Droite, centre, gauche : le clivage politique
Le clivage droite-gauche en politique est l'une des grilles de lecture les plus anciennes et les plus structurantes de nos démocraties. Son origine est précise : lors des débats d'août et septembre 1789, à la Révolution française, les députés favorables au maintien du pouvoir royal prirent place à droite du président de l'assemblée, tandis que leurs adversaires s'installèrent à gauche. Selon l'historien Marcel Gauchet, la véritable naissance de ces deux catégories date par contre de la Restauration. Un repère historique souvent oublié.
Les valeurs qui séparent droite et gauche depuis deux siècles
Deux grandes familles de valeurs structurent ce clivage. La gauche défend le progressisme, le changement social et une société plus égalitaire, qu'il s'agisse d'égalité économique, politique ou sociale. La droite, elle, privilégie le conservatisme, la hiérarchie, le mérite et les traditions. Ce n'est pas une caricature, c'est le résultat d'une construction historique de plus de deux siècles.
Pour aller plus loin, voici les valeurs emblématiques associées à chaque camp :
- Droite : liberté individuelle, libéralisme économique, propriété privée, identité nationale, autorité, ordre et sécurité
- Gauche : solidarité, justice sociale, tolérance, nationalisation des services publics, planification économique
Ces frontières ont bougé. Le nationalisme était clairement un concept de gauche sous la Révolution française ; il a glissé vers la droite à la fin du XIXe siècle. De même, Benjamin Constant, figure libérale par excellence, était classé à gauche à son époque. Aujourd'hui, le libéralisme est largement associé à la droite. La protection de l'environnement fut même, au départ, un thème des ultraroyalistes avant d'être repris par la gauche. Ces déplacements prouvent que les frontières idéologiques ne sont jamais figées.
Sous la Troisième République, la gauche était surnommée parti du mouvement et la droite parti de l'ordre. Lors de l'affaire Dreyfus, la fracture fut éclatante : la droite mena une campagne antidreyfusarde, la gauche défendit le capitaine. Le clivage ne se stabilisa vraiment dans le langage courant qu'avec le Front populaire en 1936.
Le centre politique face au bipartisme : une force structurellement fragile
Le centre politique intéresse autant qu'il déçoit. Sur une échelle gauche-droite, 21% des Français se situent sur la case centrale. Si l'on ajoute les 12% au centre-gauche et les 11% au centre-droit, le total grimpe à 44%. Pourtant, les authentiques centristes ne représentent qu'environ 13% de l'électorat, ou 30% au maximum en agrégeant les sensibilités proches.
| Candidat centriste | Année | Score au 1er tour |
|---|---|---|
| Lecanuet | 1965 | 15,6% |
| Poher | 1969 | 23,3% |
| François Bayrou | 2007 | 18,6% |
| François Bayrou | 2012 | 9,13% |
Aucun n'a remporté l'élection présidentielle. François Bayrou fut la dernière force centriste clairement identifiée à tenter de s'affranchir du duel gauche-droite. La fragmentation est criante : Modem, UDI, Les Centristes, Alliance centriste, radicaux, Agir coexistent sans parvenir à fusionner, faute de convergence sur le libéralisme ou les questions identitaires.
Le cas d'Emmanuel Macron mérite qu'on s'y attarde. Il ne s'est jamais présenté comme centriste. Sur une échelle de 1 à 10, les Français le positionnent aujourd'hui à 6,5, contre 5 pendant sa campagne présidentielle. Seulement un tiers des électeurs se situant au centre votent pour la liste LREM aux européennes. Le centre reste donc, selon la formule qui s'impose d'elle-même, un élastique qui s'étire ou se rétracte selon les circonstances.
Le clivage droite-centre-gauche est-il encore pertinent aujourd'hui ?
Selon le Baromètre de la confiance politique du Cevipof de 2018, 70% des Français estiment que ce clivage ne veut plus dire grand-chose. Pourtant, Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et enseignant à Sciences Po, rappelle que moins de 9% des personnes interrogées dans les grandes enquêtes du Cevipof refusent de se positionner sur l'axe gauche-droite. Dire que le clivage est mort est donc une posture, pas un fait.
L'enquête Fondapol d'octobre 2021 confirme cette ambivalence : 37% des Français se situent à droite, 20% à gauche, 18% au centre, 23% ne se positionnent pas. Dans son livre Le clivage droite gauche. Toute une histoire (2020), Janine Mossuz-Lavau atteste que l'erreur vient d'une confusion entre l'offre politique (les partis qui rejettent l'axe) et la demande (les électeurs, qui continuent de s'y référer comme marqueur profond de l'identité sociale).
Plusieurs théoriciens proposent des grilles alternatives. Thomas Guénolé parle d'une quadripolarisation structurée autour de deux clivages : le rapport à la mondialisation et les questions identitaires. Cela donne quatre pôles, illustrés lors de la présidentielle 2017 par Emmanuel Macron (individualiste), Jean-Luc Mélenchon (altermondialiste), François Fillon (conservateur) et Marine Le Pen (nationaliste). Le politologue Gérard Grunberg ajoute que le clivage gauche-droite est désormais concurrencé par le clivage nationaux-européens à l'échelle du continent.
Pour approfondir votre lecture sur des enjeux de société qui dépassent les simples étiquettes politiques, comme l'arbitrage entre performance et coût dans des choix techniques, la démarche analytique est la même : interroger les chiffres plutôt que les postures. C'est exactement ce que propose cet article sur le triple vitrage face aux déperditions thermiques, qui déconstruit une idée reçue avec des données concrètes, loin des effets d'annonce.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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