Samedi 13 juin 2026

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Mathieu Hanotin : réactions et comportements en conseil

H
Par Harry
5 min de lecture
Mathieu Hanotin : réactions et comportements en conseil

Depuis six ans à la tête de Saint-Denis, Mathieu Hanotin, maire PS, a construit un style de gouvernance très particulier au sein du conseil municipal. Un style qui soulève des questions sérieuses sur le respect des droits de l'opposition et les limites légales du mandat d'élu.

Censure des micros et contrôle de la parole : des pratiques contestables

Le conseil municipal de Saint-Denis ressemble parfois plus à une salle de classe chronométrée qu'à un espace délibératif. Hanotin a déployé un dispositif technique impressionnant : une horloge décomptant les secondes pour chaque intervention, et surtout un système de micros qu'il peut couper à sa discrétion. Ce même appareillage a été reproduit à Plaine Commune.

Sophie Rigard, élue de l'opposition, en a fait les frais à plusieurs reprises, son micro coupé en plein milieu d'une intervention. Pas un seul élu de la majorité n'a subi ce traitement. La raison ? Simple : les interventions de la majorité se limitent habituellement à la lecture des rapports, sans débat, sans friction. Hanotin, lui, s'autorise des prises de parole sans limite de temps et sur n'importe quel sujet.

Autre commode qui pose problème : l'exigence de présentation d'une pièce d'identité pour accéder aux séances du conseil municipal, organisée en présence de la police municipale, sous la conduite du directeur de cabinet du maire. Cette pratique sort clairement du cadre légal du pouvoir de police de l'assemblée. Aucune disposition du code général des collectivités territoriales n'autorise un maire à filtrer ainsi l'accès à des séances publiques.

Voici les principaux instruments de contrôle recensés lors des séances :

  • Horloge de décompte des temps de parole par intervention
  • Coupure discrétionnaire des micros de l'opposition
  • Contrôle d'identité à l'entrée des séances
  • Présence de la police municipale pour filtrer l'accès

Ces composants dessinent un tableau inquiétant. La question des recours reste entière : les élus de l'opposition peuvent saisir le préfet ou contester certaines délibérations devant le tribunal administratif, mais les délais et la complexité des procédures rendent ces voies peu dissuasives à court terme.

Fébrilité et mépris : le maire sous pression

Le conseil municipal du 18 décembre restera dans les mémoires. Sofia Boutrih, élue de l'opposition, était absente pour raison médicale, avec examens et opération programmée. Hanotin a ironisé publiquement sur son absence, insinuant qu'elle se trouvait à une réunion de campagne. Une fois les faits révélés, il a présenté des excuses, qualifiant ses remarques de trait d'humour.

Ce n'est pas un incident isolé. Le maire pratique régulièrement le dénigrement ouvert, les moqueries et commentaires déplacés, notamment envers Sofia Boutrih et Sophie Rigard. Ce type de comportement vis-à-vis d'élues mérite d'être nommé clairement : ce n'est pas de la politique, c'est du mépris.

La fébrilité du maire s'explique aussi par le contexte politique local. L'accord conclu début décembre entre LFI, le PCF et la SSDAC, suivi d'un meeting unitaire de la gauche dionysienne la veille du conseil, a visiblement ébranlé Hanotin. Sa nervosité lors des séances suivantes était perceptible, ses attaques contre l'opposition plus systématiques.

Pour financer ses activités municipales, la fiscalité locale reste un sujet sensible à Saint-Denis comme dans toutes les communes d'Île-de-France. D'ailleurs, si vous suivez l'évolution des finances locales, la question de la taxe d'habitation à Paris et ses changements anticipés pour 2024 illustre bien les tensions que vivent les élus locaux sur ces sujets budgétaires.

« L'assiduité est la première exigence » : le cynisme à l'état pur

Le 19 décembre, Kader Chibane, propriétaire-fondé de pouvoir et président du groupe Ecologistes et citoyens, publiait sur Facebook : « l'assiduité est la première exigence qu'un élu doit s'efforcer de s'appliquer ». Beau principe. Regardons maintenant ce qui se passe autour de lui.

Élu Situation Conformité légale
Spencer Laidli Quasiment absent sur 5 ans, pouvoir donné pour les 5 derniers conseils Non conforme à l'art. L. 2121-20 CGCT (limite : 3 séances consécutives)
Mathieu Hanotin Absences quasi systématiques aux réunions du SEDIF dont il est vice-président Perçoit des indemnités sans assurer la fonction
Groupe Ecologistes et citoyens Constitué via détachement d'une membre de Notre Saint-Denis, fonctionne comme succursale de la majorité Légal, mais politiquement opaque

Spencer Laidli n'a quasiment pas siégé ces cinq dernières années et a donné son pouvoir pour les cinq derniers conseils de l'année. Or, l'article L. 2121-20 du code général des collectivités territoriales limite les pouvoirs à trois séances consécutives, sauf maladie dûment constatée. Hanotin couvre cette situation sans sourciller.

Le groupe Ecologistes et citoyens, fort de quatre personnes après le détachement d'une membre de Notre Saint-Denis, fonctionne dans les faits comme une extension de la majorité. Kader Chibane, qui en est la cheville ouvrière, donne des leçons d'assiduité pendant que son propre camp tolère des absences répétées contraires à la loi.

Quant à Hanotin lui-même, son absentéisme de député entre 2012 et 2017 était largement documenté. Cinq ans à l'Assemblée nationale sans en tirer d'enseignement visible. Aujourd'hui vice-président du SEDIF, il brille par ses absences aux comités et au bureau de cette structure, tout en percevant les indemnités correspondantes. La cohérence ne semble pas être sa première exigence.

L'auteur

H

Harry

Rédaction de Le JSD.

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