Quinzaine solidaire antiraciste : mars
Le 21 mars 1960, la police sud-africaine ouvrait le feu sur une manifestation pacifique à Sharpeville, tuant 69 personnes qui protestaient contre les lois de ségrégation raciale. Cette date est devenue, par décision de l'ONU en 1966, la journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale. C'est autour d'elle que Saint-Denis construit chaque année sa quinzaine antiraciste et solidaire. En 2024, la ville accueille la 54ème édition de cet événement, du 13 mars au 4 avril.
Pourquoi la quinzaine solidaire antiraciste de mars compte vraiment
Saint-Denis n'est pas une ville ordinaire. Plus de cent nationalités y cohabitent, dans une diversité qui fait la richesse du territoire autant qu'elle révèle ses tensions. Une part significative de la population vit dans des conditions précaires : chômage, difficultés d'accès au logement social, services publics sous pression. C'est dans ce contexte concret, pas dans une salle de conférence abstraite, que la quinzaine prend tout son sens.
Le racisme et la xénophobie ne s'arrêtent pas aux frontières de la Seine-Saint-Denis. Des millions d'êtres humains subissent des persécutions pour motifs ethniques ou religieux en Chine, en Inde et en Birmanie. Les communautés amérindiennes d'Amérique du Sud se font spolier leurs terres depuis le 15ème siècle. En Europe, des milliers de personnes meurent en Méditerranée ou dans la Manche. La dernière loi immigration française aggrave les conditions de séjour des étrangers, institutionnalisant une logique de préférence nationale que le collectif Quinzaine refuse catégoriquement.
La quinzaine ne se contente pas de dénoncer. Elle présente des rencontres directes entre habitants, associations, migrants, bénévoles. Le collectif organisateur exprime clairement son espoir : voir des Dionysiens, et notamment des jeunes, venir tisser des liens de solidarité et agir dans la cité.
Le programme : des rendez-vous forts du 13 mars au 4 avril
L'ouverture le 13 mars donne le ton : vernissage d'une exposition sur Alban Liechti, premier soldat du refus consacrée à la Guerre d'Algérie, fresque participative du graffeur Legend, chorales d'élèves et fanfare bretonne. Le lendemain, le 14 mars de 16h00 à 21h30, l'événement L'exil au féminin, au-delà des représentations réunit des témoignages de femmes ayant vécu la migration, avec la présence de Lola Chevallier et Malo du Secours Catholique de Calais.
Le 18 mars à 20h, la compagnie Silence Elles Parlent présente Gibraltar, spectacle mêlant théâtre, musique et danse autour de l'histoire vraie de Salif, jeune Burkinabé qui tente la traversée vers l'Europe. Le 19 mars, un ciné-débat consacré à Rachid Taha, musicien enfant de l'immigration, examine la résistance culturelle contre l'extrême droite, en présence de militants de la LDH et du MRAP. L'entrée est à 5 euros (4 euros en tarif réduit).
| Date | Événement | Lieu |
|---|---|---|
| 13 mars | Ouverture et exposition Alban Liechti | Mouvement de la Paix |
| 18 mars, 20h | Spectacle Gibraltar | Salle partenaire |
| 19 mars, 20h | Ciné-débat Rachid Taha | Cinéma L'Écran |
| 21 mars | Journée internationale, marche festive | Basilique de Saint-Denis |
| 28 mars | Palestinien.ne.s : art et résistance | À définir |
| 4 avril | Rassemblement et One Love Party | Mairie de Saint-Denis |
Le 21 mars reste le point culminant. Dès 11h00, des prises de parole s'organisent au parvis de la Basilique de Saint-Denis. À 15h30, une déambulation festive et pacifique relie la Basilique au jardin Haguette. La compagnie La Pépite y présente son Cabaret d'ici contre le racisme, suivi de la chorale engagée Voix Plurielles et d'une fresque collective du graffeur Legend. Le 24 mars, des ateliers au collège Henri Barbusse aident des élèves de 5ème à distinguer racisme, discrimination et préjugés, pendant que le collège Lucie Aubrac restitue le travail de Marie Souloumiac mêlant théâtre et podcasts.
Le 29 mars, l'association APCV fête ses 35 ans avec courts métrages, poésie et calligraphie, dont un hommage à Stéphane Hessel. Le 4 avril, rassemblement devant la mairie de Saint-Denis pour soutenir le maire Bally Bagayoko, victime d'insultes racistes, suivi de tables rondes sur les travailleurs immigrés des foyers et d'une One Love Party animée par DJ Samos de 20h à minuit.
La Marche des Solidarités : construire une coordination nationale
Au-delà des événements locaux, la quinzaine s'inscrit dans une dynamique plus large. La Marche des Solidarités tient une plateforme nationale les 6 et 7 juin, à la Bourse du Travail de Paris puis de Saint-Denis. Le 6 juin, une plénière matinale examine les enseignements des mobilisations antiracistes et antifascistes récentes, des manifestations du 18 décembre jusqu'à celles de Minneapolis et Londres. L'après-midi, des ateliers portent sur des questions très concrètes :
- Stratégie pour obtenir des régularisations de sans-papiers
- Soutien aux mineur.e.s isolé.e.s en lutte pour le logement et l'école
- Organisation de quartier contre les rafles policières
- Riposte contre les attaques islamophobes
- Campagne contre le Règlement européen « Retour »
La Marche des Solidarités défend la régularisation de tous les sans-papiers, la liberté de circulation, l'accès sans condition à l'éducation, au logement et à la santé, ainsi que la fermeture des centres de rétention. Sa particularité : les collectifs de sans-papiers et mineur.e.s isolé.e.s en lutte tranchent en cas de divergences non résolues par consensus. En région parisienne, des réunions hebdomadaires ouvertes à tous se tiennent chaque lundi à 19h00 à la Bourse du Travail.
Pendant toute la quinzaine, la librairie La P'tite Denyse expose en vitrine des ouvrages liés aux thèmes abordés. Pour qui veut s'engager concrètement, c'est une porte d'entrée simple et accessible.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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