Vendredi 12 juin 2026

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Rencontre journaliste Figaro : exclusive inédite

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Par Romain
5 min de lecture
Rencontre journaliste Figaro : exclusive inédite

Le 15 juin, les frontières franco-suisses rouvrent. Ce même jour, je demande mon premier numéro du Figaro, obtenu grâce à un abonnement gratuit de six mois négocié via une agence de spectacles. Deux jours plus tard, le 17 juin, je pousse la porte du bâtiment du journal. Ce que j'y découvre dépasse largement ma curiosité initiale pour la langue française.

Quand les chemins se croisent : ma rencontre inattendue avec le Figaro

Tout part d'un forum. C'est là que je croise un traducteur français-persan, qui me met en contact avec l'équipe d'animation du journal. S'ensuit un échange avec Jean-Bernard Litzler, journaliste spécialisé dans le secteur immobilier au Figaro. Ce journaliste fait partie, anecdote savoureuse, des premiers à rejoindre la rédaction à vélo. Au déconfinement de juin, les rues de Paris étaient quasi désertes, métro vide, chaussées libres. En octobre, les parcs à vélos débordaient.

Mon intérêt pour le Figaro remontait à ma passion pour la langue française, nourrie par Les Origimots de Claude Duneton et le livre de Jean Maillet, 100 anglicismes à ne plus jamais utiliser. Le Projet Voltaire, fondé par Pascal Hostachy pour développer des modules linguistiques en entreprise, m'avait aussi marquée. Jean-Loup Chiflet, ancien chroniqueur du journal, allait même devenir l'objet d'un spectacle-lecture que je préparais autour de deux de ses livres.

Franchement, je ne m'attendais pas à ce qu'une simple curiosité linguistique me conduise jusqu'aux bureaux d'un quotidien fondé en 1826. Le Figaro est le journal français le plus ancien encore en activité, devenu quotidien en 1866. Ses cofondateurs, Étienne Arago et Maurice Alhoy, lui ont donné le nom du personnage de Beaumarchais, permettant d'emblée une méthode satirique et libre. Hippolyte de Villemessant en a ensuite fait un titre de référence en instaurant des rubriques imitées partout, tandis que Pierre Brisson a dirigé une première époque de gloire mémorable.

Le journal a accueilli des plumes extraordinaires : Balzac, Baudelaire, Alexandre Dumas, les frères Goncourt, Émile Zola, Anatole France, Marcel Proust, François Mauriac, Jean Duhamel et Jean d'Ormesson. Une liste qui dit tout de l'ambition littéraire portée par ce titre depuis son origine. Le journal fut aussi l'un des premiers en France à envoyer ses propres journalistes sur le terrain, en France comme à l'étranger, pour des grands reportages signés.

Le nouveau siège du Figaro rue de Provence : architecture et vie de rédaction

Depuis 2024, la rédaction s'est installée aux numéros 23-25 de la rue de Provence, dans deux édifices construits en 1914 et 1930, reliés par une cour intérieure revalorisée. Avant cela, le journal avait occupé le 12-14 Rond-point des Champs-Élysées de 1922 à 1975, puis le 37 rue du Louvre de 1975 à 2005, après un passage rue Drouot en 1874. L'ancien siège du boulevard Haussmann, propriété achetée par Serge Dassault en 2004, s'étendait sur 20 000 m² répartis sur plusieurs étages.

Voici ce qui frappe à l'entrée du nouveau bâtiment :

  • Des sigles en bronze à l'entrée, F avec plume croisée, datant des origines du journal
  • Un plafond en acier inoxydable martelé et poli, créant des effets de miroir inattendus
  • Des open spaces accueillant 8 à 10 employés par bureau
  • De petites salles de réunion équipées d'écrans pour les téléconférences
  • Trois locaux entièrement aménagés pour les vélos
  • Au cinquième étage, une vue dégagée sur le Sacré-Cœur

L'ancien bâtiment possédait un restaurant et des espaces de convivialité que le nouveau n'a pas reproduits à l'identique. La cour intérieure compense en partie cette perte, offrant un lieu de respiration entre les deux édifices.

Adresse Période d'occupation
26 rue Drouot 1874
12-14 Rond-point des Champs-Élysées 1922-1975
37 rue du Louvre 1975-2005
Boulevard Haussmann 2005-2024
Rue de Provence, 23-25 Depuis 2024

La statue de Figaro et les fils invisibles qui relient tout

Dans la cour du nouveau siège se trouve une statue de Figaro, sans accès public. Elle a une histoire étonnante. En mai 1873, Étienne Arago lance un concours pour une statue du personnage éponyme : 52 projets sont soumis. Le projet retenu est celui des sculpteurs Émile Boisseau et Jean Barnabé Amy. La statue est exposée dans le premier bâtiment conçu par l'architecte Aimé Sauffroy, de style Renaissance espagnole.

Des années plus tard, une collectionneuse me contacte pour obtenir des photos de la statue originale. Elle possède une copie conforme endommagée, dont le socle mesure exactement 65,9 cm sur 80 cm. La restauration aboutit en 2023. Ce détail, presque anecdotique, illustre parfaitement la manière dont les passions particulières créent des connexions imprévues.

Ces croisements inattendus traversent toute cette aventure. Auguste Bodin, qui signait ses dessins humoristiques dans le Figaro sous le pseudonyme Carand'Ache, a donné son nom à une entreprise de fournitures en 1924. David Brunat a publié dans le journal un article sur le footballeur Justo Fontaine. L'ArcInfo de Neuchâtel reprend régulièrement des articles du Figaro dans sa rubrique Monde. Même Serge Dassault, propriétaire du journal, m'était familier : je l'avais croisé à Genève au Bureau international du Travail.

Mon ami André Oppel, disparu depuis, avait donné à la télévision suisse romande une définition de la culture que je n'ai jamais oubliée. Cette visite du Figaro, née d'un forum et d'une traduction, ressemble précisément à cela : la culture comme accumulation de rencontres imprévisibles qui finissent par former un tout cohérent. Passez par la rue arrière du bâtiment en partant : des plaques commémorent les fondateurs et inventeurs du quartier, dont la Caisse d'épargne. Le détour en vaut la peine.

L'auteur

R

Romain

Rédaction de Le JSD.

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