Meeting Bally Bagayoko : discours et mobilisation
Le 4 avril 2026, 20 000 personnes convergent vers Saint-Denis pour un meeting géant contre le racisme et la négrophobie. Ce chiffre dit tout de l'élan qui porte Bally Bagayoko depuis son élection à la mairie de cette ville, deuxième immense commune de la région parisienne.
Bally Bagayoko, nouveau maire de Saint-Denis : une victoire historique
Bally Bagayoko, candidat de la France Insoumise, remporte les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 à Saint-Denis à la tête d'une liste commune réunissant la France Insoumise, le Parti Communiste Français et Seine-Saint-Denis au Cœur. Cette coalition, construite sur la conviction de placer l'intérêt général avant les logiques de partis, bénéficie du soutien des députés Eric Coquerel et Stéphane Peu. Pierrefitte vit une dynamique similaire.
Cette victoire s'inscrit dans un contexte plus large : les élections de mars 2026 voient des maires racisés s'imposer massivement dans plusieurs villes françaises. Pour beaucoup d'habitants de Seine-Saint-Denis, c'est une rupture symbolique forte. Saint-Denis n'est pas une petite commune périphérique : c'est un territoire de 113 000 habitants, avec ses urgences propres en matière de logement, d'éducation et de démocratie locale.
Le projet porté par Bagayoko repose sur des axes clairs :
- Redonner du pouvoir aux habitantes et aux habitants
- Offrir des perspectives concrètes à la jeunesse
- Répondre aux urgences en matière de logement et d'éducation
- Développer une écologie populaire ancrée dans les réalités du terrain
Le slogan choisi, UN ÉGALE UN, résume une ambition politique directe : substituer aux idées suprémacistes et racistes une France métissée, cosmopolite, fondée sur le partage. Pas de la rhétorique creuse, mais un programme assumé.
Le meeting du 4 avril 2026 : mobilisation et tensions autour du rassemblement
C'est Amadou Bal Baa qui organise ce rassemblement massif. Vingt mille personnes dans les rues de Saint-Denis, c'est un signal politique difficile à ignorer. La réunion se tient dans une atmosphère chargée, notamment parce que la ligne de métro 13, qui dessert directement la mairie de Saint-Denis, est fermée le jour du meeting. Beaucoup y voient une tentative délibérée de freiner l'affluence. Qu'on partage ou non cette lecture, la fermeture fait parler.
Autre absence remarquée : celle de Rima Hassan, députée européenne de LFI, qui se trouve présumément au commissariat de police au moment du rassemblement. Le contexte politique se lit aussi dans ces détails.
Voici un aperçu comparatif des deux meetings organisés autour de cette dynamique :
| Meeting | Date | Lieu | Affluence / Format |
|---|---|---|---|
| Grand rassemblement | 4 avril 2026 | Saint-Denis (place publique) | 20 000 personnes |
| Meeting de mobilisation | 17 décembre, 19h | Amphithéâtre Marcel Paul, Bourse du travail, Saint-Denis | Format salle, invitation ouverte |
Le meeting du 17 décembre à l'Amphithéâtre Marcel Paul, Bourse du travail, rue Génin à Saint-Denis, vise à amplifier cette démarche commune. Il s'agit de modifier l'élan électoral en force durable, bien au-delà d'une victoire municipale.
Les références intellectuelles convoquées lors de ces rassemblements donnent le ton. Edgar Morin est cité pour sa vision d'une société humaniste et multiculturelle. Nelson Mandela fournit sa formule : "Cela semble toujours impossible, jusqu'à ce qu'on le fasse." Antoine de Saint-Exupéry rappelle qu'"une démocratie doit être une fraternité. Sinon, c'est une imposture." L'expression ouolof Ci Kanaam, soit "en avant", clôt souvent les prises de parole.
Représentation culturelle et enjeux politiques pour 2027
Le discours porté lors du meeting Bally Bagayoko ne s'arrête pas aux portes de Saint-Denis. Il interpelle directement les institutions françaises. La Fondation de l'esclavage, les musées de l'immigration, l'Institut du monde arabe créé en 1987 sans réelle participation des Arabes, la Maison d'Afrique Mansa à Paris 10e : autant de structures perçues comme perpétuant un paternalisme colonial.
Franchement, la critique est sévère mais documentée. Charles Mills et son ouvrage Le contrat racial fournissent le cadre théorique. Jean-Paul Sartre est convoqué sur la notion de privilège de l'homme blanc. La chanson Strange Fruit de Billie Holiday contre le lynchage sert de rappel historique douloureux.
Face à ces institutions jugées insuffisantes, les propositions sont concrètes : émergence d'études africaines dans toutes les universités françaises, création d'une grande maison de l'Afrique et de ses diasporas, soutien à une classe d'entrepreneurs racisés. Saliou Diallo, président du Mouvement Équité, milite depuis longtemps en ce sens.
Côté culture, le Salon du livre africain organisé par Jean-Pierre Lecocq, maire républicain du 6e arrondissement, atteint sa 5e édition en 2026 avec un succès populaire indéniable. La ville de Paris, elle, refuse toujours de soutenir un grand salon du livre africain ou une maison d'Afrique. Ce contraste illustre les résistances institutionnelles que ce mouvement entend bousculer.
L'appel est direct : désinscription massive des chaînes d'information d'extrême droite, dont CNews est explicitement citée. Et surtout, mobilisation électorale en vue des présidentielles de 2027, où les racisés, selon les organisateurs, seront au centre du jeu politique. Plusieurs villes restent gagnables. Le combat continue.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
Partager cet article