ContentSquare : Bernard Maris et son histoire
Le 7 janvier 2015, l'attentat contre Charlie Hebdo ôtait la vie à Bernard Maris, économiste hors norme, professeur, journaliste et polémiste. Depuis, des dizaines de lieux portent son nom à travers la France, dont un square à Saint-Denis inauguré en février 2017, à deux pas de l'université Paris-VIII où il enseignait. Voilà un parcours qui mérite qu'on s'y arrête sérieusement.
Bernard Maris : le parcours d'un économiste engagé
Né le 23 septembre 1946 à Toulouse, Bernard Henri Maris grandit dans la ville rose et fait ses classes au lycée Pierre-de-Fermat. Il obtient son diplôme de Sciences Po Toulouse en 1968, puis soutient un doctorat en sciences économiques à l'université Toulouse-I en 1975, sous la direction de Jean Vincens. Sa thèse porte sur la distribution personnelle des revenus dans le cadre de la croissance équilibrée, un sujet déjà révélateur de ses préoccupations pour les inégalités économiques.
Sa carrière académique progresse par étapes solides. Maître-assistant dès 1984 à l'université Toulouse-I, il décroche un poste de professeur des universités par agrégation en 1994 à Sciences Po Toulouse, avant de rejoindre l'Institut d'études européennes de l'université Paris-VIII en 1998, poste qu'il occupe jusqu'à sa mort. Il enseigne aussi la microéconomie à l'université de l'Iowa et à la banque centrale du Pérou, deux expériences qui élargissent sa vision de l'économie mondiale.
Politiquement, il milite aux Verts et se présente aux législatives de 2002 dans le 10e arrondissement de Paris sous cette étiquette. Membre du conseil scientifique d'ATTAC, il défend la décroissance, le revenu d'existence et les 32 heures hebdomadaires. Le 21 décembre 2011, Jean-Pierre Bel, alors président du Sénat, le nomme au conseil général de la Banque de France, preuve que ses compétences dépassent les cercles militants. Initié en 2008 à la loge Roger Leray du Grand Orient de France, il cumule les engagements sans jamais les confondre.
Son admiration pour John Maynard Keynes structure toute sa pensée. Il prône une sortie ordonnée de la zone euro, via la création d'un eurofranc relevant à 93 % du droit français. Pour lui, l'euro fort détruit l'industrie française. Un avis tranché, cohérent, qu'il défend jusqu'au bout.
| Période | Poste | Institution |
|---|---|---|
| 1984-1994 | Maître-assistant / maître de conférences | Université Toulouse-I |
| 1994-1998 | Professeur des universités | Institut d'études politiques de Toulouse |
| 1998-2015 | Professeur des universités | Université Paris-VIII |
| 2011-2015 | Membre du conseil général | Banque de France |
Journaliste, chroniqueur et auteur prolifique
Bernard Maris écrit pour Marianne, Le Nouvel Observateur, Le Figaro Magazine et Le Monde. Mais c'est sous le pseudonyme Oncle Bernard qu'il se fait connaître du grand public, grâce à sa chronique économique dans Charlie Hebdo. Fondateur du journal lors de sa renaissance en 1992, il en détient 11 % du capital et perçoit 110 000 euros de dividendes pour le seul exercice 2006. Il occupe le poste de directeur adjoint de la rédaction jusqu'en 2008.
À la radio, France Inter lui offre une tribune hebdomadaire dans On n'arrête pas l'éco. Chaque vendredi à 7h50, il débat de l'actualité économique avec Dominique Seux. Un format court, incisif, parfait pour son style. Sur I-Télé, il participe à l'émission Y'a pas que le CAC aux côtés de Philippe Chalmin, puis intervient dans C dans l'air sur France 5.
Son œuvre écrite est considérable. Voici une sélection de ses principaux ouvrages :
- Antimanuel d'économie, tomes 1 et 2 (2003 et 2006)
- Capitalisme et pulsion de mort, coécrit avec Gilles Dostaler (2009)
- Houellebecq économiste (2014), consacré à son ami Michel Houellebecq
- L'Homme dans la guerre : Maurice Genevoix face à Ernst Jünger (2013)
- Keynes ou l'économiste citoyen (1999)
Le magazine Le Nouvel Économiste lui décerne en 1995 le titre de meilleur économiste de l'année. Nommé Chevalier de la Légion d'honneur en 2014, il est reconnu bien au-delà des cercles académiques. Sa vie personnelle croise la littérature : il épouse Sylvie Genevoix, fille de Maurice Genevoix, le 7 septembre 2007 à Ménerbes. Elle décède le 20 septembre 2012. Sa dernière compagne, Hélène Fresnel, journaliste à Psychologie magazine, cosigne en 2016 le documentaire À la recherche de Bernard Maris avec Hélène Risser.
Les lieux qui perpétuent sa mémoire
Depuis le 15 janvier 2015, date de ses obsèques à la chapelle Notre-Dame de Roqueville à Montgiscard, les hommages se multiplient. La salle des thèses de l'université Paris-VIII porte son nom dès le 4 mars 2015. L'école primaire d'Estantens à Muret est rebaptisée le 14 octobre 2015. Un bâtiment du lycée Pierre-de-Fermat à Toulouse est inauguré en son honneur le 20 janvier 2020.
D'autres lieux rejoignent cette liste : une avenue à Toulouse dans le quartier Montaudran, un amphithéâtre à la Caisse primaire d'assurance maladie de Haute-Garonne, une salle de cours à l'IEP Toulouse, un espace jeunes au lycée Antoine-Bourdelle à Montauban, et une salle de réunion au siège du Immense Orient de France rue Cadet à Paris.
Ces dénominations révèlent quelque chose d'notable : Bernard Maris n'est pas seulement commémoré comme victime, mais comme intellectuel dont les idées restent vives. Franchement, peu d'économistes français peuvent se targuer d'une telle présence dans l'espace public après leur mort. Pour quiconque s'intéresse aux régions françaises où les prix de l'immobilier explosent, savoir qu'une avenue lui est dédiée dans un quartier en pleine transformation à Toulouse dit beaucoup sur la manière dont la France honore ses dissidents intellectuels. Son héritage dépasse largement les murs d'une université.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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