Vendredi 12 juin 2026

Actualité

EELV ouvre la porte à Russier : élections en vue

R
Par Romain
5 min de lecture
EELV ouvre la porte à Russier : élections en vue

À Saint-Denis, le vote du mardi 5 novembre 2019 n'est passé inaperçu dans aucun bureau politique de la ville. Le groupe local d'EELV a mandaté, à l'unanimité des 22 votants, deux de ses représentants pour engager des discussions avec la liste de Laurent Russier, maire PCF sortant. Un signal fort, qui tranche avec la ligne nationale du parti écologiste et relance le débat sur la stratégie des Verts à l'approche des municipales 2020.

EELV Saint-Denis ouvre la porte à une alliance avec le PCF

La décision est nette, même si elle reste assortie de conditions. Zaia Boughilas, conseillère municipale déléguée à la vie associative et désignée chef de file EELV le même soir, et Kader Chibane, maire adjoint à la coopération décentralisée, reçoivent mandat pour négocier avec l'équipe de Laurent Russier. Objectif : construire une alliance dès le premier tour, en direct avec le PCF.

Ce choix va clairement à rebours des consignes nationales d'Europe Écologie Les Verts. Yannick Jadot, eurodéputé EELV, affirmait dans Libération début novembre que le parti présenterait une tête de liste écolo dans 39 des 40 villes de plus de 100 000 habitants. Saint-Denis serait donc la seule exception assumée.

Pourquoi ce choix à contre-courant ? La réponse de Boughilas est directe : «Avec l'émiettement de la gauche, la ville court un gros risque de basculement vers une gouvernance droitière. Nous ne voulons pas de ce scénario et nous sommes les premiers à fédérer afin de faire en sorte que la ville reste aux Dionysiens.» Anne Deo, secrétaire départementale d'EELV, abonde dans ce sens sans y voir de contradiction majeure avec les orientations du parti. Pour elle, Laurent Russier est «écolo compatible» et la stratégie locale se justifie pleinement.

Le groupe local précise toutefois que cette ouverture n'est pas un chèque en blanc. Deux conditions non négociables encadrent la décision finale, attendue avant la fin novembre :

  • Une végétalisation renforcée de la ville, à commencer par la place du 8 Mai 45
  • Un renforcement de la représentation écologiste au sein de la future municipalité : 12 élus espérés, contre 9 obtenus en 2014

La balle est donc dans le camp de Russier. L'alliance ne sera officialisée que si ces engagements programmatiques sont actés.

La famille écologiste dionysienne, loin d'être un bloc homogène

Derrière la façade d'un vote unanime se cache une réalité plus complexe. Une frange significative de la mouvance écologiste locale n'a pas pris part au vote du 5 novembre et affiche une position sensiblement différente.

Dans un communiqué commun, six figures du camp écolo dionysien signent une mise au point : Béatrice Geyres (conseillère déléguée à l'emploi-insertion), Sonia Pignot (maire adjointe à la culture), Michel Ribay (maire adjoint climat-air-énergie), Laurent Servières (ancien candidat aux législatives), Donata Sindaco et Majid Wannass. Ces six-là ne ferment aucune porte, mais refusent de s'enfermer dans une logique d'alliance exclusive.

Représentant Fonction Position sur l'alliance
Zaia Boughilas Conseillère déléguée à la vie associative, chef de file EELV Pour l'alliance avec Russier dès le 1er tour
Kader Chibane Maire adjoint à la coopération décentralisée Négociateur mandaté pour l'alliance PCF
Sonia Pignot Maire adjointe à la culture, fondatrice de La Denise verte Ouverte à toutes les options selon le programme
Michel Ribay Maire adjoint climat-air-énergie Exige un renouvellement réel des pratiques politiques

Sonia Pignot, à l'origine du collectif La Denise verte, résume l'état d'esprit de ce groupe : «L'important, c'est d'être d'accord sur l'ambition écologique pour la ville. Notre problème, ce n'est pas l'accord, mais qu'on n'en connaît pas le fond. Une addition de logos ne fera pas une liste.» Le propos est clair et, franchement, difficile à contredire. Michel Ribay pousse la réflexion encore plus loin : pour lui, l'enjeu dépasse la simple arithmétique électorale et suppose un vrai renouvellement dans la conduite des affaires publiques.

Cette divergence interne révèle une tension de fond dans l'écologie politique locale : faut-il privilégier l'efficacité électorale immédiate ou défendre une identité programmatique forte, même au risque d'arriver divisés aux urnes ? Le débat n'a rien d'anecdotique. Les déperditions d'énergie dans une coalition mal construite peuvent être aussi coûteuses que celles d'un triple vitrage mal posé face au froid : le résultat, au final, ne tient pas ses promesses.

Municipales 2020 : ce que cette séquence révèle des rapports de force à gauche

Au-delà de Saint-Denis, cette séquence est un indicateur fiable de l'état de la gauche à l'approche des élections municipales de mars 2020. L'émiettement des forces progressistes dans les grandes villes est une réalité documentée, et les écologistes ne font pas exception.

La stratégie d'autonomie portée par Jadot au niveau national répond à une montée en puissance réelle d'EELV depuis les européennes de mai 2019, où le parti avait obtenu 13,47 % des voix, son meilleur score historique. Cette dynamique pousse logiquement le parti à capitaliser sur son élan plutôt qu'à se fondre dans des listes de rassemblement.

Mais le terrain local impose parfois une autre logique. Saint-Denis illustre bien cette tension : là où la gauche est historiquement implantée et où le risque d'une victoire de droite reste concret, l'union prime sur l'identité partisane. Le calcul n'est pas idéologique, il est pragmatique.

Pour les militants écologistes dionysiens, l'enjeu des semaines à venir est donc double : obtenir des garanties programmatiques solides de la part de Russier, et limiter les fractures internes avant que la campagne ne commence vraiment. Car une liste divisée dès le départ, c'est rarement une liste qui gagne.

L'auteur

R

Romain

Rédaction de Le JSD.

Partager cet article