Hanotin : le sillage d'Hamon en détail
Le 1er décembre 2016, dans une salle de Sciences Po Toulouse, Benoît Hamon expose ses idées devant un public attentif quand tombe l'annonce : François Hollande ne sera pas candidat à sa propre succession. À des centaines de kilomètres de là, au onzième étage de la Tour Montparnasse, son directeur de campagne Mathieu Hanotin reçoit la nouvelle. Sa réaction ? « Pour la première fois, je me suis dit que la mayonnaise prenait. » Cette phrase résume assez bien la trempe de l'homme.
Mathieu Hanotin, l'architecte discret de la campagne Hamon
Né le 22 août 1978 à Compiègne, Mathieu Hanotin n'a pas suivi le parcours classique du politique parisien. Il s'est forgé au syndicat étudiant UNEF, en suivant des études de droit et d'histoire à l'université de Strasbourg, puis à l'université Paris-1 Panthéon-Sorbonne. Son adhésion au Parti socialiste date de 1996. Il a ensuite travaillé à la mairie de Paris, aux côtés de Pascal Cherki, avant de poser ses valises en Seine-Saint-Denis vers 2005. Un ancrage territorial qui ne doit rien au hasard.
Ses proches décrivent une technique politique bien singulière. Antoine Mokrane, qui travaillait avec lui au conseil général, résumait : « Mathieu, c'est une PME. » Régis Juanico, porte-parole de Hamon, l'appelait juste « le mécanicien ». Sa collaboratrice Leyla Temel soulignait qu'il aimait « faire des alliances, s'implanter, parler avec tous les interlocuteurs, qu'ils soient communistes ou de droite ». Pas de dogmatisme. Beaucoup de pragmatisme.
Benoît Hamon a choisi Hanotin précisément pour cette combinaison rare. Il expliquait attendre « deux qualités d'un directeur de campagne : ses capacités d'organisation, d'animation, et son sens politique, qui lui permet d'apporter un angle, un éclairage dans les situations importantes. Mathieu a ces deux qualités. » Entre le retrait de Hollande et le premier tour de la primaire du 22 janvier 2017, Hanotin a organisé dix meetings, coordonné un passage dans L'émission politique de France 2, et géré les trois débats télévisés. Bilan : 36% des voix pour Hamon au premier tour. Une performance incontestable.
Sur les murs du bureau d'Hanotin trônaient une photo de Mohamed Ali, les œuvres de Jean Jaurès, un exemplaire du roman Burn-Out, un livre sur Marx et une paire de gants de boxe bleu-blanc-rouge. Le portrait d'un homme qui prend la politique comme un combat, pas comme une carrière.
Le sillage national de Hamon et ses limites politiques
Après le premier tour de la primaire, Hanotin est devenu codirecteur de la campagne présidentielle avec le député Jean-Marc Germain. Mais le contexte avait changé. Benoît Hamon n'a récolté que 6,35% des voix au premier tour de la présidentielle, sans accéder au second tour. Une trajectoire nationale brisée nette.
Hanotin n'était pourtant pas inactif sur les dossiers de fond. Membre du courant Un monde d'avance fondé par Hamon, il s'était abstenu le 15 octobre 2013 sur la réforme des retraites du gouvernement Ayrault. En avril 2014, il avait cosigné un courrier exigeant que le plan d'économies de Manuel Valls ne dépasse pas 35 milliards d'euros au lieu des 50 prévus. Le 29 avril 2014, avec 40 autres députés socialistes, il s'est abstenu sur le vote du programme de stabilité, rejoignant ainsi les frondeurs du PS.
Aux législatives de 2017, la facture est sévère. Hanotin obtient seulement 19,2% des suffrages au premier tour en Seine-Saint-Denis, insuffisant pour se qualifier. Il cède son siège au communiste Stéphane Peu. Patrick Braouezec, le député communiste qu'il avait renversé en 2012, avait diagnostiqué le problème avant tout le monde : « Hanotin se sert du territoire pour franchir une marche de plus vers le pouvoir, sauf que je ne sais pas ce qu'il fait de ladite marche, ni où va son escalier. »
À l'automne 2017, Hanotin a publié dans Libération un feuilleton en 20 épisodes sur la campagne présidentielle. Une façon de tourner la page, comme il l'avait déjà fait avec son ouvrage publié en 2011, intitulé précisément Tourner la page.
Saint-Denis : comment Hanotin a brisé soixante-dix ans d'hégémonie communiste
En 2018, Hanotin lance la démarche « Notre Saint-Denis » en vue des municipales de 2020. Ce n'est pas son premier coup sur ce territoire. En 2008, il avait remporté le canton de Saint-Denis-Sud face au sortant communiste Ronan Kerrest, un canton considéré comme imprenable. Claude Bartolone, nouveau président du conseil général, l'avait immédiatement nommé vice-président chargé de l'Éducation, de la citoyenneté et de la lutte contre les discriminations.
Voici les principales victoires électorales qui jalonnent son parcours :
- Cantonale de 2008 en Seine-Saint-Denis, gagnée contre toute attente
- Législative de 2012, face à Patrick Braouezec
- Départementale de 2015 pour Stéphane Troussel, dont il était directeur de campagne
- Municipale de 2020 à Saint-Denis, avec 59% des voix au second tour
Au premier tour des municipales de mars 2020, il décroche 35,3% des suffrages, devant le maire sortant communiste Laurent Russier qui plafonne à 24%. Le second tour du 28 juin confirme la tendance. Le 4 juillet 2020, Mathieu Hanotin devient officiellement maire de Saint-Denis, premier élu socialiste à diriger la ville après plus de soixante-dix ans de victoires communistes. Un constat que beaucoup jugeaient structurellement impossible.
| Élection | Résultat | Issue |
|---|---|---|
| Cantonale 2008 | Victoire face à Ronan Kerrest | Élu conseiller général |
| Législative 2012 | Victoire en Seine-Saint-Denis | Élu député |
| Législative 2017 | 19,2% au 1er tour | Éliminé, siège à Stéphane Peu |
| Municipale 2020 | 35,3% puis 59% au 2e tour | Élu maire de Saint-Denis |
Stratège de terrain : ce que la méthode Hanotin enseigne vraiment
Franchement, il serait réducteur de résumer Hanotin à la campagne Hamon. Son vrai laboratoire, c'est la Seine-Saint-Denis. Il y a appliqué une méthode que ses proches comparaient à Obama en 2008 : porte-à-porte intensif, suivi par mail des électeurs, implantation progressive dans les réseaux locaux. Braouezec lui-même reconnaissait cette efficacité terrain, même en la critiquant.
La rénovation thermique d'un territoire demande la même rigueur que la rénovation d'un bâtiment. D'ailleurs, si vous vous intéressez aux leviers concrets d'efficacité, la question de la performance du triple vitrage face aux déperditions thermiques illustre bien comment une décision technique apparemment simple peut avoir des conséquences stratégiques profondes, exactement comme en politique locale.
Stéphane Troussel résumait en novembre 2016 : « Mathieu est persuadé que Benoît Hamon va l'emporter. Or, Mathieu a toujours un coup d'avance sur ses petits copains. » La présidentielle lui a donné tort sur Hamon. Mais sur Saint-Denis, l'escalier que Braouezec ne voyait pas menait finalement à l'hôtel de ville.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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