Financiarisation de l'économie française : enjeux
La financiarisation de l'économie française ne se lit pas seulement dans les grandes théories économiques. Elle se mesure chaque mois dans les chiffres publiés par la Banque de France. En juillet 2025, l'encours total de financement des sociétés non financières (SNF) atteint 2 116,7 milliards d'euros, un volume qui illustre l'ampleur des flux entre la sphère financière et l'économie dite réelle. Ce n'est pas un chiffre abstrait : derrière lui, des milliers d'entreprises françaises financent leurs investissements, leur trésorerie, leurs actifs immobiliers.
La France reste la 7e puissance économique mondiale selon le Fonds monétaire international et la 3e en Europe, derrière l'Allemagne et le Royaume-Uni. Avec un PIB de 2 919,9 milliards d'euros en 2024 et une croissance de 1,2 %, l'économie tourne. Mais à quel prix, et pour qui ? C'est précisément là que la question de la financiarisation devient concrète et décisive.
Croissance du financement des entreprises : les données de juillet 2025
La publication Stat Info mise en ligne le 10 septembre 2025 par la Banque de France dresse un tableau nuancé. La croissance sur un an des financements accordés aux SNF atteint 2,4 % en juillet 2025, contre 1,6 % en juin. Une accélération nette, mais qui mérite d'être décomposée.
Du côté des crédits bancaires, la progression est de 2,5 % en juillet après 2,1 % en juin. Les crédits à l'équipement tirent la dynamique avec une hausse annuelle de 4,0 %, portant l'encours à 634,8 milliards d'euros. C'est le signal d'une reprise de l'investissement productif. En revanche, les crédits de trésorerie restent en recul de -2,2 % (après -3,8 % en juin), ce qui traduit une prudence persistante des entreprises sur leur gestion de court terme. Pour les très petites entreprises (TPE), ce recul prend une forme encore plus brutale : les crédits de trésorerie et affacturage chutent de -20,7 % au deuxième trimestre 2025.
Le financement de marché, lui, retrouve des couleurs. Son encours atteint 719,4 milliards d'euros avec une croissance de 2,0 % en juillet, contre seulement 0,7 % en juin. Le coût de ce financement baisse légèrement à 3,28 % après 3,34 % en juin. C'est un avantage relatif par rapport au crédit bancaire classique, dont le taux moyen des nouveaux financements se stabilise à 3,47 %.
| Type de financement | Encours (Mds €) | Croissance annuelle (juil. 2025) | Taux moyen |
|---|---|---|---|
| Crédit bancaire total | 1 397,3 | 2,5 % | 3,57 % |
| Crédits à l'équipement | 634,8 | 4,0 % | — |
| Crédits immobiliers | 378,3 | 3,7 % | — |
| Crédits de trésorerie | 306,8 | -2,2 % | — |
| Financement de marché | 719,4 | 2,0 % | 3,28 % |
Des disparités marquées selon la taille des entreprises
C'est ici que la financiarisation de l'économie révèle ses fractures les plus nettes. Les grandes entreprises captent une croissance de 5,5 % sur leurs encours de crédit, qui atteignent 224,4 milliards d'euros. PME et ETI progressent bien plus modestement : respectivement 1,2 % pour un encours de 541,4 milliards d'euros, et 1,1 % pour les ETI avec 387,8 milliards d'euros.
L'écart de coût entre ces catégories est révélateur. Les grandes entreprises empruntent à 3,37 % en juillet 2025, contre 3,75 % pour les ETI et 3,52 % pour les PME. Franchement, ce différentiel de taux n'est pas anodin sur des volumes significatifs : il pénalise structurellement les structures moyennes. Pour les PME, le coût était encore de 3,55 % en mai 2025, puis 3,53 % en juin : la baisse est réelle, mais lente.
Les TPE, elles, affichent un encours total de 361,7 milliards d'euros au deuxième trimestre 2025, avec une croissance modeste de 0,8 %. Leurs crédits à l'équipement progressent de 1,6 % à 166,6 milliards d'euros, et leurs crédits immobiliers de 3,8 % à 173,7 milliards d'euros. Mais la déroute sur la trésorerie souligne leur fragilité face aux aléas de court terme.
Pour mieux comprendre les mécanismes fiscaux qui pèsent sur les ménages et indirectement sur la demande aux entreprises, il est utile de suivre les évolutions comme celles de la taxe d'habitation à Paris et ses changements récents.
Disparités sectorielles : qui investit, qui recule
La financiarisation de l'économie française ne touche pas tous les secteurs de la même façon. Certains accélèrent fortement leur recours au crédit. D'autres le réduisent, parfois de manière inquiétante.
Les secteurs les plus dynamiques en juillet 2025 :
- Conseils et services aux entreprises : croissance de 11,0 %, encours mobilisé de 111,2 milliards d'euros
- Holdings : hausse spectaculaire de 22,2 %, encours de 17,6 milliards d'euros
- Activités immobilières : progression de 3,6 %, encours mobilisé de 560,9 milliards d'euros
- Transport et entreposage : +2,9 %, encours mobilisé à 67,0 milliards d'euros
À l'opposé, plusieurs secteurs voient leur encours de crédits mobilisés reculer. Le commerce chute de -3,4 % (180,6 milliards d'euros), la construction de -3,3 % (70,4 milliards), l'information et communication de -2,5 % (34,4 milliards). L'industrie manufacturière, pour sa part, enregistre -0,6 % sur les crédits mobilisés et -3,2 % sur les crédits mobilisés et mobilisables. Dans un pays qui peine à réindustrialiser son tissu productif, cette tendance mérite une attention soutenue.
La dette publique française s'établissant à 113,9 % du PIB au premier trimestre 2025, la question du financement de l'économie réelle prend une dimension encore plus stratégique. L'enjeu n'est pas seulement de savoir qui emprunte, mais à quoi servent ces milliards : si les crédits alimentent davantage les holdings et l'immobilier que l'industrie ou l'innovation, la dynamique de financiarisation s'éloigne de la transformation productive dont la France a besoin.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
Partager cet article