Samedi 13 juin 2026

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Mathieu Hanotin vainqueur avec 59% des voix

H
Par Harry
5 min de lecture
Mathieu Hanotin vainqueur avec 59% des voix

Le 15 mars 2026, Bally Bagayoko remportait la mairie de Saint-Denis dès le premier tour, avec 13 506 voix et 50,77 % des suffrages. Un séisme politique pour la ville, mais surtout la fin d'un cycle commencé en 2020 par Mathieu Hanotin, premier maire socialiste de Saint-Denis après soixante-seize ans de gestion communiste ininterrompue depuis 1944.

Mathieu Hanotin vainqueur en 2020 : retour sur une victoire historique à 59 % des voix

Pour comprendre l'ampleur du revers de 2026, il faut revenir sur ce qui avait fait de Mathieu Hanotin un vainqueur inattendu six ans plus tôt. Né le 22 août 1978 à Compiègne, cet homme politique du Parti socialiste avait déclaré sa candidature à la mairie de Saint-Denis dès août 2013, après un premier essai manqué en 2014 où il avait frôlé la victoire avec 49,50 % des voix et 9 209 suffrages face au maire communiste sortant Didier Paillard.

En 2020, l'issue fut différente. Au premier tour, il obtenait 35,3 % contre 24 % pour Laurent Russier, maire communiste sortant. Au second tour, Hanotin s'imposait avec 8 604 voix, soit 59 % des suffrages, contre 5 969 pour Russier. La fin d'une anomalie ? Plutôt le début d'une autre, selon beaucoup d'observateurs, dans une ville ancrée culturellement et historiquement à la gauche communiste.

Son parcours avant cette victoire municipale était déjà dense. Étudiant à l'université de Strasbourg puis à l'université Paris-1 Panthéon-Sorbonne, il avait milité à l'UNEF avant d'adhérer au Parti socialiste en 1996. Installé en Seine-Saint-Denis vers 2005, il avait été vice-président du conseil général de la Seine-Saint-Denis de mars 2008 à mars 2015, sous la présidence de Claude Bartolone. En mars 2008, il avait décroché le canton de Saint-Denis-Sud face au communiste Ronan Kerrest avec 99,84 % au second tour, soit 5 688 voix, dans un canton réputé imprenable.

Député de la 2e circonscription de la Seine-Saint-Denis de juin 2012 à juin 2017, il avait battu Patrick Braouezec, député sortant du Front de Gauche, avec 53,50 % et 11 000 voix au second tour des législatives. En 2017, il ne recueillait que 19,23 % (3 323 voix), cédant son siège au communiste Stéphane Peu. Proche de Benoît Hamon, dont il avait dirigé la campagne pour la primaire citoyenne de 2017, il avait ensuite co-dirigé la présidentielle avec Jean-Marc Germain. Résultat : 6,35 % pour Hamon. Un souvenir douloureux qu'il avait transformé en feuilleton en 20 épisodes publié dans Libération à l'automne 2017.

Bilan de mandat et chute : ce qui a conduit à la défaite des municipales 2026

Six ans de mandat, et un bilan que ses administrés ont largement sanctionné. Parmi les réalisations concrètes : 450 caméras de vidéoprotection installées pour un coût de 6,7 millions d'euros, un centre de supervision urbaine, le renforcement des effectifs de la police municipale et, en 2024, la mise en place d'un système de vidéosurveillance algorithmique utilisant l'intelligence artificielle. La démarche participative "Notre Saint-Denis" avait été lancée en mai 2018.

Voici les principaux reproches qui ont alimenté le rejet croissant :

  1. Une gestion jugée trop verticale et peu à l'écoute des habitants
  2. Un conflit social de plusieurs semaines lié à la réforme des conditions de travail des agents municipaux
  3. La fusion controversée avec Pierrefitte-sur-Seine le 1er janvier 2025 pour créer une commune nouvelle, dénoncée comme une manœuvre électoraliste
  4. Des manifestations récurrentes à Saint-Denis dénonçant la brutalité et le mépris du pouvoir municipal

Le 4 janvier 2025, Hanotin avait été élu maire de cette commune nouvelle. Mais la fusion avec Pierrefitte avait provoqué une opposition vive des habitants concernés. La jeunesse dionysienne, présente massivement le soir du 15 mars 2026 pour beaucoup lors de leur premier vote, résumait l'ambiance par un mot : "délivrance".

ÉlectionHanotin (voix)Adversaire principal (voix)Résultat
Municipales 2014 (2d tour)9 209 (49,50 %)Didier PaillardDéfaite
Municipales 2020 (2d tour)8 604 (59 %)Laurent Russier (5 969)Victoire
Municipales 2026 (1er tour)8 698 (32,70 %)Bally Bagayoko (13 506 / 50,77 %)Défaite nette

L'alliance entre La France insoumise et le Parti communiste français, scellée le 3 décembre 2025 quand le PCF avait officialisé son ralliement à Bally Bagayoko, avait été décisive. Sofia Boutrih, cheffe de file des communistes et numéro deux sur la liste, avait déclaré sans ambiguïté : "quand la gauche s'unit, elle sait gagner". Le taux d'abstention atteignait 57,16 %, avec Élsa Marcel de Révolution Permanente à 7,12 % et les deux listes de droite réunissant à peine 1 861 voix.

Un parcours décoré qui ne suffit pas à écrire la suite à Saint-Denis

Décoré de l'ordre national du Mérite le 26 mai 2021, nommé Chevalier de la Légion d'honneur le 29 janvier 2025, auteur de "Et si la banlieue : Saint-Denis demain" publié en 2013 aux éditions L'Aube, Mathieu Hanotin avait aussi porté le projet départemental pour la candidature française aux Jeux olympiques de 2024 et fait voter en novembre 2016 un programme d'investissement sur les piscines du département, incluant un équipement à Pierrefitte-sur-Seine.

Pour un politique qui avait fait du terrain son terrain de jeu naturel, la défaite de 2026 interroge davantage sur les limites du pouvoir local que sur son bilan chiffré. Francement, c'est la déconnexion progressive d'une base populaire qui explique mieux ce résultat que n'importe quel rapport d'audit. Une leçon que les maires de grandes villes populaires feraient bien de méditer : gouverner sans écoute, même avec des caméras et des médailles, finit toujours par coûter cher.

L'auteur

H

Harry

Rédaction de Le JSD.

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