Samedi 13 juin 2026

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Max Diakok danse : stage de gwoka monde

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Par Cécile
5 min de lecture
Max Diakok danse : stage de gwoka monde

Né le 16 septembre 1959 à Pointe-à-Pitre, Max Diakok est l'une des figures les plus singulières de la danse contemporaine caribéenne. Danseur, chorégraphe et pédagogue, il a construit une œuvre profondément ancrée dans le gwoka guadeloupéen tout en projetant cette danse sur les scènes du monde entier. Son parcours illustre comment une pratique issue de l'esclavage peut devenir un langage universel.

Le gwoka, une danse-mémoire au cœur du parcours de Max Diakok

C'est en 1978 que Max Diakok découvre le gwoka, lors de soirées léwòz dans les zones rurales de Guadeloupe, notamment à Sainte-Rose, Baie Mahault et Le Lamentin. Des maîtres-ka le guident par immersion, loin des studios aseptisés. Cette initiation façonne sa conception de la danse comme transmission vivante plutôt que comme technique figée.

Le gwoka mérite qu'on s'y attarde. Apparu au début du 20e siècle, ce mot désigne à la fois une musique et une danse issues du syncrétisme des cultures africaines pendant l'esclavage. Dans sa forme traditionnelle, les Boulas assurent la rythmique continue tandis que le Makè, tambour soliste plus aigu, dialogue directement avec le danseur et le chanteur. Ce dialogue entre corps et percussions n'est pas décoratif : il structure toute la dramaturgie du gwoka.

Dès 1980, Max Diakok s'exprime dans les rondes, puis à partir de 1987, il collabore avec des groupes de gwoka récent en dansant en solo. Ce glissement vers la scène contemporaine ne trahit pas la tradition : il l'amplifie. Franchement, c'est là que réside toute l'intelligence de sa démarche, dans ce refus de choisir entre mémoire et invention.

Son parcours de formation est volontairement pluriel. En 1989, il étudie le modern-jazz et la danse moderne-ka avec Léna Blou, ainsi que la danse classique avec Simone Texeraud. L'année suivante, il part à La Ciotat et Toulon pour approfondir la danse contemporaine. En 1991, Paris l'accueille : il intègre l'école de Jazz Rick Odums pendant deux ans. Mais son apprentissage dépasse les frontières françaises. Il se rend en Guinée pour suivre les enseignements de la troupe Merveilles de Guinée et du maître Mamady Kourouma, et examine aussi le yoga, le butô et la danse-contact.

Grandes étapes de formation de Max Diakok
Année Étape Lieu / Maître
1978 Découverte du gwoka Guadeloupe rurale, maîtres-ka
1989 Modern-jazz et danse moderne-ka Léna Blou / Simone Texeraud
1991 Formation jazz et danse contemporaine Rick Odums, Paris
1998 Diplôme d'État de prof. de danse contemporaine France

Il obtient son diplôme d'État de professeur de danse contemporaine en 1998, après avoir travaillé dans les compagnies de Germaine Acogny, Christian Bourigault et Norma Claire, et participé à un spectacle de Jean-François Duroure. Un parcours dense, construit pièce par pièce.

La Compagnie Boukousou et le spectacle Pawol a Ko Pawol a Ka

En 2001, Max Diakok crée la Compagnie Boukousou, espace où sa gestuelle contemporaine puisant dans le gwoka trouve enfin un cadre propre. Ses créations fonctionnent comme des quêtes initiatiques : les interprètes traversent déséquilibres et contraintes pour accéder à une force contagieuse. La mémoire corporelle y occupe une place centrale.

Son spectacle phare, Pawol a Ko Pawol a Ka, concentre tout cela. Trente minutes de représentation suffisent pour dérouler une peinture symbolique du chemin de l'ombre vers la lumière. Pawol a ka incarne l'identité de la Guadeloupe, Pawol a ko parle de son expérience personnelle. La métaphore du kabouya, noeud coulant végétal, traverse le spectacle pour aborder l'espace comme un enjeu de liberté et de décolonialité.

Les représentations ont été nombreuses :

  • Les 23, 24 et 25 avril 2012 à l'Auditorium de l'Hôtel de ville de Paris
  • Le 10 mai 2012 à la Mairie du 10e arrondissement de Paris
  • Les 13 mai et 6 octobre 2012 au Petit-Bain (Paris 13e)
  • Le 27 septembre 2024 à La Chaufferie
  • Le 12 octobre 2024 au Théâtre 13

La distribution réunit Rico Toto à la composition, Jaklin Etienne au chant, Olivier Juste aux percussions de ka, Peggy Housset aux costumes et Anthony Valentin aux lumières. La Compagnie Boukousou travaille avec des partenaires comme le CND, le MACTe, La Chaufferie, la Cie DCA Decoufflé, le Spedidam, le Ministère des Mis à part-mer et la Drac IF.

Sur scène internationale, les pièces de Max Diakok ont circulé à Bristol, au Leap Festival de Liverpool, à Budapest, à Dakar au Kaay fecc, à Ouagadougou au FIDO, à l'École des sables au Sénégal, à Londres et à Yokohama.

Transmettre le gwoka : une pédagogie vivante pour les nouvelles générations

Pour Max Diakok, danser ne suffit pas : transmettre est tout aussi essentiel. Dès 5 ans, les enfants peuvent accéder à sa pédagogie du gwoka dans des structures associatives, des écoles et des collèges. Son originalité tient dans l'apprentissage de l'improvisation respectueuse des codes, tout en valorisant la singularité de chaque individu. Ce n'est pas si courant.

Il intervient aussi dans des institutions de formation professionnelle comme le PSPBB, pôle supérieur d'enseignement artistique Paris Boulogne-Billancourt, et des conservatoires. Ses conférences sur le gwoka l'ont conduit jusqu'à la Universidad de las Artes de La Havane et à l'Institut français de Yokohama.

Sa dimension artistique dépasse la danse : lauréat en 2008 du concours de poésie en créole Kalbas Lò Lakarayib en Martinique, il est aussi parolier et auteur de contes dansés comme Waka Douwan Jou, "chant pour hâter la venue de l'aube". Promu Chevalier des Arts et des Lettres en 2015, Max Diakok représente une voix rare : celle d'un artiste qui fait de la mémoire collective un matériau vivant, sans jamais la figer dans la nostalgie. Suivre son travail pédagogique de près, c'est comprendre comment une danse d'exutoire née dans les champs peut encore parler à un enfant de 2026.

L'auteur

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Cécile

Rédaction de Le JSD.

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