Samedi 13 juin 2026

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Sibeth Ndiaye : nouvelle génération rose

H
Par Harry
6 min de lecture
Sibeth Ndiaye : nouvelle génération rose

Née le 13 décembre 1979 à Dakar, Sibeth Ndiaye porte un prénom qui signifie, en dialecte diola, "qui a gagné beaucoup de combats". Une étymologie qui, franchement, colle parfaitement à ce que sa trajectoire politique révèle. Issue d'une famille de la haute bourgeoisie sénégalaise, elle grandit dans le quartier du Plateau à Dakar, scolarisée à l'institution Sainte-Jeanne-d'Arc avant de rejoindre le lycée Montaigne à Paris. Son père, Fara Ndiaye (1935-1995), fut numéro deux du Parti démocratique sénégalais d'Abdoulaye Wade et conseiller d'Abdou Diouf. Sa mère, Mireille Ndiaye née Brenner (1939-2015), magistrate de haut rang, présida le Conseil constitutionnel sénégalais de 2002 à 2010. Deux figures tutélaires qui dessinent, dès l'origine, un rapport intense à la politique et au droit.

Des racines militantes à l'ascension macroniste

Sibeth Ndiaye adhère au Parti socialiste en 2002, en réaction directe à l'accession de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle. Ce n'est pas une entrée opportuniste : elle milite à l'UNEF (Union nationale des étudiants de France) de 1999 à 2006, comme référente de la tendance refondation syndicale, représentant la minorité strauss-kahnienne. Parallèlement, elle siège comme administratrice à La Mutuelle des étudiants de 2003 à 2008, tout en menant des études exigeantes, notamment en philosophie politique à l'université Paris-Diderot de 2004 à 2006, puis en décrochant un DESS d'économie publique, spécialité économie de la santé, en 2007.

Son réseau se structure tôt. Lors de la primaire PS de 2006, elle intègre l'équipe de campagne de Dominique Strauss-Kahn aux côtés d'Ismaël Emelien, Stanislas Guerini et Benjamin Griveaux, tous destinés à jouer un rôle majeur des années plus tard. En mars 2008, elle devient attachée de presse de Claude Bartolone, président du conseil général de la Seine-Saint-Denis. Cette expérience de terrain lui forge une vraie culture des médias et de la communication institutionnelle.

Le pivot décisif arrive après l'élection de François Hollande. Elle rejoint le cabinet d'Arnaud Montebourg à Bercy, puis reste en poste quand Emmanuel Macron lui succède en août 2014. C'est Alexis Kohler qui la convainc de rejoindre En marche, quelques jours après son lancement officiel, le 6 avril 2016. Elle avait acquis la nationalité française en juin 2016, tout en conservant la nationalité sénégalaise. Le grand public la découvre le 8 mai 2017, dans le documentaire de Yann L'Hénoret "Emmanuel Macron, les coulisses d'une victoire" diffusé sur TF1, où elle apparaît comme une pièce maîtresse du premier cercle présidentiel.

Étape cléDateFonction
Adhésion au PS2002Militante
Attachée de presse BartoloneMars 2008Communication institutionnelle
Intégration à En marcheAvril 2016Conseillère presse
Investiture Macron14 mai 2017Conseillère Élysée
Secrétaire d'État31 mars 2019Porte-parole du gouvernement

Porte-parole sous pression : polémiques et controverses

Le 31 mars 2019, Sibeth Ndiaye est nommée secrétaire d'État et porte-parole du gouvernement, remplaçant Benjamin Griveaux. Sa communication tranche avec les codes habituels du poste : Charles Jaigu, du Figaro, la décrit comme "la championne d'une langue de bois d'un nouveau genre, décontractée dans la forme, mais d'une verticalité toute macronienne sur le fond". L'Agence France-Presse note, pour sa part, "son langage cru, ses coups de gueule, son habitude du franglais".

Plusieurs épisodes lui valent des critiques sévères. Lors de la pandémie de Covid-19, elle affirme que le port du masque est inutile "si on n'est pas malade", avant de reconnaître un changement de position. Elle attribue ce revirement à une "évolution du consensus scientifique", mais le calendrier embarrasse. Elle avait aussi affirmé que l'Organisation mondiale de la santé n'avait recommandé les tests massifs qu'en avril, alors que l'institution l'avait fait un mois auparavant.

Plusieurs incidents ponctuent son rapport aux journalistes :

  • Des appels quotidiens aux médias lors de tout article jugé déplaisant, selon L'Express (juillet 2017)
  • Des injonctions directes au Salon de l'agriculture : "Vous devez obéir", "Si vous n'êtes pas contente, je vous sors du pool", relevées par Le Monde en février 2019
  • La déclaration publique d'"assumer parfaitement de mentir pour protéger le président"
  • L'affaire Benalla, où elle diffuse sur Twitter des vidéos obtenues illégalement, qualifiée de "fabrique de la fake news" par Albert Zennou dans Le Figaro

Son style vestimentaire déclenche aussi des réactions politiques. Nadine Morano et Jordan Bardella la critiquent lors des cérémonies du 14 juillet 2019. Morano va jusqu'à mentionner ses origines sénégalaises et sa nationalité obtenue en 2016 pour contester sa légitimité, des propos que Ndiaye dénonce comme racistes. Ibrahima Diawadoh N'Jim, ancien conseiller de Manuel Valls, confirme que la polémique "relève d'un racisme insidieux encore bien présent en France".

Après le gouvernement : vers une nouvelle influence

Son départ du gouvernement intervient le 6 juillet 2020, lors de la formation du gouvernement Castex. Elle ne tarde pas à rebondir : en septembre 2020, elle prend la tête du pôle idées de La République en marche. Puis, le 14 janvier 2021, le groupe Adecco l'annonce comme secrétaire générale d'Adecco France, chargée des affaires publiques, du juridique et de la communication. La Haute autorité pour la transparence de la vie publique encadre strictement ce poste, notamment en lui interdisant tout lobbying auprès des membres du gouvernement ayant exercé en même temps qu'elle, pendant trois ans.

En juillet 2021, elle intègre le bureau exécutif de LREM sur la liste conduite par Richard Ferrand, avant de prendre ses distances avec le mouvement et de créer sa propre société de conseil en stratégie, communication et influence. Ce virage entrepreneurial prolonge une logique cohérente : Sibeth Ndiaye a toujours fait de la communication un outil politique, pas simplement un service.

Un détail révèle la qualité du lien qui l'unit à Emmanuel Macron : au décès de sa mère, il lui offre "Journal de Deuil" de Roland Barthes, livre qu'elle garde comme livre de chevet pendant de longs mois. Cette proximité, née bien avant l'Élysée, explique peut-être mieux que tout autre élément la place singulière qu'elle a occupée dans la nouvelle génération rose du macronisme.

L'auteur

H

Harry

Rédaction de Le JSD.

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