On demande pas la lune : le clip officiel
Le 21 juillet 1969 à 3h56 du matin (heure française), Neil Armstrong prononce la phrase qui restera gravée dans l'histoire : "Un petit pas pour l'Homme, un bond de géant pour l'Humanité." Ce moment fracasse les limites du possible et transforme une aspiration millénaire en réalité télévisée. Demander la Lune, expression idiomatique pour désigner l'impossible, ne signifie plus tout à fait la même chose après cette nuit-là. C'est précisément dans ce terreau culturel que naît, des décennies plus tard, la chanson "On demande pas la lune" des Enfoirés.
La Lune dans les arts : une obsession qui traverse les siècles
Bien avant qu'Armstrong pose le pied sur le sol lunaire, la Lune nourrissait l'imaginaire des artistes. Georges Méliès réalise en 1902 "Le Voyage dans la Lune", film culte dont l'image d'une fusée plantée dans l'œil d'un astre souriant reste instantanément reconnaissable. Plus d'un siècle après, cette séquence de quelques minutes continue d'apparaître dans les cours d'histoire du cinéma du monde entier.
Jules Verne avait anticipé le sujet dès 1865 avec "De la Terre à la Lune". Son roman inspire directement Jacques Offenbach qui compose en 1875 un opéra-féerie du même nom. Jérôme Savary en monte une version intégrale à Genève en 1986, preuve que cette oeuvre garde une vitalité scénique bien réelle.
Hergé, lui, choisit la bande dessinée pour raconter l'aventure lunaire. Il publie Objectif Lune en 1953, puis On a marché sur la Lune en 1954, soit le 17e album de la série Tintin. Avec une précision technique remarquable pour l'époque, Hergé devance la réalité de quinze ans.
La musique classique n'est pas en reste. Voici quelques oeuvres majeures inspirées par l'astre nocturne :
- Rusalka de Dvořák (1900) : contient le célèbre "Chant à la Lune", interprété par Renée Fleming dans le rôle-titre
- Le Pierrot Lunaire d'Arnold Schönberg : dirigé par Pierre Boulez avec l'Ensemble InterContemporain et la soprano Anja Silja
- Le Monde de la lune de Joseph Haydn et Carlo Goldoni, créé en 1777
- Man on the Moon de Jonathan Dove (2006), commandé par Channel 4 sur un livret de Nicholas Wright
- Les Contes de la Lune vague après la pluie de Xavier Dayer, sur un livret d'Alain Perroux inspiré du film de Kenji Mizoguchi (1953)
- La Lune de Carl Orff, prochainement représenté à Lyon
Du contexte historique au clip : "On demande pas la lune" décryptée
La chanson "On demande pas la lune" est composée et interprétée par Mickaël Furnon en 2010, puis présentée lors du spectacle "Dans l'oeil des Enfoirés 2011", édité chez Moumkine Music/LAED. Six chanteurs principaux la portent : Lorie Pester, Maurane, Maxime Le Forestier, Michèle Laroque, Mimie Mathy et Patricia Kaas.
Autour d'eux, pas moins de 30 artistes participent en choeur ou en figuration. Le tableau ci-dessous récapitule la distribution complète du clip officiel :
| Rôle | Artistes |
|---|---|
| Chanteurs principaux (6) | Lorie Pester, Maurane, Maxime Le Forestier, Michèle Laroque, Mimie Mathy, Patricia Kaas |
| Choeur et figuration (30) | Alizée, Amel Bent, Christophe Maé, Christophe Willem, Claire Keim, Grégoire, Gérard Jugnot, Hélène Ségara, Jean-Baptiste Maunier, Jean-Jacques Goldman, Jean-Louis Aubert, Jenifer, Kad Merad, Liane Foly, Lââm, MC Solaar, Michael Jones, Natasha St-Pier, Nolwenn Leroy, Pascal Obispo, Patrick Bruel, Patrick Fiori, Renan Luce, Serge Lama, Thomas Dutronc, Tina Arena, Yannick Noah, Zaz, Zazie, Karis'Matyk |
Le titre joue sur l'expression populaire "demander la lune", c'est-à-dire formuler une requête excessive, irréaliste. Ironiquement, c'est exactement ce que l'humanité a réussi à faire le 20 juillet 1969, quand Neil Armstrong et Buzz Aldrin posent le pied sur la surface lunaire. Douze hommes au total marcheront sur la Lune grâce aux missions Apollo.
La conquête spatiale comme prisme pour comprendre la référence culturelle
Impossible de comprendre pourquoi l'expression "demander la lune" résonne si fort sans revenir sur l'enjeu géopolitique de la conquête spatiale. John F. Kennedy lance officiellement le programme Apollo le 25 mai 1961, puis enfonce le clou lors de son discours "We choose to go to the moon" du 12 septembre 1962. Un objectif public, un délai précis : poser un homme sur la Lune avant la fin des années 1960.
Face aux États-Unis, l'URSS n'est pas inactive. Le programme soviétique Luna accumule les premiers : Luna 3 photographie la face cachée de la Lune dès 1959 ; Luna 9 se pose sur la surface et renvoie des clichés en 1966. La course est serrée, et la retransmission télévisée du premier alunissage devient elle-même un enjeu de puissance.
Le 24 décembre 1968, l'équipage d'Apollo 8 (Frank Borman, Jim Lovell, William Anders) observe directement la face cachée de la Lune. Stanley Kubrick sort "2001, Odyssée de l'espace" en 1968, préparant le grand public à des images de l'espace inédites. Les journalistes Jacques Sallebert et Raymond Girard traduisent et commentent le direct historique pour la France. William Karel interroge cette mise en scène dans son "faux documentaire" Opération Lune (2002), où cinéastes et hommes politiques laissent planer un doute savamment entretenu sur l'authenticité des images.
Franchement, la force du clip des Enfoirés tient précisément là : dans un titre populaire qui porte toute une histoire collective, celle d'une humanité qui a osé viser l'impossible et qui, pour une fois, l'a atteint. Utiliser cette chanson comme support pédagogique ouvre des pistes vers l'histoire des médias, la géopolitique de la guerre froide et l'histoire des arts, trois disciplines que ce seul titre fédère avec une efficacité rare.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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