Vendredi 12 juin 2026

Actualité

Notre Saint-Denis : actualités municipales

H
Par Harry
5 min de lecture
Notre Saint-Denis : actualités municipales

En mai 2018, Mathieu Hanotin lance publiquement la démarche "Notre Saint-Denis", une initiative citoyenne pensée bien en amont des municipales de 2020. Ce n'est pas un coup de communication. C'est le début d'une reconquête méthodique d'une ville tenue par le Parti communiste français pendant plus de soixante-dix ans sans interruption.

Qui est Mathieu Hanotin, maire de Saint-Denis ?

Né le 22 août 1978 à Compiègne, Mathieu Hanotin suit des études de droit et d'histoire, d'abord à l'université de Strasbourg, puis à l'université Paris-1 Panthéon-Sorbonne. Son engagement politique démarre tôt : il adhère à l'UNEF, syndicat étudiant, avant de rejoindre le Parti socialiste dès 1996. Sa carrière professionnelle le conduit à la mairie de Paris, aux côtés de Pascal Cherki, maire-adjoint chargé des sports. Il s'installe en Seine-Saint-Denis vers 2005, et c'est là que tout bascule.

En mars 2008, il remporte le canton de Saint-Denis-Sud avec 32,81 % au premier tour et 99,84 % au second tour, mettant fin au mandat jugé imprenable du communiste Ronan Kerrest. Claude Bartolone, nouveau président du conseil général, lui confie la vice-présidence chargée de l'éducation, de la citoyenneté et de la lutte contre les discriminations. Sous son impulsion, le département vote en 2010 un plan extraordinaire de 703 millions d'euros pour construire ou reconstruire 21 collèges, dont 380 millions en maîtrise d'ouvrage directe et 323 millions en contrat de partenariat. Des chiffres qui donnent la mesure de l'ambition affichée.

Aux législatives de juin 2012, il est élu député de la 2e circonscription de Seine-Saint-Denis avec 36,51 % au premier tour et 53,50 % au second, devançant le député sortant du Front de Gauche Patrick Braouezec dans un contexte tendu. Son mandat parlementaire de 2012 à 2017 au sein de la Commission des Affaires culturelles et de l'Éducation lui permet d'agir concrètement : amendements sur le logement insalubre dans la loi ALUR de Cécile Duflot, soutien à la Maison des femmes de l'hôpital Delafontaine ouverte en 2016, ou encore adoption en janvier 2016 d'un amendement garantissant le droit au maintien de la connexion internet pour les ménages en difficulté, dont l'expérimentation démarre dans deux départements dès janvier 2017.

La conquête de la mairie dionysienne : du projet "Notre Saint-Denis" à la victoire de 2020

Sa première tentative pour la mairie remonte à 2014. Il obtient 34,3 % au premier tour face au maire communiste sortant Didier Paillard, qui totalise 40,2 %. Au second tour, il échoue à 49,50 %. Un résultat frustrant, mais instructif. Il en tire les leçons.

La démarche "Notre Saint-Denis", lancée en mai 2018, adopte une logique différente : consulter les habitants, construire un programme collectivement, ancrer la candidature dans le quotidien des Dionysiens. Cette approche porte ses fruits. Le 15 mars 2020, il arrive en tête du premier tour avec 35,3 %, laissant le maire sortant Laurent Russier loin derrière avec 24 %. Le 28 juin 2020, il remporte le second tour avec 59 % des suffrages et est élu maire le 4 juillet 2020, devenant ainsi le premier maire socialiste de Saint-Denis après plus de soixante-dix ans de domination communiste.

Voici les principales orientations qu'il engage dès l'automne 2020 :

  1. Renforcement et armement de la police municipale, avec création d'un centre de supervision urbaine
  2. Déploiement d'un réseau de 450 caméras de vidéoprotection pour un coût de 6,7 millions d'euros
  3. Lutte contre l'habitat indigne via le renforcement des inspecteurs d'hygiène
  4. Adhésion au SEDIF en septembre 2020 pour défendre une régie publique de l'eau

Il est aussi élu président de l'établissement public territorial Plaine Commune, poste auquel il est réélu le 15 janvier 2025. Le 1er janvier 2025, Saint-Denis et Pierrefitte-sur-Seine fusionnent en une commune nouvelle baptisée Saint-Denis, dont il devient maire le 4 janvier 2025.

Résultats électoraux et décorations : ce que les chiffres révèlent

Le parcours électoral de Mathieu Hanotin mérite qu'on y regarde de près. Les données suivantes résument ses principaux scrutins :

ÉlectionTourScore obtenu
Cantonales 2008 (Saint-Denis-Sud)1er / 2e32,81 % / 99,84 %
Législatives 20121er / 2e36,51 % / 53,50 %
Départementales 2015 (avec Nadège Grosbois)1er / 2e32,69 % / 100,00 %
Municipales 20201er / 2e35,3 % / 59 %
Municipales 20261er32,49 %

En mars 2026, sa liste recueille 32,49 % des voix, mais la liste de La France Insoumise menée par Bally Bagayoko, soutenue par le Parti communiste français, l'emporte dès le premier tour avec 50,77 % des suffrages. Une défaite nette, qui referme un cycle. Côté distinctions, il reçoit la Chevalier de l'ordre national du Mérite le 26 mai 2021, puis est nommé Chevalier de la Légion d'honneur le 29 janvier 2025. Il est également l'auteur de "Et si la banlieue : Saint-Denis demain", publié en 2013 aux éditions L'Aube.

Ce que la défaite de 2026 dit de Saint-Denis et de sa politique municipale

La débâcle de mars 2026 ne tombe pas du ciel. Franchement, plusieurs signaux s'étaient accumulés. La mise en place en 2024 d'un système de vidéosurveillance algorithmique utilisant l'intelligence artificielle, annoncé sans consultation préalable des habitants ni délibération publique, avait suscité des tensions réelles. La réforme des conditions de travail des agents municipaux, contestée par la majorité des syndicats, avait provoqué un conflit social de plusieurs semaines. Et la gestion politique interne n'était pas irréprochable : en novembre 2017 déjà, il avait dû démissionner de la présidence du groupe socialiste au conseil départemental, après une motion votée en octobre suite à des tensions sur les sénatoriales.

La victoire de Bally Bagayoko traduit un retour de la gauche radicale dans un territoire historiquement acquis au mouvement ouvrier. Pour les observateurs de la vie municipale dionysienne, la leçon est claire : gouverner Saint-Denis exige un ancrage permanent dans les préoccupations concrètes des habitants, pas seulement une image réformatrice.

L'auteur

H

Harry

Rédaction de Le JSD.

Partager cet article