Inauguration du jardin Fatima-Bedar
Le jardin Fatima-Bedar, situé dans le quartier Gare Confluence à Saint-Denis, porte le nom d'une adolescente kabyle assassinée à 15 ans lors de la répression du 17 octobre 1961. Ce choix n'est pas anodin : la mairie communiste de Saint-Denis a voulu ancrer dans l'espace public la mémoire d'une jeune fille que l'Histoire a failli effacer. Baptiser un jardin de son nom, c'est refuser l'oubli.
Fatima Bedar : qui était cette adolescente à qui le jardin rend hommage ?
Née le 5 août 1946 à Tichy, un village maritime de Kabylie situé à 15 km de Bgayet (Bejaia), Fatima Bedar a quitté l'Algérie en 1951, à 5 ans, pour rejoindre son père Hocine. Ouvrier à Gaz de France, Hocine s'était installé en France et militait activement à la Fédération de France du FLN. La famille a d'abord vécu à Sarcelles avant de s'établir à Stains, dans la banlieue de Saint-Denis, en 1961.
Le quotidien de cette famille, comme celui de milliers d'autres familles algériennes en France, était ponctué de perquisitions nocturnes, de rafles et de contrôles d'identité. Depuis le déclenchement de la guerre d'Algérie le 1er novembre 1954, la communauté subissait une pression policière permanente. Fatima, élève au collège commercial et industriel féminin de Saint-Denis, grandissait dans ce climat de peur et d'injustice.
Le matin du 17 octobre 1961, après une violente dispute avec sa mère, elle quitte le domicile familial. Malgré l'opposition de ses parents, elle rejoint la manifestation pacifique organisée par le FLN contre le couvre-feu instauré par Maurice Papon, préfet de police de Paris. Elle ne rentrera jamais.
| Date | Événement |
|---|---|
| 5 août 1946 | Naissance à Tichy, Kabylie |
| 1951 | Arrivée en France à l'âge de 5 ans |
| 17 octobre 1961 | Disparition lors de la manifestation |
| 31 octobre 1961 | Corps retrouvé dans un canal |
| 4 novembre 1961 | Enterrement au cimetière de Stains |
| 17 octobre 2006 | Rapatriement et second inhumement à Tichy |
Son père Hocine signale sa disparition au commissariat le 18 octobre 1961. Le 31 octobre, un éclusier découvre son corps noyé au milieu d'une vingtaine de cadavres. Son identification n'a été possible que grâce à ses longs cheveux noirs et abondants. Enterrée le 4 novembre 1961 à Stains, elle sera rapatriée en Kabylie le 17 octobre 2006, soit 45 ans jour pour jour après sa mort, et inhumée une seconde fois au cimetière de Tichy. Son frère Djoudi Bedar a témoigné des recherches désespérées menées par leur mère dans les rues de Saint-Denis et Stains, selon un récit rapporté par la journaliste Dominique Sanchez dans le Journal de Saint-Denis en octobre 2014.
Le projet de végétalisation du jardin : plantations et aménagements
L'ouverture du jardin public du quartier Gare Confluence était initialement prévue pour 2014. C'est finalement fin 2020 que le projet de végétalisation prend vraiment forme. Les plantations se déroulent sur deux week-ends consécutifs : le 28 et 29 novembre, puis le 5 et 6 décembre. La livraison officielle des végétaux, elle, intervient le 15 décembre 2020.
Ce qui a été planté dans ce jardin mérite qu'on s'y attarde. La palette végétale choisie mélange arbres fruitiers, petits fruits et plantes aromatiques :
- Deux pommiers Reine des reinettes, une variété française ancienne reconnue pour sa rusticité
- Un cerisier
- Des cassis, groseilliers et framboisiers
- Des myrtilles et fraisiers
- Des herbes aromatiques et des lavandes
Ces végétaux ont été implantés sur les buttes du jardin et les flancs des fossés, ce qui maximise la surface cultivable tout en structurant l'espace. Deux nouveaux bacs potagers ont aussi été installés en prolongement des bacs existants, portant le nombre total à cinq bacs potagers. Un chiffre modeste, mais concret : c'est un espace de production réelle, pas un décor.
L'association Engrainage a soutenu le projet, et les membres de l'association porteuse du jardin ont travaillé aux côtés des enfants du quartier lors des journées de plantation. Cette implication directe des habitants donne au lieu une dimension communautaire forte, bien au-delà du simple aménagement paysager.
S'impliquer dans la vie du jardin Fatima-Bedar aujourd'hui
Après les plantations de fin 2020, le premier rendez-vous collectif au jardin était fixé au dimanche 7 mars, pour une visite combinée à des travaux d'entretien et de désherbage. Ce type de rencontre régulière est la colonne vertébrale d'un jardin partagé qui fonctionne vraiment. Franchement, un jardin vivant, ça se mérite : il faut venir, mettre les mains dans la terre, revenir.
Ce jardin, c'est aussi un lieu de mémoire active. Jardiner ici, c'est rappeler, à chaque saison, qui était Fatima Bedar. La dimension symbolique ne doit pas écraser le concret : les pommiers Reine des reinettes produiront des fruits, les framboisiers se multiplieront, les enfants du quartier apprendront à reconnaître un cassis d'un groseillier. C'est précisément cette continuité entre mémoire et vie quotidienne qui rend ce lieu singulier.
Si vous habitez Saint-Denis ou ses environs, rejoindre les journées d'entretien du jardin reste la meilleure façon de participer à ce projet. Renseignez-vous auprès des associations actives dans le quartier Gare Confluence pour connaître le calendrier des prochaines sessions. Les jardins partagés n'attendent pas : chaque saison a ses urgences, et chaque paire de bras compte.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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