Halte humanitaire ouverte : accueil des réfugiés
Le 1er décembre, une nouvelle halte humanitaire a ouvert ses portes dans l'ancienne mairie du 1er arrondissement de Paris, au 2 rue Perrault, accessible depuis la station de métro Louvre Rivoli. Ce dispositif remplace la halte de la porte de la Chapelle (18e arrondissement), fermée en octobre 2020 après plus d'un an de fonctionnement. Anne Hidalgo, maire de Paris, l'a exprimé sans ambiguïté : "la rue ne doit pas être une destination" pour les personnes exilées qui vivent dans des conditions sanitaires indignes.
Ce qu'est concrètement une halte humanitaire ouverte
Une halte humanitaire est un espace d'accueil de jour, ouvert à toutes les personnes exilées sans condition de statut, qui propose un socle de services essentiels : sanitaires, boissons chaudes, prises électriques pour recharger les téléphones, consultations médicales, soutien psychologique, accompagnement juridique et administratif, et activités culturelles. L'idée centrale, c'est de redonner de la dignité à des personnes qui dorment souvent à la rue.
La première halte de ce type à Paris a ouvert en mai 2019 à la porte de la Chapelle. Elle couvrait près de 2 000 m², accueillait jusqu'à 70 personnes simultanément, et fonctionnait de 8h à 19h, sept jours sur sept. Le premier jour d'ouverture, environ 300 migrants s'y sont présentés. Un chiffre qui dit tout sur l'ampleur du besoin.
La nouvelle halte du 1er arrondissement fonctionne selon des plages horaires structurées : 9h-13h, 14h-17h, puis 18h. Une quinzaine de personnes assurent l'accueil, la logistique, l'accompagnement et l'orientation. Cinq agents supplémentaires veillent à la sécurité du site. L'Armée du Salut, via sa Fondation, coordonne l'ensemble des associations partenaires, avec le soutien de la mairie de Paris Centre.
Les personnes arrivent rarement seules. Ce sont les maraudes, qui sillonnent les campements du nord de Paris, qui orientent les exilés vers la halte. France Terre d'Asile rencontre en moyenne 10 personnes par jour lors de ces sorties terrain. Sans ce travail d'aller-vers, une grande partie de ce public ne pousserait jamais la porte.
Les services proposés : santé, démarches et vie sociale
Le volet médical est assuré par plusieurs acteurs. Le Samu Social de Paris propose des consultations sur rendez-vous, l'AMALF (association médicale adventiste de langue française) et le centre médico-social de Belleville interviennent également. Aurore assure des permanences médicales et infirmières régulières. Douze douches ont été installées sur le site, et des kits d'hygiène sont distribués. Pour l'accompagnement psychologique et thérapeutique, c'est l'association Le Chêne et l'Hibiscus qui prend le relais, avec à terme des permanences psychologiques portées par la Fondation de l'Armée du Salut.
| Type de service | Association ou organisme |
|---|---|
| Consultations médicales | Samu Social de Paris, AMALF, Aurore |
| Soutien psychologique | Le Chêne et l'Hibiscus |
| Démarches administratives et asile | France Terre d'Asile |
| Cours de français | RCI, Fondation Armée du Salut, France Humanité/INALCO |
| Activités culturelles et artistiques | Artistes en exil, compagnie MPDA, La Briche foraine |
| Guide multilingue | Watizat |
France Terre d'Asile accompagne les personnes dans leurs démarches d'asile : procédure Dublin, dossier Ofpra, Cour nationale du droit d'asile, carte Ada, rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Les profils les plus vulnérables sont orientés vers les PASS (permanences d'accès aux soins de santé). Pour les personnes qui cherchent à stabiliser leur situation administrative à Paris, ces accompagnements sont fréquemment le premier point d'entrée vers des droits concrets.
Les cours de français sont dispensés chaque jour par trois associations : le Réseau Chrétien Immigrés (RCI), qui enseigne depuis 20 ans dans le centre de Paris et intervenait auparavant à la mairie du 4e arrondissement ; la Fondation Armée du Salut ; et France Humanité en partenariat avec l'INALCO. À la halte de la porte de la Chapelle, ces cours avaient lieu quatre jours par semaine, du lundi au mardi et le vendredi et dimanche, de 10h à 13h. L'accent est mis sur la lecture et l'écriture. Des bénévoles sont activement recherchés, de préférence à partir d'août ou septembre, pour intervenir chaque semaine. Matériel fourni, accompagnement par l'équipe salariée garanti.
La prise en charge des mineurs non accompagnés : un défi à part entière
En juillet 2024, une deuxième halte a ouvert boulevard Diderot, dédiée exclusivement aux mineurs non accompagnés. Benjamin Cagan en est le chef de service. Ce dispositif répond à une réalité particulièrement difficile : les jeunes en procédure de recours ne sont reconnus ni comme majeurs ni comme mineurs par les institutions, et se retrouvent sans aucun dispositif d'aide pendant toute la durée de cette procédure, qui peut durer un an, parfois davantage à Paris.
Selon Anne Hidalgo, environ 800 migrants se trouvent sur les trottoirs de Paris et de Seine-Saint-Denis. Parmi eux, 15 à 20% sont des réfugiés statutaires, et la grande majorité sont des dublinés. Une enquête menée avec Action Contre la Faim a confirmé les besoins prioritaires de ces jeunes :
- Accès à l'école
- Hébergement
- Reconnaissance de la minorité
- Accès à l'hygiène et mise à l'abri
- Soins médicaux, notamment en santé mentale
- Activités sociales, culturelles et artistiques
Médecins Sans Frontières a ouvert un centre à Pantin spécialisé dans l'accueil des jeunes filles mineures. Médecins du Monde a lancé un programme dédié. Côté culturel et social, Maât, 4A (art-thérapie), Utopia 56, le collectif des Jeunes du parc de Belleville, les Midis du MIE et la TIMMY complètent le dispositif. Les Espaces Solidarité Insertion (ESI) de Paris accueillent aussi ce public, même si leurs locaux ne sont pas toujours adaptés à des mineurs en grande fragilité.
Pour les bénévoles qui souhaitent s'engager concrètement : une collecte de vêtements chauds pour hommes est en cours, avec des besoins précis en manteaux, chaussures, bonnets, gants et sacs à dos. Une façon directe d'agir, sans démarche complexe.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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