Inauguration et réhabilitation Joliot à Bordeaux
Le nom Joliot-Curie résonne sur deux fronts bien distincts : celui de la recherche scientifique de pointe et celui de la réhabilitation urbaine à Bordeaux et sa métropole. Deux projets ambitieux, deux temporalités différentes, mais une même ambition de transformer profondément un existant vieillissant pour lui offrir un second souffle. Voici ce qu'il faut savoir.
L'inauguration du superordinateur Joliot-Curie : une prouesse technique et artistique
Le 3 juin 2019, le superordinateur Joliot-Curie a été officiellement inauguré au sein du Centre de Calcul Très Intensif (TGCC) du CEA. Conçu par Atos pour le compte de GENCI, il affichait dès son lancement une puissance de 9,4 petaflops, soit l'équivalent de 75 000 ordinateurs de bureau fonctionnant simultanément. Impressionnant. Sa capacité RAM atteint 400 térabytes, son stockage 5 pétaoctets, et sa bande passante 300 GB/s.
Par rapport à son prédécesseur Curie, la progression est vertigineuse : une puissance multipliée par 4,5, avec une consommation énergétique presque deux fois inférieure. En 2020, la machine devait monter à 22 petaflops pour viser la troisième place européenne des supercalculateurs de recherche. À ce stade, seuls Tera-1000-2 et Pangea le surpassaient parmi les machines françaises.
Ce qui rend cette inauguration véritablement unique, c'est l'intervention de l'artiste de rue C215, qui a peint les visages d'Irène et Frédéric Joliot-Curie directement sur les façades de la machine. Une première mondiale. Rarement un superordinateur scientifique avait bénéficié d'une telle mise en valeur artistique. L'objectif affiché : participer à la course internationale vers l'exascale, c'est-à-dire un milliard de milliards d'opérations par seconde.
La réhabilitation du quartier Joliot-Curie à Bordeaux : histoire et enjeux
Le projet de renouvellement urbain Joliot-Curie couvre 82 hectares à cheval sur trois communes : Bordeaux, Cenon et Floirac. Il regroupe la Cité de la Benauge, les secteurs Henri-Sellier et Léo-Lagrange à Cenon, et le quartier Jean-Jaurès à Floirac. L'enveloppe globale, initialement fixée à 206 millions d'euros, a été portée à 232 millions d'euros le 5 décembre 2025.
La Cité de la Benauge a été édifiée entre 1947 et 1955 par les architectes Paul Volette et Jacques Carlu. Leur concept : la cité-jardin verticale, avec des barres sur pilotis libérant le sol et une orientation soigneusement calculée pour maximiser l'ensoleillement. Fonctionnel pour l'époque, obsolète aujourd'hui face aux standards climatiques du XXIe siècle.
Le défi central de ce projet, c'est d'éviter que ces quartiers historiques ne deviennent des îlots de pauvreté coincés entre les voies ferrées et les programmes neufs d'Euratlantique. 90 % des logements actuels relèvent du parc social. La stratégie retenue mise sur la rénovation de ce parc existant plutôt que sur sa destruction, pour ne pas chasser les habitants d'origine. C'est un choix politique fort, et franchement, c'est la bonne approche.
Parmi les réalisations notables :
- La démolition symbolique de la Barre D à la Benauge en 2019
- Le lancement de la rénovation des Tours 1 et 2 par CDC Habitat en octobre 2024 (28 mois de travaux, environ 130 000 euros par logement pour la Tour 2)
- Le raccordement au réseau de chaleur géothermique puisant dans les aquifères profonds du Jurassique
- L'inauguration de l'espace Miriam Makeba le 28 février 2026, dans l'ancienne partie nord du collège Jacques Ellul (désaffecté depuis l'ouverture d'un nouveau collège en 2022), réhabilitée à partir de 2026 pour accueillir la Maison du projet de renouvellement urbain, la bibliothèque de la Bastide, la Maison France services et des salles associatives
52 millions d'euros sont fléchés vers les équipements publics, dont les écoles et les infrastructures culturelles.
Techniques de rénovation et aménagements : les chantiers concrets du projet
La réhabilitation de la Cité du Midi à Floirac, construite en 1969, illustre une méthode industrielle remarquable. Sur 15 immeubles, 900 modules en bois préfabriqués ont été fabriqués en usine, acheminés par camion et levés à la grue contre les façades existantes. Ces extensions autoportantes intègrent isolation, fenêtres, balcons et jardins d'hiver. Constat : les ponts thermiques traités par l'extérieur, les nuisances de chantier réduites pour les locataires. Les livraisons se sont échelonnées entre 2020 et 2021.
Voici un aperçu synthétique des principales opérations du projet :
| Opération | Localisation | Période | Budget / indicateur clé |
|---|---|---|---|
| Réhabilitation modulaire Cité du Midi | Floirac | 2020-2021 | 900 modules bois |
| Rénovation Tours 1 et 2 Benauge | Bordeaux | Oct. 2024 (28 mois) | 130 000 €/logement (Tour 2) |
| Estacade de Cenon | Cenon | Livraison été 2025 | 350 m, 2 700 m² |
| Boulevard Joliot-Curie | Bordeaux | 18 mois, fin 2022 | 7,7 M€, 3 km |
| Requalification voiries | Bordeaux Métropole | 2026-2028 | Axes Joliot-Curie / Entre-Deux-Mers |
L'Estacade de Cenon, livrée à l'été 2025 et conçue par MORE Architecture, Hall04 et Guillaumit, transforme 350 mètres sous les voies ferrées menant à la gare Saint-Jean en un espace couvert de 2 700 m². Skatepark, scène avec gradins, voie verte : un lieu hybride qui reconquiert les espaces délaissés. Quant au boulevard Joliot-Curie, Euratlantique pilote 3 kilomètres de requalification entre le pont Saint-Jean et la Benauge pour y insérer couloirs de bus en site propre, pistes cyclables et plantations. Entre 2026 et 2028, Bordeaux Métropole prolongera cette dynamique jusqu'au boulevard de l'Entre-Deux-Mers, en intégrant les voies de bus express pour connecter durablement ces quartiers au reste de l'agglomération.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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