Samedi 13 juin 2026

Famille

Maternité bien rodée : conseils et immersion

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Par Romain
6 min de lecture
Maternité bien rodée : conseils et immersion

Entre 1920 et 1940, accoucher en France relevait d'un parcours semé d'obstacles médicaux, sociaux et culturels. En 1922, 25 femmes sur 100 accouchant dans les maternités parisiennes n'avaient consulté aucun médecin pendant leur grossesse. Six ans plus tard, à Lariboisière, ce chiffre atteignait encore 21 sur 100. Ces données, loin d'être anecdotiques, révèlent une réalité bien rodée dans les pratiques obstétricales de l'époque : une maternité traversée sans filet, où le corps féminin était à la fois sujet de surveillance et objet de méfiance.

Quand nos grand-mères donnaient la vie sans préparation

La grossesse, entre les deux guerres, n'était pas vécue comme une période à part. Pour une majorité de femmes, surtout en milieu rural ou ouvrier, continuer à travailler jusqu'au dernier jour relevait de la norme, pas de l'exploit. Les nausées, les vomissements, les malaises divers : on les tolérait, on ne les soignait pas. Aucun médecin ne prescrivait de repos. S'allonger en plein jour, dans un foyer populaire, aurait semblé inconvenant.

Les obstacles à la consultation médicale étaient nombreux et réels. La pudeur, d'abord : se déshabiller devant un inconnu, subir un examen du corps, restait un frein puissant. L'absence de boxes individuels dans les consultations publiques aggravait ce malaise. S'ajoutait à cela la perception du service social comme une instance de jugement moral, capable de condamner un mode de vie jugé insuffisant.

Les femmes des milieux aisés, elles, consultaient plus régulièrement. En 1931, dans le département de la Seine, environ 50 000 femmes enceintes étaient inscrites dans des consultations pour environ 75 000 naissances, dont les deux tiers suivis en consultations hospitalières, selon le préfet E. Renard. Mais ce même préfet se méfiait des statistiques : certaines femmes s'inscrivaient dans plusieurs établissements pour multiplier les cadeaux distribués en consultation.

Ce que Louise Weiss donne à lire à travers son personnage Noémi illustre le fossé entre les milieux. Noémi s'accorde du loisir à la première sensation de mouvement fœtal, allongée sur une chaise longue. Elle s'autorise à ne pas paraître au bureau. Puis vient la deuxième fois, et avec elle un sentiment amer : la maternité est une suite pathétique de séparations. La journaliste Raymonde Machard, elle, documente sa grossesse comme un chant de l'amour maternel, acceptant les douleurs comme la rançon du lien. Deux femmes, deux plumes, deux façons de traverser la même expérience.

Concernant la parentalité dans ses dimensions plus complexes, la question de reconnaître les signes d'un comportement parental toxique s'inscrit dans une réflexion plus large sur les représentations transmises de génération en génération, y compris celles héritées de ces décennies où la maternité rimait avec silence et endurance.

La douleur de l'accouchement : idéologie, pratiques et premières résistances

L'accouchement, entre 1920 et 1940, s'inscrivait dans ce que les sources médicales de l'époque appelaient un schéma doloriste. La douleur n'était pas un problème à résoudre : elle était une loi naturelle, presque une vertu. Certaines sages-femmes allaient jusqu'à présenter la souffrance comme la rançon du plaisir, avec des formules qui feraient aujourd'hui scandale. D'autres la considéraient comme un critère diagnostique : les cris de la parturiente servaient à suivre l'avancement du travail.

Le médecin Devraigne liait directement contractions et douleur : jusqu'à une dilatation de deux francs, les douleurs restaient supportables. Au-delà, elles devenaient déchirantes. Pour Couvelaire, la douleur valorisait la femme. À l'opposé, René Leriche, dans son ouvrage Chirurgie de la douleur publié en 1937, affirmait que la douleur n'est pas dans l'ordre de la physiologie comme un avertissement bienveillant.

Voici les principales méthodes de soulagement disponibles à l'époque, avec leurs limites respectives :

MéthodePromoteur(s)Limite principale
Chloroforme à la reineSimpson (reine Victoria, 7 avril 1853)Inertie utérine selon Pinard
Scopolamine-morphineLeroyMorts fœtales signalées après 1919
HémypnalDr Didier, Maternité de ParisApnée chez les nouveau-nés
RachianesthésieProfesseur Delmas (1928)Technique complexe, risques dénoncés par Le Lorier et Metzger
Anesthésie généraleDr Maurice Borgey (1935)Sommeil de 4 à 16 heures, risques hépatiques

L'hémypnal permettait une insensibilisation complète dans seulement 25 % des cas. Malgré cela, le Dr Didier le défendait comme totalement inoffensif pour les enfants. Ces contradictions entre praticiens montrent à quel point l'analgésie obstétricale restait un terrain scientifiquement instable et idéologiquement chargé.

Du côté des méthodes non médicamenteuses, G.D. Read publia en 1933 en Angleterre les bases de l'accouchement sans crainte, ciblant la triade peur-tension-douleur. En U.R.S.S., Velvoski, élève de Pavlov, développait la méthode psycho-prophylactique. En France, seule l'Association des femmes-médecins relaya en 1937 les travaux de la kinésithérapeute Margaret Morris et réclama des expérimentations dans les maternités françaises. Le corps médical, lui, restait fermé.

Surveiller, diagnostiquer, préparer : les outils d'une maternité mieux gérée

Sur le plan du diagnostic, une avancée majeure changea la donne en 1928. Ascheim et Zondek mirent au point une méthode biologique utilisant l'urine de la femme enceinte injectée à des souris impubères pour détecter la présence du prolan, hormone préhypophysaire. Dès trois à quatre semaines de grossesse, la confirmation pouvait être obtenue avec certitude. L'année suivante, Brindeau, Brouha, Hinglais et Simonnet perfectionnèrent le procédé. Des méthodes alternatives furent testées à l'étranger, notamment par le chercheur soviétique Afanievski ou par Gilfillen et Gregg, mais sans diffusion documentée en France.

La durée du travail, elle, était enseignée aux étudiants comme suit : 18 à 24 heures pour les primipares, 8 à 10 heures pour les multipares. Ces données encadraient une pratique obstétricale où la position d'accouchement restait très normée. En France, la position allongée sur le dos dominait. En Angleterre, le décubitus latéral était courant, et certains praticiens défendaient la position accroupie pour élargir le bassin.

Les déchirures périnéales représentaient un problème sérieux, peu traité à sa juste mesure. Le Dr J. Greder, accoucheur à la maternité Cognacq-Jay, dénonçait en 1924 que 30 à 35 % des primipares et 9 à 10 % des multipares en étaient victimes, souvent par défaut de technique. Le professeur Vanverts de Lille préconisait anesthésie, stérilisation des instruments et reconstruction musculaire rigoureuse. Ces recommandations restaient largement ignorées, le praticien pressé de terminer bâclant souvent la suture.

Franchement, ce qui frappe dans cette période, c'est moins l'absence de connaissances que la résistance organisée à leur application. Préparer les femmes à l'accouchement, soulager la douleur, former les sages-femmes à l'analgésie : tout cela était techniquement possible bien avant que la société médicale l'accepte. La leçon reste valable aujourd'hui : l'accès à une maternité bien prise en charge ne dépend pas uniquement du savoir médical disponible, mais aussi des rapports de pouvoir qui décident à qui ce savoir s'applique.

L'auteur

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Romain

Rédaction de Le JSD.

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