imminente, la première réponse est souvent l'hébergement temporaire. Pour les résidents des Minguettes touchés par l'incendie, un hébergement en hôtel B&B près du périphérique a été proposé jusqu'au 31 mars. Passée cette date, plus rien. C'est précisément ce vide qui a conduit au rassemblement du 17 avril 2014, aux côtés de syndicats comme CGT Éduc'action et Sud Éducation du collège Elsa-Triolet, et d'associations comme Réseau d'alerte et de solidarité et Jamais sans toit.

L'hébergement d'urgence repose sur un principe d'inconditionnalité : toute personne en détresse doit être accueillie, sans condition de statut. L'État confirme la continuité de la prise en charge et l'absence de remise à la rue sans orientation adaptée. Dans les faits, la solidarité locale compense occasionnellement les défaillances institutionnelles : l'école Anatole-France a collecté suffisamment de fonds pour financer une semaine d'hôtel à Saint-Fons, tandis que le Réseau d'alerte et de solidarité de Vénissieux a financé 2 nuitées supplémentaires pour la famille d'Halima.

Au niveau national, les chiffres donnent une idée de l'ampleur du dispositif. Au 21 décembre 2018, 8 400 places hivernales étaient ouvertes, dont 3 800 en Île-de-France, parmi lesquelles 1 683 places dédiées à l'accueil des familles. Sur l'ensemble de l'année, ce sont plus de 142 000 places ouvertes, soit 3 338 de plus que l'hiver précédent.

Hébergement d'urgence en chiffres (hiver 2018-2019)
Territoire Places hivernales ouvertes Dont familles
France entière 142 000+ Non spécifié
Île-de-France 3 800 1 683
Hauts-de-Seine 161 Non spécifié

Le droit au logement opposable : un recours concret pour les familles prioritaires

Le Droit au logement opposable (DALO) est l'un des outils les plus puissants dont disposent les familles menacées d'expulsion. Concrètement, cela signifie qu'une famille peut saisir la Commission départementale de médiation dès qu'une décision de justice prononçant l'expulsion a été rendue, sans attendre le concours de la force publique. Une fois reconnue prioritaire et urgente, l'État a 6 mois pour reloger le ménage.

L'instruction du 26 octobre 2012 a renforcé cette obligation : les préfets doivent désormais procéder au relogement systématique des personnes reconnues prioritaires avant la date d'intervention de la force publique. Le préfet a aussi l'obligation d'informer les ménages concernés de la possibilité d'exercer ce recours dès la réception d'un commandement de quitter les lieux.

La démarche se déroule en plusieurs étapes claires :

  1. Recevoir la décision de justice ou le commandement de quitter les lieux.
  2. Saisir la commission départementale de médiation pour faire reconnaître la situation prioritaire et urgente.
  3. Attendre la notification de reconnaissance DALO, qui déclenche l'obligation de relogement préfectoral dans un délai de 6 mois.
  4. Solliciter, si nécessaire, le Fonds national pour l'accompagnement vers et dans le logement, financé par les astreintes imposées à l'État en cas de manquement à ses obligations.

Les familles avec des dettes locatives rencontrent une difficulté supplémentaire : les bailleurs hésitent souvent à les accueillir. Des aides complémentaires, comme le FSL (Fonds de solidarité pour le logement) ou les centres communaux d'action sociale, peuvent sécuriser la relation avec le bailleur et faciliter l'insertion durable dans un nouveau logement.

Anticiper le relogement grâce à la trêve hivernale et aux dispositifs de long terme

La trêve hivernale court du 1er novembre au 31 mars : pendant cette période, aucune expulsion ne peut être exécutée sauf en cas de relogement décent proposé, d'arrêté de péril ou d'occupation illégale. Pour 2014, une circulaire du 11 mars 2014 du ministère de l'Égalité des territoires et du Logement a prolongé cette protection jusqu'au 31 mars, offrant un délai supplémentaire aux ménages fragilisés.

La trêve ne règle rien sur le fond, mais elle donne du temps. Ce temps doit servir à activer les dispositifs de relogement durable. La députée Elsa Faucillon (Hauts-de-Seine, 1re circonscription, Gauche démocrate et républicaine) a alerté en février 2019 sur la mise en concurrence des précarités au sein du 115, dénonçant des critères qui favorisaient les femmes enceintes, les familles avec enfants de moins de 3 ans et les femmes victimes de violence, au détriment d'autres ménages.

Sur le plan structurel, le plan quinquennal pour le Logement d'Abord prévoit la création de 40 000 places en intermédiation locative, particulièrement adaptées aux familles, de 10 000 places en pensions de famille et de 40 000 places en prêt locatif aidé d'intégration (PLAI). Vingt-quatre territoires ont été sélectionnés pour accélérer la mise en oeuvre de ce plan. Par ailleurs, 125 millions d'euros ont été mobilisés sur le quinquennat pour la stratégie nationale de prévention de la pauvreté, dont 20 millions en 2019 via le programme 177, avec des actions spécifiques pour les familles et enfants hébergés à l'hôtel. Si vous préparez un voyage en voiture avec vos proches pendant cette période de transition, anticiper l'ensemble de la logistique reste indispensable pour préserver la sérénité familiale.

L'auteur

H

Harry

Rédaction de Le JSD.

Partager cet article