Jadot redonner l'espoir : société et engagement
Yannick Jadot part d'un constat brutal : 20% de la population mondiale consomme 80% des ressources planétaires. Ce chiffre, à lui seul, résume l'ampleur du déséquilibre que son ouvrage s'attache à déconstruire. Pas pour pleurer sur le monde tel qu'il va, mais pour montrer que les solutions existent déjà. C'est là toute la singularité de sa démarche : refuser le catastrophisme stérile et pointer vers des leviers concrets, accessibles, activables maintenant.
Un diagnostic sans détour sur les fractures de notre société
Ce qui frappe d'emblée dans l'approche de Jadot, c'est son refus d'embellir la réalité. Il nomme les mécanismes qui fracturent la société française et européenne avec une précision qui tranche avec le flou habituel du discours politique. Son concept de repère théorique s'appuie notamment sur la notion de post-démocratie développée par Colin Crouch, ce politologue britannique qui décrit une démocratie vidée de sa substance réelle, où les formes électorales subsistent mais où le pouvoir effectif échappe aux citoyens.
Jadot pousse ce diagnostic plus loin. Il observe que le système actuel rend acceptable pour autrui ce que nous n'accepterions jamais pour nous-mêmes ni pour nos proches. Cette phrase est, pour moi, l'une des plus honnêtes de l'ouvrage. Elle touche directement à la question de la fraternité, non pas comme valeur décorative, mais comme socle d'une communauté politique vivante. Quand on accepte pour les autres ce qu'on refuse pour soi, la fraternité meurt. Et avec elle, une part essentielle du projet démocratique.
L'auteur ne s'épargne pas lui-même dans ce diagnostic. Il reconnaît explicitement les erreurs et les défauts du mouvement écologiste, refusant la posture du camp vertueux face au reste du monde. Cette honnêteté intellectuelle rend l'argumentaire bien plus solide.
| Thème abordé | Problème identifié | Piste proposée |
|---|---|---|
| Inégalités sociales | L'accumulation matérielle ne compense pas la hausse des inégalités entre ménages, générations et territoires | Changement de modèle de développement |
| Agriculture | Aberrations de la PAC face au potentiel inexploité des herbivores et des prairies naturelles | Valoriser ce que l'herbe produit naturellement |
| Commerce international | Risques du TAFTA et des déséquilibres face à la Chine | Architecture européenne renforcée |
| Démocratie | Post-démocratie selon Crouch, montée du Front National | Reconquête citoyenne de l'espace politique |
Concernant les relations franco-africaines, Jadot formule une phrase qui mérite d'être citée telle quelle : avant même d'aider, la priorité est de cesser de nuire. Une leçon d'humilité adressée directement aux décideurs qui continuent d'intervenir dans d'anciens territoires coloniaux sans questionner l'impact de cette présence.
Des solutions concrètes pour redonner confiance aux citoyens
L'ouvrage ne se contente pas de dénoncer. Il avance, et c'est là sa vraie force. Jadot cite l'exemple des salariés de Bosch à Vénissieux pour illustrer que des actions tangibles sont possibles, ici et maintenant, sans attendre une hypothétique révolution systémique. Ces travailleurs incarnent une capacité de mobilisation et d'adaptation que la politique devrait soutenir plutôt que contraindre.
La transition écologique occupe une place centrale dans cette vision. L'auteur rappelle un discours du Président Obama affirmant que la nation qui détiendra le leadership des énergies propres sera celle qui mènera l'économie mondiale du 21ème siècle. Ce n'est pas une question de convictions morales. C'est une question de compétitivité, d'emplois, de puissance industrielle. Refuser la transition énergétique, c'est refuser de préparer l'avenir économique du pays.
Jadot identifie d'ailleurs un mécanisme pervers : instrumentaliser la crise économique pour repousser sine die les transformations nécessaires. Ceux qui ne veulent ni transition énergétique ni remise en cause du modèle inégalitaire utilisent chaque période de difficulté comme prétexte à l'inaction. C'est un piège rhétorique qu'il faut savoir reconnaître.
Voici les axes principaux que l'ouvrage identifie pour renouer avec une société plus juste :
- Réorienter la Politique Agricole Commune vers des pratiques qui valorisent les ressources naturelles (prairies, herbivores) plutôt que de subventionner le gaspillage énergétique.
- Construire une architecture européenne capable de peser face aux géants industriels comme la Chine et de défendre des standards sociaux et environnementaux exigeants.
- Dépasser les logiques purement comptables du capitalisme de croissance pour intégrer les inégalités entre territoires et entre générations dans le calcul de la richesse collective.
- Repenser les législations numériques comme HADOPI dans une logique de droit d'accès plutôt que de restriction.
Mobiliser l'envie de changer : la politique comme espace d'émancipation
Jadot formule sa conception du rôle politique d'une façon qui tranche avec la rhétorique habituelle du pouvoir : la juste place de la politique est celle qui offre aux autres la chance de trouver leur propre place. Franchement, il faut du courage pour écrire cela dans un livre de politique, parce que ça signifie accepter de ne pas être au centre.
Cette vision sert directement le projet de redonner l'espoir à une société qui a perdu confiance dans ses institutions. L'auteur s'adresse en priorité aux citoyens déjà sensibilisés aux enjeux écologiques et sociaux, mais l'accessibilité du discours en fait une lecture utile pour quiconque cherche à comprendre pourquoi les modèles actuels s'essoufflent.
La cohabitation entre le gaspillage et le dénuement est qualifiée d'insupportable. Ce mot n'est pas choisi par hasard. L'inaction face aux aberrations agricoles, sociales ou climatiques n'est pas présentée comme un simple retard : Jadot la qualifie de crime contre l'humanité. Pour qui veut mesurer l'urgence des transformations à engager, cette formule ne laisse aucune place à l'ambiguïté.
Si vous voulez aller plus loin après avoir lu cet ouvrage, la question à poser à vos représentants locaux est simple et directe : quelles décisions concrètes prenez-vous aujourd'hui pour que les transformations ne soient plus reportées à demain ? C'est cette exigence de comptabilité immédiate qui peut faire basculer l'espoir du registre des intentions vers celui des actes.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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