Vendredi 12 juin 2026

Famille

Policiers déchaînés contre mon fils : recours possibles

H
Par Harry
6 min de lecture
Policiers déchaînés contre mon fils : recours possibles

Votre fils rentre en larmes. Il vient d'être fouillé devant son collège, palpé, interpellé avec des mots qui blessent. Vous ne savez pas quoi faire, ni vers qui vous tourner. Ce guide est là pour ça.

Contrôles policiers sur les mineurs : une réalité documentée et chiffrée

Le rapport de Human Rights Watch, fondé sur 91 entretiens conduits entre 2019 et 2020 dans quatre villes françaises (Paris, Lille, Strasbourg et Grenoble), dont 48 enfants, le dit clairement : les jeunes garçons perçus comme Noirs ou Arabes subissent des contrôles d'identité à une fréquence radicalement disproportionnée. Une étude pionnière de l'Open Society Justice Initiative et du CNRS, menée entre 2007 et 2008, avait déjà conclu que les chances d'être contrôlé sont six fois plus élevées pour les Noirs et près de huit fois plus pour les Arabes comparées aux Blancs. En 2016, le Défenseur des droits estimait ce chiffre à 20 fois pour un jeune homme perçu comme Noir ou Arabe.

Ces contrôles commencent tôt. Marius, 14 ans, estime avoir été arrêté une trentaine de fois depuis ses 13 ans. Fadil, 12 ans, en a subi cinq ou six. Ali, 13 ans, en compte déjà quatre. Valoua, 23 ans lors de son entretien en avril 2019, avait été contrôlée pour la première fois à 10 ans à Bobigny. Un enfant de 10 ans a rapporté des palpations incluant les parties génitales. Koffi, 12 ans, et toute sa classe ont été fouillés lors d'une sortie scolaire au Louvre en novembre ou décembre 2018. Ces témoignages ne sont pas des cas isolés.

Annick Bousba décrit son fils de 14 ans rentrant en pleurant après avoir été fouillé devant son collège comme s'il était un voyou. Hasnia Djerbi, mère, dit avoir changé radicalement de perception sur la police. Des recherches américaines établissent un lien direct entre les contrôles intrusifs subis jeune (palpations, insultes, menaces) et le stress post-traumatique ainsi que la stigmatisation sociale. Ces contrôles ne sont pas sans conséquences : ils abîment durablement la confiance des enfants envers les institutions.

EnfantÂgeNombre de contrôles
Marius14 ans~30 depuis 13 ans
Fadil12 ans5 ou 6
Ali13 ans4
Koffi12 ansContrôle collectif au Louvre

Ce que la loi interdit réellement lors d'un contrôle de votre enfant

L'article 78-2 du Code de procédure pénale autorise les policiers à contrôler toute personne sans justification objective. C'est là que le bât blesse. Ce cadre légal très permissif ne les autorise pas pour autant à tout faire. Le Code de déontologie de la police et de la gendarmerie, en vigueur depuis 2012, est clair sur plusieurs points :

  • La palpation de sécurité n'est pas systématique : elle est réservée aux cas nécessaires pour garantir la sécurité.
  • Elle doit vérifier que la personne n'est pas porteuse d'un objet dangereux, pas servir à chercher des stupéfiants.
  • Elle doit se pratiquer à l'abri du regard du public autant que possible.
  • Les policiers doivent vouvoyer les personnes contrôlées, obligation rappelée aussi par le Code de la sécurité intérieure de 2014.
  • Chaque agent doit porter visiblement une plaque d'identification à 7 chiffres.
  • Il n'existe aucun fondement légal pour consulter un téléphone portable lors d'un contrôle, comme l'a confirmé un policier interrogé anonymement par HRW.

Un contrôle fondé sur l'apparence ethnique est explicitement proscrit par ce même code. En avril 2019, le Défenseur des droits avait dénoncé des ordres discriminatoires dans un commissariat parisien entre 2012 et 2018, enjoignant de procéder à des contrôles sur des bandes de Noirs et Nord-Africains dans un secteur défini. En 2018, la Cour de cassation a reconnu que trois jeunes hommes avaient subi des contrôles discriminatoires constituant une faute lourde engageant la responsabilité de l'État.

Pendant le confinement de mars 2020, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a reconnu 220 000 contrôles en Seine-Saint-Denis, avec un taux de verbalisation de 17 %, presque trois fois la moyenne nationale. À titre de comparaison, une étude sur l'Hérault et le Val-d'Oise en 2014 montrait que seulement 4,15 % et 3,88 % des contrôles aboutissaient à une arrestation. Au Royaume-Uni en 2017, ce taux atteignait 17 % pour des contrôles basés sur un soupçon raisonnable et individualisé.

Recours concrets si votre enfant a subi un contrôle abusif ou des violences policières

Votre premier réflexe doit être de documenter l'incident immédiatement : noter l'heure, le lieu, la description des agents, noter le numéro de plaque visible sur leur uniforme. Si votre enfant a été blessé physiquement ou psychologiquement, une consultation médicale produit un certificat qui devient une pièce essentielle.

Plusieurs voies de recours existent, à utiliser selon la situation :

  1. Déposer une plainte au commissariat ou à la gendarmerie, ou directement auprès du procureur de la République par courrier recommandé.
  2. Saisir le Défenseur des droits, institution indépendante habilitée à instruire les réclamations contre les forces de l'ordre. La saisine est gratuite et accessible en ligne.
  3. Contacter un avocat spécialisé en droit pénal ou en droit des victimes. Des associations offrent une aide juridictionnelle.
  4. Solliciter la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) ou des structures locales de médiation comme l'association Nuage à Saint-Denis, fondée par Bakary Soukouna, éducateur de rue.

En décembre 2015, un groupe de 18 jeunes du 12e arrondissement de Paris a déposé une plainte collective décrivant 44 incidents contre 11 agents. En avril 2018, trois policiers ont été condamnés à cinq mois de prison avec sursis. C'est peu, mais c'est une victoire judiciaire réelle. La plainte collective renforce la crédibilité des témoignages et rend le dossier plus difficile à ignorer.

En janvier 2026, la Cour de cassation a infirmé la relaxe d'un policier de 48 ans condamné en première instance pour violences sur ses deux fils. L'un d'eux, alors âgé de 13 ans, avait déclaré : «il m'a détruit de l'intérieur». La Cour a rappelé qu'il n'existe aucun droit de correction parental en France, notamment depuis la loi de 2019, et que les violences sur un mineur par un ascendant constituent une circonstance aggravante. L'avocat Patrice Spinosi l'a dit sans ambiguïté : tout acte de violence sur un enfant est constitutif d'une infraction, point final. L'avocate Céline Astolfe, de la Fondation pour l'enfance, qualifie toute dérogation à cette règle de moyenâgeuse. Une décision à connaître, à citer, à utiliser si besoin.

L'auteur

H

Harry

Rédaction de Le JSD.

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