Scientologie non désirée : infiltration et harcèlement
En moins de deux semaines, une personne infiltrée au sein du nouveau centre de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), inauguré en 2024 à 500 mètres à peine du Stade de France, s'est vu proposer 7 formations pour un coût total de 2 500 euros. Cet immeuble de 7 000 mètres carrés, acheté 33 millions d'euros grâce à des dons privés, résume à lui seul ce qu'est la Scientologie face à ceux qui n'en veulent pas : une organisation qui pousse ses contenus, ses tests et ses formations sans attendre votre accord.
Recrutement et contenus imposés : comment la Scientologie cible les personnes vulnérables
Tout commence par un questionnaire de personnalité distribué dans la rue, dans le métro ou proposé en ligne sous des appellations neutres, comme le test d'analyse de capacité d'Oxford. Ce formulaire de 200 questions ne mentionne quasiment pas la Scientologie. Selon l'expert psychiatre Patrick Barillot, "les questions sont tournées de manière à créer un malaise et à l'exploiter". Des formulations comme "Votre vie est-elle une lutte constante pour la survie ?" ou "Vos échecs passés vous préoccupent-ils toujours ?" ne visent pas à informer. Elles servent à identifier les candidats les plus fragiles, les plus isolés, ceux sur qui le discours commercial aura le plus d'effet.
Une fois les résultats analysés, la conclusion type ressemble à ceci : "tu es instable, déprimée, nerveuse." C'est la porte d'entrée. Le "commercial" de l'organisation adapte alors son argumentaire en fonction des failles détectées, et présente des cours, des formations et des matériels supposés résoudre les problèmes révélés par le test. Le tout, moyennant paiement immédiat.
Ce qui distingue ce recrutement d'une démarche commerciale ordinaire, c'est la persistance. Après la fin d'une infiltration au sein de l'Église, la personne concernée a été recontactée 16 fois par téléphone ou par messages pour l'inciter à poursuivre son intégration. Cette pression répétée constitue précisément ce qu'on appelle un contenu scientologique non désiré : des sollicitations que la personne n'a pas demandées et dont elle ne peut difficilement se défaire.
La stratégie cible aussi des événements de masse. L'olympiade parisienne en a été un exemple : des massages, des questionnaires de personnalité et des activités connexes proposés aux touristes et aux sportifs, sans mentionner explicitement l'organisation à l'origine de ces services. Selon des sources proches du dossier, il s'agit d'une opération village Potemkine, une façade séduisante dissimulant une logique de recrutement.
| Service ou produit | Coût |
|---|---|
| Heure d'audition | Jusqu'à 400 euros |
| Stage de purification | 1 464 euros |
| Électromètre (ohmmètre) | 3 800 euros |
| Collection complète des livres (2009) | 3 175 euros |
| 7 formations en moins de 2 semaines | 2 500 euros |
| Niveau OT8 (estimation 2005) | ~400 000 euros |
Les informations dissimulées : doctrine secrète et progression payante
L'organisation fondée par L. Ron Hubbard en décembre 1953 à Camden, New Jersey, structure son enseignement en niveaux progressifs, dont chacun implique un paiement. Cette architecture est précisément conçue pour que l'adepte ne découvre les contenus les plus controversés qu'après avoir investi financièrement et émotionnellement. C'est là l'essence même du contenu non désiré en Scientologie : des informations que l'organisation choisit de réserver à ceux qui ont payé suffisamment pour y accéder.
La doctrine des niveaux Operating Thetan III, conçue à la fin des années 1960, en est l'exemple le plus documenté. Elle inclut l'histoire de Xenu, mentionnée sous le nom d'"incident II", qui décrit des conflits extraterrestres ayant conduit à des destructions dans des volcans. Selon diverses sources, cette thèse serait enseignée exclusivement aux niveaux les plus élevés de la progression. Les premières descriptions de ces récits extraterrestres par Hubbard datent de 1958, dans l'ouvrage Avez-vous vécu avant cette vie ?.
L'organisation parallèle ne fait pas exception à cette logique d'opacité. Ainsi, l'association "Non à la drogue, Oui à la Vie" se présente comme une structure de prévention en matière de toxicomanie, ouvre droit à une réduction fiscale de 66 % dans la limite de 20 % du revenu imposable, mais est explicitement parrainée par l'Église de Scientologie. De même, la Commission des citoyens pour les droits de l'homme (CCDH) diffuse les positions de l'organisation sur la psychiatrie sans toujours afficher clairement son affiliation.
Voici les types de contenus que l'organisation diffuse sans que leurs destinataires en aient nécessairement fait la demande :
- Tests de personnalité distribués sans identification de l'organisation émettrice
- Sollicitations répétées après un premier contact (16 rappels documentés)
- Matériels promotionnels d'associations satellites sans mention de l'affiliation à l'Église
- Propositions de formations enchaînées à des tarifs croissants dès les premiers jours
- Doctrine interne réservée aux niveaux avancés, inconnue des nouveaux venus
Quitter l'organisation : un parcours semé d'obstacles
Pour un ancien adepte, rompre avec la Scientologie ne signifie pas simplement cesser d'assister à des séances. L'organisation applique une règle précise : quiconque quitte le mouvement ou s'y oppose publiquement est déclaré "personne suppressive", soit, selon ses propres termes, quelqu'un dont le but est de "détruire la civilisation". À partir de cette désignation, aucun scientologue ne peut maintenir de contact avec cette personne, ce qui entraîne des ruptures familiales, amicales et professionnelles parfois irrémédiables. L'Église, interrogée sur ce mécanisme, répond que cette mesure ne concerne que les "membres au comportement toxique".
Franchement, les témoignages d'anciens membres racontent une réalité bien différente. Le simple fait de quitter l'organisation suffit à déclencher cette procédure. La pression financière préalable aggrave encore la situation : des adeptes s'endettent sur des années pour financer leur progression dans les niveaux, comme le pointait déjà le rapport Vivien en France. L'enquête du mensuel Capital de mai 2009, menée par le journaliste Gilles Tanguy, a par ailleurs révélé que la rémunération des vendeurs internes dépend directement du chiffre d'affaires facturé aux adeptes, avec un système de statistiques hebdomadaires chaque jeudi.
Le cadre légal français n'a pas simplifié les choses. En 2010, les textes permettant de dissoudre des organisations pour "escroquerie en bande organisée" ont disparu du code civil, rendant toute dissolution quasi impossible malgré les condamnations prononcées. La Miviludes, institution chargée du suivi des dérives sectaires, a vu ses budgets réduits. L'Unadfi (Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu) a subi le même sort. Pour ceux qui cherchent à sortir de l'influence de cette organisation ou à s'en protéger, ces deux structures restent pourtant les interlocuteurs les plus accessibles et les mieux documentés sur le terrain.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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